Les agressions verbales ou physiques à l’encontre des Noirs en Tunisie – qu’il s’agisse de nationaux ou d’immigrés – ne datent pas d’hier. Mais en reprenant à son compte un discours complotiste sur le danger démographique de l’immigration subsaharienne, le président de la République a donné le feu vert à une vague de violence raciste sans précédent. Orient XXI organise une rencontre en direct (Space) sur Twitter mercredi 1er mars à 20 h autour de cette actualité.
Tunis le 27 février 2023. Des migrants d’Afrique subsaharienne se rassemblent devant les bureaux du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) pour demander une résolution de leur situation.Fethi Belaid / AFP
RDV mercredi 1er mars sur le compte Twitter d’Orient XXI pour un Space (salon de discussion) en direct sur le racisme contre les noirs au Maghreb, où il sera notamment question de l’actualité tunisienne.
Les vidéos pullulent sur les réseaux sociaux, témoignant d’une accélération inouïe de la vague de violence raciste qui embrase la Tunisie depuis une semaine. Incendies de maisons, agressions, visages et corps ensanglantés d’un côté. De l’autre, toujours plus d’appels à « renvoyer les immigrés subsahariens » et à empêcher ce que les soutiens d’un nationalisme primaire appellent une « colonisation de peuplement ». Consciemment ou pas, ces derniers reprennent les éléments de langage distillés par le « Parti nationaliste tunisien », que l’on retrouve jusque dans les plus hautes sphères de l’État.
« LA TUNISIE AUX TUNISIENS »
Fondé en 2018 mais inconnu du grand public il y a encore quelques mois, la page Facebook – principal outil de communication dans le pays, y compris pour les institutions officielles – du Parti nationaliste tunisien est suivie par plus de 22 000 internautes. Le message de ses administrateurs est limpide et digne de Jean-Marie Le Pen : la Tunisie aux Tunisiens. Les statuts du parti récusent d’ailleurs toute appartenance à un groupe supranational, qu’il s’agisse de la nation arabe, musulmane ou berbère.
Dans un paysage médiatique accro au buzz, la principale figure de ce mouvement, Sofiene Ben Sghayer, a finalement eu accès aux plateaux télé à partir du 25 janvier, d’abord chez le propagandiste du régime de Ben Ali, Borhane Bsaiess, jusqu’à la très nationale – pour ne pas dire étatique – chaîne Wataniya 1, qui se fait depuis le 25 juillet 2021 le porte-parole exclusif du pouvoir de Kaïs Saïed. Rarement on aura entendu un discours aussi haineux se déployer sans une once de contradiction de la part de l’animatrice. Non content de mobiliser la rhétorique du « Grand remplacement » de l’extrême-droite européenne, ou de gonfler les chiffres des immigrés subsahariens en Tunisie pour les porter à un million (alors que les estimations les plus élevées les situent à 50 000), l’invité n’hésite pas à faire le parallèle entre leur présence… et le projet colonial sioniste. Quelques heures plus tard, c’est depuis le Palais de Carthage que l’écho de ce discours raciste viendra.
« CHANGER LA COMPOSITION DÉMOGRAPHIQUE DE LA TUNISIE »
Le mardi 21 février 2023 au soir, le communiqué du président de la République reprend à son compte cette rhétorique. Il y est question d’un « plan criminel préparé depuis le début de ce siècle afin de changer la composition démographique de la Tunisie ». Tout comme le Parti nationaliste, le chef de l’État parle de criminalité et d’organisations recevant de l’argent de l’étranger pour participer à cette entreprise de peuplement. Devant les accusations de racisme, le président persiste et signe deux jours plus tard en parlant d’un « complot », tout en jouant sur la distinction entre les résidents légaux et les sans-papiers.
Si en France, Éric Zemmour n’a pas manqué de saluer le discours de Saïed sur Twitter, en Italie, le ministre des Affaires étrangères Antonio Tajani a même fait part du soutien total de son pays aux autorités tunisiennes, lors d’un entretien téléphonique avec son homologue tunisien Nabil Ammar. Dans un entretien à France 24 samedi 25 février, ce dernier a défendu Kaïs Saïed en évoquant « une interprétation erronée et infondée » du communiqué officiel. Mieux, il a repris à son compte la conception des pays du Nord de la mobilité des populations du Sud en déclarant : « La migration illégale pose des problèmes dans tous les pays où elle existe. Ce n’est pas aux pays européens que je vais le dire ».
Les autorités tunisiennes ont endossé depuis l’époque de Zine El-Abidine Ben Ali le rôle du flic à la solde de l’Europe, qui s’est renforcé depuis 2011. Le pays est devenu un point de départ pour les migrants passés par la Libye – et plus récemment par l’Algérie – et qui souhaitent atteindre l’Europe. Entre 2011 et 2022, 47 millions d’euros ont été alloués à la Tunisie par l’Italie pour « le contrôle de ses frontières et des « flux » migratoires »,selon le Forum tunisien des droits économiques et sociaux (FTDES). Mais jamais jusque-là un discours complotiste n’a été ainsi porté par le plus haut représentant de l’État.
DES CENTAINES D’APPELS DE DÉTRESSE PAR JOUR
Les actes de violence connaissent une accélération après le communiqué présidentiel. Dès le lendemain, les agressions et les expulsions, qui ont surtout lieu la nuit, se multiplient. Hazem Chikhaoui est membre de la cellule média du Front de lutte contre le fascisme, un collectif né à la suite d’une réunion entre différentes composantes de la société civile, alertées par la gravité du discours présidentiel.
« C’est du jamais vu, on s’attendait à une grande vague de violence, mais pas à ce point. Les insultes dans la rue sont devenues le pain quotidien. J’entends tous les jours des gens dire ‘les Noirs vont nous envahir’. Sans parler de la violence physique, entre les maisons incendiées, les braquages, les attaques à l’arme blanche et même les viols ».
Une membre d’une association qui vient en aide aux femmes victimes de violence – et dont nous ne révélons pas le nom par sécurité pour son personnel- témoigne de cette aggravation :
Nous vivons une véritable crise humanitaire. Depuis la publication du communiqué présidentiel, nous recevons des centaines d’appels par jour. Beaucoup d’immigrés subsahariens ont été expulsés de leurs logements. Les propriétaires ont peur que la police fasse des descentes et les accuse de loger des migrants, même s’il s’agit d’étudiants ou de demandeurs d’asile. Il y a aussi les voisins qui font pression. On essaye de les reloger comme on peut, entre les foyers ou les hôtels, en donnant la priorité aux femmes enceintes et avec enfants en bas âge. Mais nous sommes démunis devant l’ampleur de cette crise. Les gens ont peur de venir en aide subsahariens de peur d’être accusés de complicité.
Jean Bedel Gnabli, président de l’association des Ivoiriens actifs en Tunisie, témoigne de la peur qui a saisi l’ensemble de la communauté :
Depuis 48 heures, des ressortissants ivoiriens viennent demander à être rapatriés, qu’il s’agisse de sans-papiers ou de personnes résidant légalement en Tunisie. Ceux qui n’ont pas été agressés ont vu leurs amis l’être et ils ont peur de subir le même sort. Personne n’ose aller porter plainte car on ne sait même pas ce que la police appelle « être en règle ». Il y a des personnes qui ont des cartes du HCR [Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés] mais qui ont quand même été arrêtées. Et vu les délais d’attente pour les titres de séjour, beaucoup ont vu leur carte provisoire de trois mois expirer et ils n’ont toujours pas de rendez-vous. Les associations font de leur mieux pour nous aider, mais tout le monde a peur.
Depuis l’invasion de l’Ukraine, l’Italie cherche frénétiquement des fournisseurs de gaz plus fiables que la Russie. Les gouvernements Mario Draghi puis Giorgia Meloni ont trouvé à Alger une grande disponibilité pour satisfaire ces besoins. Depuis lors, la lune du miel est sans nuages, l’Algérie a inclus l’Italie au nombre des pays « amis et frères », et y renforce ses achats d’armes.
Le 5 juillet 2022, à l’occasion des festivités du 60e anniversaire de l’indépendance, un imposant défilé militaire a parcouru la route nationale no. 11 longeant la nouvelle et gigantesque Grande Mosquée d’Alger. Il a non seulement été suivi par des milliers d’Algériens curieux de voir le défilé de l’armée, mais aussi par un certain nombre de chefs d’État étrangers en tant qu’« invités d’honneur » et de délégués d’États considérés par Alger comme « amis et frères ». Seule représentante européenne, la présidente de l’époque du Sénat italien, Elisabetta Casellati. Sa présence était significative, mais aussi symbolique de l’entrée définitive de l’Italie parmi les partenaires essentiels de l’Algérie.
Cette invitation n’avait rien d’anodin, puisque cet anniversaire a été pour le régime algérien l’occasion de réaffirmer et de raviver la légitimité « révolutionnaire » qui sous-tend le système de pouvoir, inchangé depuis 1962. Une invitation plus que naturelle pour ceux qui ont toujours compté sur l’appareil politico-diplomatique (et la puissance militaire) du grand pays nord-africain pour leurs combats (Palestine et Sahara occidental), mais aussi pour ceux qui, comme l’Italie, ont considérablement intensifié ces derniers mois un rapport défini comme « stratégique » basé sur l’approvisionnement énergétique. Tous les autres domaines bilatéraux — politique, historique, commercial, diplomatique — ont dû se réajuster ou se réinventer pour tenir compte de cette priorité.
Les relations énergétiques avec l’Algérie, importantes depuis des décennies, sont devenues vitales pour l’Italie depuis le début de la guerre en Ukraine. L’Algérie, qui était jusqu’en 2021 le troisième fournisseur de l’Italie en est aujourd’hui le premier. Toutefois, il y a peu de certitudes et beaucoup de non-dits sur la capacité réelle des Algériens à approvisionner l’Italie(et dans les plans de l’actuel gouvernement italien et de l’Europe également) via le gazoduc Transmed qui part du Sahara algérien, passe par la Tunisie, le canal de Sicile puis traverse la péninsule italienne jusqu’à la plaine du Pô. En dépit de la signature de plusieurs contrats entre l’Italien ENI (Autorité nationale des hydrocarbures) et l’Algérien Sonatrach, et malgré les déclarations officielles retentissantes qui prévoient une croissance des approvisionnements annuels de 21 milliards de mètres cubes en 2021 à 35 milliards de mètres cubes en 2023.
Le fameux Galsi, un autre gazoduc qui devrait atteindre l’Italie depuis l’Algérie via la Sardaigne et déboucher en Toscane, est en phase de planification/construction depuis le début des années 2000. Le chantier est en panne depuis au moins dix ans.
L’intensification des échanges diplomatiques entre les deux pays s’est d’abord traduite en novembre 2021 par la visite d’État en Algérie du président italien Sergio Mattarella, puis de celle du président algérien Abdelmadjid Tebboune en mai 2022 à Rome. Il a été reçu au Quirinal, la résidence officielle romaine du président de la République. Après l’hommage rituel au monument des martyrs de la guerre d’indépendance (auquel s’est également soumise l’actuelle première ministre Giorgia Meloni lors de la première mission bilatérale de son gouvernement, à Alger naturellement, le 23 janvier 2023), le point culminant de la visite de Sergio Mattarella a été l’inauguration d’un jardin public dans l’élégant quartier d’Hydra dédié à Enrico Mattei, « ami de la Révolution algérienne, défenseur tenace et convaincu de la liberté et des valeurs démocratiques, attaché à l’indépendance du peuple algérien et à sa souveraineté », comme l’indique la plaque inaugurée à cette occasion.
ENRICO MATTEI, UN PÉTROLIER AMI DES « REBELLES »
Enrico Mattei, fondateur d’ENI, a présidé la compagnie italienne de 1953 à 1962, et a joué un rôle pendant la guerre d’Algérie. Membre de la démocratie chrétienne et ancien résistant contre le fascisme, Mattei partageait les idéaux d’émancipation des peuples sous domination coloniale et était un adversaire obstiné de l’hégémonie des multinationales anglo-américaines dans l’exploitation des gisements d’hydrocarbures au Proche-Orient et en Afrique du Nord.
Après la découverte de pétrole dans le Sahara algérien en 1956, pendant la guerre d’indépendance que mène le Front de libération nationale (FLN), Mattei n’accepte pas de collaborer avec la puissance impériale encore bien installée dans ses départements de l’autre côté de la Méditerranée pour l’exploitation des nouveaux gisements, estimant qu’il lui suffit de négocier un accord avec la future Algérie indépendante. Il établit donc des relations nourries avec certains dirigeants du FLN, notamment Abdelhafid Boussouf, Tayeb Boulahrouf (qui fut délégué du FLN et ensuite ambassadeur d’Algérie à Rome), Saad Dahlab et Benyoucef Ben Khedda.
Ces contacts, tenus secrets par Mattei vis-à-vis du gouvernement italien qui n’a jamais soutenu officiellement la cause algérienne, ont permis une plus grande sensibilisation de l’opinion publique italienne à la guerre en cours, une certaine facilitation du passage des militants du FLN sur le territoire italien, la formation des futurs cadres de Sonatrach dans les écoles de l’ENI à San Donato Milanese et, surtout, des conseils techniques au Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) lorsque les négociations pour l’indépendance ont porté sur le dossier du pétrole.
Nul doute que la contribution de Mattei à la guerre d’Algérie a pesé de tout son poids. Le soutien du président de l’ENI n’a cependant pas été déterminant pour le destin du processus d’autodétermination des Algériens, ni même fondamental pour les rapports ultérieurs de la République italienne avec le premier gouvernement de l’Algérie indépendante d’Ahmed Ben Bella. Au contraire, les relations ont été circonspectes et très prudentes, sans parler de celles avec l’ENI qui, après la mort de Mattei le 27 octobre 1962 dans des circonstances mystérieuses1, n’a réussi à signer le premier accord avec Sonatrach qu’après une bonne dizaine d’années. Il aura fallu attendre la nouvelle rhétorique mémorielle du régime Tebboune qui a jugé très utile de récupérer la figure de Mattei comme grand partisan du « peuple » algérien pour satisfaire les besoins stratégiques actuels.
LA MACHINE À FABRIQUER DES SOUVENIRS
Depuis son élection, le président algérien, aidé par la direction de l’Armée nationale populaire (ANP), a promu la construction de « l’Algérie nouvelle », sans rien changer réellement à l’écran de fumée du pouvoir, mais en continuant à le légitimer par l’ancrage de la guerre de 1954-1962. Le chef de l’État a ainsi décrété la création d’un nouveau jour férié, le 8 mai : la Journée nationale du souvenir, qui commémore les massacres de Guelma et de Sétif du 8 mai 1945. D’autres initiatives ont été prises, comme le lancement de la chaîne El Dhakira TV (Le souvenir), la création d’un musée et d’une revue qui visent à multiplier les occasions de réexaminer des faits, des événements, des personnalités du passé dans une optique nationaliste.
En réalité, ces initiatives n’ont pas d’ambition historique. Ce ne sont pas des espaces de discussion ouverts pour de nouvelles recherches sur le passé récent de l’Algérie — les archives restent en effet largement inaccessibles aux chercheurs —, mais des moments d’institutionnalisation, de reconstruction et de réajustement en direction du grand public, de la Révolution ou des luttes contre les invasions étrangères au fil des siècles, laissant de côté — ou plutôt occultant — les diversités, contradictions, ombres, ou même simplement les nuances de tout parcours historique.
L’histoire nationaliste (et non du nationalisme) est donc au service de l’appareil du pouvoir et, en particulier, de l’armée qui, dans les occasions officielles, est toujours désignée par défaut sous son appellation constitutionnelle de « digne héritière de l’Armée de libération nationale (ALN) ». Le « nouveau » pouvoir qui se présente comme le seul et authentique descendant moral des moudjahids et chahids (combattants et martyrs) de la Révolution véhicule à sa manière les valeurs nationales, dépoussière les principes pour mieux garantir la pérennité des changements institutionnels en cours. La convocation de l’image de Mattei fait partie intégrante de cette machine à fabriquer des souvenirs. Elle est utilisée pour présenter comme inattaquable à tous égards le renforcement des relations avec l’Italie, ce qui a en soi une portée énorme en termes d’investissements économiques — commerciaux et autres.
UNE COOPÉRATION MILITAIRE
Rome se prête sans difficulté à cette évolution, sans se rendre compte que derrière la patine de grandeur et de fierté nationale du riche fournisseur de gaz se cache l’envers d’un décor au nationalisme exacerbé : identification d’ennemis internes contre lesquels il n’y a aucune pitié (les voix opposées ou critiques à l’égard des évolutions actuelles ne sont pas tolérées), ni aucune flexibilité sur le principe de souveraineté et d’intégrité nationales (un mouvement kabyle bien connu vient d’être classé comme terroriste), ni aucun compromis par rapport aux batailles historiques de l’Algérie révolutionnaire comme le droit à l’autodétermination des peuples.
On pourra toujours dire qu’il s’agit d’une question de realpolitik et d’intérêts nationaux, mais ce qui est certain, c’est que s’en remettre à bras ouverts à un pays fournisseur de gaz pour en remplacer un autre qui mène une guerre sans pitié au cœur de l’Europe (l’invasion russe de l’Ukraine n’a jamais été condamnée par l’Algérie). Ne tenir compte que de son poids géopolitique et ignorer sa conduite en matière de respect des droits humains est un film que nous avons déjà vu et dont la fin n’a pas toujours été glorieuse.
L’augmentation des quantités de gaz algérien en direction de la Péninsule a entraîné la signature de plusieurs autres accords encourageant notamment les microentreprises à investir en Algérie, dans l’agroalimentaire et le textile, les infrastructures, l’aérospatiale (un mémorandum a été signé entre les deux agences nationales), les produits pharmaceutiques, le numérique et la marine.
Et puis il y a la question des dépenses militaires et des fournitures d’armes légères et lourdes, dans un pays où l’armée se présente comme le « garant de la démocratie ». Elles ont été doublées en 2023, et l’ANP se présente dans son magazine militaire El Djeich comme étant chaque jour davantage « prête au combat ».
Si la Russie reste le principal fournisseur d’armes de l’Algérie, l’Italie s’affiche de plus en plus comme un producteur fiable et efficace dans ce domaine. Dans le cadre de l’accord de coopération de défense passé entre les gouvernements italien et algérien (en plus de divers protocoles, conventions interministérielles et accords intergouvernementaux) en vigueur depuis le 15 mai 2003, le 13e comité bilatéral Italie-Algérie s’est tenu à Rome entre le 30 novembre et le 1er décembre 2022.
Avec la collaboration des industries italiennes dans ce secteur, telles que Fincantieri, Leonardo, MBDA Italia, Elettronica et Rheinmetall Italia, il a été décidé d’augmenter les échanges et la coopération et de finaliser l’acquisition par l’Algérie des sept premiers hélicoptères AW-139 produits par Leonardo. On est donc en présence d’une relation non seulement énergétique qui semble destinée à perdurer dans le temps, mais aussi de son versant politico-diplomatique et stratégique qui nécessitera pour l’Italie de parvenir à des équilibrages difficiles si ce n’est prudents.
CATERINA ROGGERO Engagée dans des recherches sur l’Algérie contemporaine et l’Afrique du Nord à l’université de Milan-Bicocca, enseigne la culture arabe à l’université La Statale de Milan. Dernier ouvrage paru : Storia del Nord Africa indipendente : tra imperialismi, nazionalismi e autoritarismi, Bompiani, 2019.
غالبا ما يتقوف حساب التقييم والتقويم الثوري لدى هواته من ذوي النزعة التحليلية الإحصائية الصلبة والرؤى النفعية الضيقة، عند ما تم إنجازه من العملية “الثورية” حراكية كانت أم احتجاجية أو انتفاضية، ومن ثم يصدر الحكم التاريخي بشأن نجاح الثورة من فشله، غير أنه قليلا ما يُهتم ببوادر الثورة ومداعيها الأولى قبل مؤدياها على اعتبار أن هكذا قراءة قبلية للحدث هي جزء جوهري في مركب عملية التقييم والتقويم للحظة التاريخية تلك، من هنا ارتأينا في هذا المقال الوجيز عدم الوقوع في مطب تقييم ما حققه الحراك في الجزائر إثر مرور اربع سنوات عن اندلاعه، والتركيز على العوامل التي حققت هي الحراك لكونها تمثل الأصول التي بفضلها لا يزال الحراك بكل أشكال عبره وتعبيراته مستمرا عبر كامل مستويات الفعل السياسي والاجتماعي.
لأن دراسة الاحداث التاريخية ذات الأثر المستمر في شقها المابعدي غاليا ما يضلل وفق التأويلات والتفسيرات كل محاولات فهم أصولها وأسس انبلاجها في سوق التدافع السياسي الوطني، خصوصا إذا ما كانت هاته الأحداث شعبية غير ذات اتصال مباشر بخطابات وخطط تيارات بعينها، دينية، إثنية، أيديولوجية أو سلطوية حتى.
والحقيقة أنه مهما اختُلف في رؤى وأختُل في مستويات فهم بروز وانبجاس روح وحركة “الحراك الشعبي” نهاية شتاء 2019 إلا أن شاكلة سريانه واستمراريته في الشارع التي لم تنل منها سوى جائحة كورونا على ضوء ما كان قد أبداه الشعب من إسرار على فرض رغبته في التغيير، تكشف عن وعي كانت قد تخمر بفعل الصراعات السياسية والتدافعات الاجتماعية الطويلة التي راكمتها التجربة الوطنية عبر عقود الاستقلال الستة التي خلت دون التغاضي عن تجربة الربيع العربي التي اجهضت عمليا بفعل تكالب أعداء حق الشعوب في ممارستها لسيادتها على مقدراتها.
إذن فالوعي الذي قاد الشعب إلى الحراك هو الجدير بالاهتمام والتركيز لفهم ماضي وحاضر ومستقبل الأمة على ضوء تطور نسق الادراك العام بالمعضلة الوطنية وأساسها الأزلي أي شرعية قيام السلطة واستمرارها القسري وتأثيرات ذلك المرحلية على تطور المجتمع المطلبية، لأن ما أظهره الشعب من سلوك “ثوري حراكي” غاية في الدقة من حيث الانتظام التلقائي خارج الأطر التوجيهية والانتقال السلس في درجات المطلبية، والهدوء والسلمية التامين والأكثر من هذا وذاك الاتحاد والتوحد حول مطلب واحد وهو التنحي الكامل للمنظومة القديمة (يتنحاو قاع) من دون إرادة تكسير الدولة ومؤسستها الصورية المعطلة، كل هذا عكس حالة غير عادية من الارتقاء في السلوك الوطني ما كان ليتوفر إلا بفعل مستوى متقدم نسبيا من الوعي السياسي للمجتمع، وهو سلوك يؤشر بالضرورة إلى طبيعة الوعي الشعبي بأصل الأزمة من كونها تبدأ وتنتهي من السلطة وليس كما درج بعض الثرثارين من الاكاديميين وكثير من أقلام “أدب السلطة” من إصرار على قلب المعادلة وجعل المجتمع أساس الأزمة بتنوعه وفرية تنطعه وجهويته.
هذا الوعي لم يتأتى اعتباطا بل هو نتاج عقود من المكابدة والمجاهدة والمعاناة مع تجربة الحكم في دولة الاستقلال، رسخت لدى الجيل المتأخر فكرة أن كل التمردات على مشروع هذا الحكم إنما أحبطت لأسباب يتوجب استيعابها وفهمها وبالتالي التعامل معها في معركة التغيير بما تستحق من حنكة وإرادة شعبيتين خصوصا في ظل ما أبدته النخب من هوان واستسلام للحكم ثم الانخراط في مشروعه الاستباقي الاستبقائي بشكل نهائي لغايات اختلفت من شخص إلى آخر ومن تيار إلى تيار غيره.
فتلافي الشعب للصدام العنيف مع السلطة كان توظيفا ذكيا للتجارب الماضية، كأحداث أكتوبر 1988، والحرب الأهلية التي حصدت أرواح قرابة ربع مليون جزائري، في ما يعرف بالعشرية السوداء، وقبلها أحداث جهوية ومطلبية اجتماعية وصراعات طلابية جامعية، أغنت كلها “الذاكرة السياسية الشعبية” بصور حول طبيعة منظومة الحكم وما يقتضي الالتزام به في سبيل مقارعتها بما تكره من سلوك لا بما تحب مثل التطرف المطلبي ديني أو عرقي، المغالبة ومغالاة في الصراع السياسي، وكل المسلكيات المغذية للفرقة والمؤدية للمواجهات بما يتيح لها فرصة القمع كخيار تبريري لاستعادة السلم الاجتماعي والوحدة الوطنية.
كما أن الحراك الجزائري أبان عن مقدرة كبيرة في التعامل مع المعطى الإقليمي أين تم الاجهاز على الربيع العربي والفضل في هذا كما اشرنا يعود إلى رأسمال التجربة الوطنية مع مثل هكذا أحوال، فجل القطريات العربية عدا لبنان لم تعرف مع عرفه المجتمع الجزائري من سخونة المشهد ودموية الصدام السياسي في سبيل تحقيق الدولة المنشودة بعد عقود عدة من الدولة الموءودة.
إذن يتضح من خلال هذا الملمح الوجيز بأنه من الخطأ الجسيم التركيز في السؤال على ما تحقق حتى الآن من الحراك، أو إذا ما كان قد تحقق شيء ما فعلا من عدمه، لأنه بالإضافة لكونه سؤال غير منطقي بالنظر لحركية التاريخ، وفلسفة السياسة في شقها التغييري فيه، فإنه يظل سؤال مفخخ على اعتبار أنه يتيح لكل القراءات المعادية فرصة النيل التأويلي من الحراك، وبالتالي يجرده من قيمته التاريخية المستمرة ويحليه إلى مستوى الحدث الزمني الميت والمحنط في طويا الوقت.
بينما التركيز على دوافع قيام الحركة تبقي القراءة مفتوحة والوعي متواصل برسالية الحراك باعتباره ليس دواء لحظيا (اسقاط العصابة) وإنما بوصفه بوصلة أزلية باتجاه بلوغ مرافئ التحرر والتطور السياسيين اللذين وحدهما من سيضمن ازدهار الوطن ورقي المواطن.
« Les héros ont notre langage, nos faiblesses, nos forces. Mais eux, du moins, courent jusqu’au bout de leur destin ». A.Camus
Il y a 30 ans, le 20 février 1992, Ahmed Bouda nous a laissés. Il m’a semblé qu’à cette occasion, je pouvais reprendre l’essentiel de l’article que je lui avais consacré dans les colonnes d’El Watan le jour de son décès. L’article qui révélait un pan de sa vie militante et les condoléances élogieuses de feu Mohamed Boudiaf, président du HCE, à l’adresse de sa famille, lues au 20h de l’Unique, avaient étonné plus d’un, notamment parmi les jeunes des quartiers du Ruisseau et de Belcourt tellement l’homme était modeste, ne parlait jamais de lui-même. Ils découvraient, abasourdis, avec un mélange de curiosité et de respect, que l’homme au visage sévère et austère, souvent à pied, était un monument du combat libérateur et que le pouvoir officiel occultait sciemment la vraie histoire de l’Algérie et de ses héros. Il vivait parmi eux, partageait leurs difficultés quotidiennes et s’opposait à toute forme de compromission, refusant, jusqu’à sa mort, les aspects extérieurs de puissance et de richesse qu’exhibent ostensiblement les dignitaires du régime, dont il aurait pu largement profiter. Ce vieux militant chaleureux, serviable, rude, rieur aussi parfois, qu’on appelait par son prénom, à qui on demandait conseil et qui ne se dérobait jamais, est né le 3 août 1907 à Aïn Taya, dans une famille de modestes paysans.
Sa mémoire, son entêtement à faire éclater toujours la vérité, la précision historique à redresser des clichés, à rétablir les faits, n’en faisaient pas seulement un militant précieux pour le mouvement national indépendantiste, mais aussi un homme, un voisin extrêmement solidaire, réconfortant, avec un sens permanent de l’enseignement, de l’éducation, de la discussion toujours liée à des expériences pratiques. Pourtant, rien ne prédestinait ce fils de paysan à affronter, à la fois la France colonisatrice et le zaïmisme de Messali Hadj.
La prise de conscience
En 1929, Ahmed Bouda commençait à se nourrir de l’Islam populaire au sein de la zaouïa de cheikh Abdelkader El Hamami, à Belcourt et à Lakhdaria, jusqu’à son adhésion en 1932 à l’Association des oulémas de cheikh Ben Badis «pour la propagation de l’Islam, le réveil des consciences, la lutte contre le charlatanisme et la superstition qui avaient déformé le vrai visage de l’Islam», m’avait-il confié lors d’un entretien chez lui à Alger.
L’injustice, la pauvreté et la misère du peuple algérien réveillaient en lui un sentiment de révolte et conclura que la politique réformiste menée par les oulémas ne pouvait briser le joug colonial. Il dira à cet effet que «cheikh El Okbi se méfiait de l’action politique et mettait en avant la réforme religieuse et culturelle. Ben Badis, trop prudent, ménageait le plus possible les susceptibilités de l’administration coloniale avant toute action politique. Par contre, le message véhiculé par les militants de l’Etoile nord-africaine me subjuguait. C’est ce qui m’a mené à militer dans les rangs de cette organisation nationaliste depuis 1936». Ainsi, Ahmed Bouda devient militant actif de l’Etoile nord-africaine et accède à des postes de responsabilité au PPA qu’il a vu naître en 1937.
En 1939, il est gérant du Parlement algérien, une publication radicale qui dénonçait les exactions du colonialisme et relayait l’idée indépendantiste du parti. Mais en septembre de la même année, sur un acte d’autorité coloniale, le PPA est dissous. Les militants activent dans la clandestinité et la chasse à l’homme est déclenchée. Bouda est arrêté et interné au tristement célèbre camp de concentration Djenian Bourezg. A son élargissement, en 1943, il est membre de la direction du PPA clandestin et sera l’organisateur des manifestations du 1er Mai 1945 décidées par la direction du PPA en solidarité avec Messali Hadj, arrêté le 18 avril 1945 à Ksar Chellala. «Ce fut un événement historique, un défi au colonialisme sans précédent dans l’histoire de l’Algérie», témoignera Benyoucef Benkhedda.A l’issue d’un conseil national du PPA/MTLD tenu en 1947, il est responsable du comité d’organisation pour la préparation du congrès du comité central à Zeddine (Aïn Defla) qui donnera naissance à l’OS.
La scission : Messali et les centralistes
L’OS, Organisation spéciale et main armée du parti, avait besoin de moyens importants pour la préparation de la lutte armée. Messali Hadj, alors président, avait été chargé par le comité central de faire le porte-à-porte des pays arabes pour collecter des fonds et inciter la Ligue arabe à présenter la question algérienne à l’ordre du jour de la session de l’ONU. «En 1952, à son retour de son périple, lors d’une session du comité central, Messali étalait son émerveillement de l’Orient, le faste et les égards avec lesquels il a été reçu, sans toutefois aborder les questions centrales pour lesquelles il avait été mandaté. Radjef, qui présidait cette séance, l’arrêta sèchement et lui signifia d’aller droit au but», raconte Bouda, avant d’ajouter que «Messali, en fin de compte, n’avait rien réglé. Ce fut pratiquement un voyage d’agrément.»
Cette attitude provoquera le courroux de la majorité des membres du comité central. Messali, de son côté, entre dans une colère sans précédent et son assignation à résidence dans l’ouest de la France, à Niort, multiplie les divergences avec ceux qu’on appellera désormais les Centralistes. Voyant son autorité mise à rude épreuve, «Messali réclame les pleins pouvoirs pour diriger le parti, faisant fi de la direction collégiale», martelait Bouda. Le parti se scinda en trois : les Messalistes, les Centralistes et les Activistes qui ne suivront ni les uns ni les autres et privilégieront la lutte armée.
La lutte armée
En 1954, au lendemain du déclenchement de la lutte armée, Ahmed Bouda est arrêté et emprisonné à Serkadji jusqu’au mois d’avril 1955, date à laquelle il rejoindra le FLN après sa rencontre avec Abane Ramdane. Au mois d’octobre de la même année, il dirige la délégation du FLN au Caire jusqu’au mois de février 1956. Ensuite, il est représentant en Irak d’où était diffusée la «Voix de l’Algérie» sur les ondes de la radio irakienne. Les prestigieux joueurs de football algériens professionnels, qui ont fait la gloire de l’équipe de France, ont constitué une équipe pour participer, à leur façon, à la lutte pour la libération du pays du colonialisme, ont débarqué à Baghdad où ils ont été reçus par Bouda. Après un court passage au Koweït au nom du FLN, il sera ambassadeur du GPRA en Libye jusqu’à l’indépendance, en 1962.
Le retour au pays
19 mars 1962, les accords d’Evian sont signés, consacrant le droit à l’autodétermination du peuple algérien et sanctionnant ainsi l’échec de la politique du tout-militaire des autorités coloniales. Malheureusement, une crise entre le GPRA et l’armée des frontières éclate et a failli dégénérer en guerre fratricide, n’était la sagesse du président Benyoucef Benkhedda. Une crise politique dont la conséquence est de consacrer, pour longtemps, la suprématie du militaire sur le politique. Ahmed Bouda, voyant la tournure qu’avaient pris les événements, se retire définitivement de la scène politique. Il sera successivement vendeur de postes radio, de chaussures et enfin de meubles, avant de rejoindre le secteur de l’éducation nationale en 1965.
Enseignant d’abord à l’école les Eucalyptus, à Bab Ejdid (Haute Casbah) jusqu’en 1970, il est ensuite responsable des cantines scolaires dans la même circonscription jusqu’à sa retraite, en 1972. Il habitera jusqu’à la fin de sa vie dans le même appartement du Ruisseau, rue Hélène Boucher, au 9e étage sans ascenseur, qu’il occupe depuis 1953. Il vivra modestement de sa retraite. Il n’a jamais réclamé sa carte communale d’ancien moudjahid pour bénéficier des avantages liés au titre. Les sacrifices qu’il s’imposera à lui-même, à sa défunte femme et à ses enfants lui ont valu la considération et l’affection générale.
Trente ans après, je continue cependant de croire que cet hommage à Ahmed Bouda est plus important aujourd’hui qu’hier, soixante années après l’indépendance, même confisquée. Une conjoncture pleine d’incertitudes sans pour autant qu’on puisse prévoir l’ampleur des difficultés qui nous attendent du fait des conséquences d’une crise dont nul ne voit le bout. Il faudrait aux dirigeants du pays, quels qu’ils soient, au moins autant d’amour pour la patrie, de courage et de lucidité qu’il en a fallu à Ahmed Bouda et beaucoup de ses compagnons pour affronter les premières heures de la Guerre de libération, il y a près de soixante dix ans.
J’ajoute qu’il ne leur faudra pas moins d’audace mais plus d’ouverture pour réussir l’édification d’une Algérie Nouvelle la moins pénible possible, la plus pacifique par respect aux serments de liberté énoncés dans la Déclaration de Novembre 1954 et que nous revendiquons depuis plus d’un demi-siècle. Une bonne gouvernance dans une République égalitaire et, à terme, nécessairement ouverte, débarrassée des carcans d’un conservatisme hypocrite, si elle veut apprivoiser l’extraordinaire dynamisme et la soif de liberté d’une jeunesse qui la compose et qui constitue l’une de ses richesses majeures, mais aussi l’une de ses menaces fatales. HSL
Sources :
1) Ouvrages
– Le Mouvement national algérien –textes 1912/1954- Claude Collot et Jean Robert Henry (Ed. Office des publications universitaires, OPU)
– Le FLN, mirage et réalités – Mohamed Harbi (Ed. J. A.)
– Mémoires d’un combattant 1942/1952 – Hocine Aït Ahmed (Editions Sylvie Messsinger)
– Le Parti du peuple algérien 1937/1939 – Mahfoud Kaddache et Mohamed Guenaneche (Ed. OPU)
2) Entretiens et témoignages
Ahmed Bouda, Benyoucef Benkhedda, Abderrahmane Kiouane, Ahmed Kabba.
3) Manuscrit de 17 pages en langue arabe de Ahmed Bouda (réponses manuscrites à un questionnaire sur son militantisme que j’ai eu l’honneur de lui proposer en 1991).
▶ La fuite de l’opposante Amira Bouraoui, source d’une poussée de fièvre diplomatique entre Paris et Alger, est emblématique du recul des libertés
▶ Quatre ans après le mouvement du Hirak, le climat s’est assombri, et le régime intensifie sa traque des derniers noyaux protestataires
▶ Manifestants, journalistes… Ils sont des milliers à fuir un pays en pleine dérive autoritaire, plus dur à bien des égards que durant les années Bouteflika
▶ La rente gazière, dopée par les cours avec la guerre en Ukraine, permet au pouvoir, courtisé par les Occidentaux, d’acheter la paix sociale ▶ La France s’accroche malgré tout à une politique de rapprochement avec l’Algérie, déjà coûteuse dans sa relation avec le Maroc
En Algérie, en pleine répression, « la peur fait son grand retour » Près de quatre ans après la grande vague de manifestations pacifistes du Hirak, le climat s’est durci, au point de provoquer un exode de représentants des médias et de la société civile.
RECIT
Je n’ai jamais souhaité quitter l’Algérie. C’est mon pays, ma terre. Là où je me suis battue. Ce sont les circonstances qui me l’ont imposée. La pression devenait insupportable. » Pour l’opposante algérienne Amira Bouraoui, l’équation était simple : la prison ou l’exil. Quand on la rencontre, mardi 7 février au matin, gare de Lyon, à Paris, tête emmitouflée dans un bonnet de laine et valise à roulettes au bout des doigts, perdue sur des quais désertés par la grève qui frappe la France ce jour-là, elle a encore les traits tirés par la folle escapade qui l’a sauvée des geôles algériennes.
La peur se lit toujours sur son visage. La veille, en fin de soirée, elle avait débarqué à Lyon d’un avion pris à Tunis grâce à l’assistance diplomatique de Paris qui, invoquant sa nationalité française (elle est binationale), avait convaincu la présidence tunisienne de ne pas permettre l’extradition vers l’Algérie à laquelle elle semblait condamnée. L’intervention consulaire française a provoqué une nouvelle poussée de fièvre dans la relation entre Paris et Alger. Entrée clandestinement en Tunisie le 3 février, Amira Bouraoui avait déjà été emprisonnée en juin et juillet 2021 en Algérie. Elle y avait été condamnée à deux ans de prison pour « atteinte à la personne du président de la République » et « offense à l’islam ».
Si cette sentence n’a pas été suivie à l’époque d’un mandat de dépôt à l’audience, elle restait exécutable au moindre faux pas, à la moindre déclaration pouvant déplaire au pouvoir. Une extradition de Tunisie vers l’Algérie lui aurait valu immanquablement de retourner derrière les barreaux. Sur la route de l’exode, elle n’est pas seule. A l’instar de Mme Bouraoui, les opposants fuient à grande échelle une Algérie à l’atmosphère devenue « irrespirable », disent-ils. Un pays en pleine dérive autoritaire où l’arrestation guette à tout instant ceux qui se sont trop affichés durant le Hirak (commencé en 2019 avec des manifestations contre le cinquième mandat de l’exprésident Bouteflika, avant de se muer en mouvement de contestation), en particulier ceux qui ont poursuivi le combat après l’essoufflement de la mobilisation populaire amorcé au printemps 2020, restrictions anti-Covid obligent.
Ils sont des milliers à s’être ainsi exilés en France et ailleurs en Europe, ou au Canada. Certains ont transité par la Tunisie, une étape périlleuse depuis qu’Alger a renforcé son influence sur le régime de Kaïs Saïed. Mme Bouraoui n’a dû son salut qu’à la détention d’un passeport français. D’autres n’ont pas eu cette chance. Tel Slimane Bouhafs, sympathisant du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK) et converti au christianisme, qui a été enlevé en août 2021 au cœur de Tunis par des inconnus qui l’ont rapatrié de force en Algérie.
LA PRESSE APPAUVRIE ET MALMENÉE
Un tel exode pourrait arranger le pouvoir algérien. Or, à l’inverse, Alger tente d’endiguer cette vague de départs de peur que ces opposants, une fois à l’étranger, diffusent largement les informations sur la répression. « Le régime n’apprécie guère que la communauté internationale mette son nez dans les droits de l’homme en Algérie », souligne un intellectuel réfugié en France. D’où les centaines d’« interdictions de sortie du territoire national » prononcées par les tribunaux à l’encontre des sympathisants du Hirak. « La peur fait son grand retour », s’afflige l’intellectuel algérien. Comment pourrait-il en être autrement alors que près de trois cents prisonniers d’opinion sont désormais sous les verrous ?
Que les dissolutions ne cessent de frapper des structures emblématiques de la société civile : Ligue algérienne de défense des droits de l’homme, Rassemblement actions jeunesse, SOS Bab-El-Oued, etc. Parallèlement, le champ médiatique n’a cessé de s’appauvrir, la mise sous scellés fin décembre 2022 d’Interface Médias (regroupant Radio M et le magazine Maghreb Emergent) et l’arrestation de son journaliste fondateur Ihsane El Kadi a fait figure de point d’orgue d’une reprise en main allant crescendo depuis trois ans. Le quotidien Liberté – avec ses caricatures de Dilem d’une férocité légendaire – a disparu, El Watan végète dans la précarité même si, officiellement, ses difficultés ne sont que financières. La presse algérienne, dont la vitalité détonnait en Afrique du Nord, n’est plus que l’ombre d’elle-même.
Il faut se résoudre à l’évidence : l’Algérie a basculé dans une nouvelle ère.
Cette « Algérie nouvelle » dont le président Abdelmadjid Tebboune – élu en décembre 2019 – a fait son slogan consacre en fait un grand saut en arrière politique. « On était bien plus libre sous l’ère de Bouteflika », se lamente un journaliste. Cruel paradoxe : Abdelaziz Bouteflika, président indéboulonnable pendant vingt ans (1999-2019), a été le dirigeant dont la candidature à un cinquième mandat a jeté les foules du Hirak dans les rues. Malgré l’éviction forcée fin mars 2019 du patriarche vieillissant et malade, le mouvement a perduré, muté, mobilisant tout au long de l’année des centaines de milliers d’Algériens dans les grandes villes du pays autour du mot d’ordre : « Etat civil et non militaire. » Ce fut un ébranlement de la société algérienne sans précédent depuis l’accession à l’indépendance de 1962.
Les souvenirs traumatisants de la décennie noire des années 1990 (durant la guerre civile entre le pouvoir et les groupes armés islamistes) n’avaient nullement dissuadé les familles d’arpenter rues et avenues, patriotisme en sautoir, rêvant d’une « nouvelle indépendance ». Ces masses joviales, pacifiques et disciplinées, soulevées par une fierté collective retrouvée, avaient bluffé le monde. Tous les espoirs semblaient permis. D’où la douleur du désenchantement quand le régime, aidé par le Covid-19 au printemps 2020, a progressivement repris l’avantage. Et resserré écrou par écrou l’étau sécuritaire autour d’un mouvement devenu impuissant, handicapé par son refus de s’organiser au nom d’un « basisme » horizontal qui avait fait sa force, puis sa faiblesse.
« Nous sommes entrés dans une phase dictatoriale » Le chercheur Mouloud Boumghar estime que « le régime a changé de nature », redoutant que la rue ne remette en cause sa survie.
ENTRETIEN
Mouloud Boumghar est professeur de droit public à l’université de Picardie-Jules-Verne. Il a notamment travaillé sur la construction de la notion d’ennemi dans le droit pénal algérien et ses effets sur la restriction des libertés. Il estime que le régime se durcit car sa base sociale a fondu.
Le pouvoir algérien est en pleine escalade sécuritaire. Comment le caractériser aujourd’hui ?
C’est un régime qui est nettement plus autoritaire qu’avant. Il était autoritaire, mais avec des marges de manœuvre pour les libertés. Aujourd’hui, nous sommes entrés dans une phase dictatoriale pour plusieurs raisons : la remise en cause du pluralisme, l’instrumentalisation politique de l’accusation de terrorisme, définie très largement, et un contexte politique marqué par une militarisation et un chauvinisme conservateur assumés. D’abord, le pluralisme, qui était formel mais qui avait une sorte d’ancrage [dans la vie politique], est à peine toléré. Il y a une remise en cause progressive de ce pluralisme par des procédures de dissolution qui ont été engagées contre plusieurs partis politiques et associations. On voit aussi une pression très forte s’exercer sur les médias indépendants. Pour le régime, ces médias libres doivent se soumettre ou disparaître. C’est le premier élément. Le deuxième marqueur de ce changement de la nature du régime est la révision de la législation sur le terrorisme.
Le pouvoir accuse ses opposants de faits de terrorisme, pourquoi ?
En juin 2021, une révision de l’article 87 bis du code pénal, qui définit l’infraction pénale du terrorisme, est intervenue par ordonnance présidentielle. Elle introduit deux nouveaux éléments parmi ses faits constitutifs. Le premier, c’est « œuvrer ou inciter, par quelque moyen que ce soit, à accéder au pouvoir ou à changer le système de gouvernance par des moyens non constitutionnels ». Ce qui ne veut pas dire des moyens anticonstitutionnels ou antidémocratiques, mais des moyens qui ne sont simplement pas prévus par la Constitution. Si j’appelle à l’élection d’une Assemblée constituante, ce n’est pas prévu par la Constitution par exemple. C’est un moyen non constitutionnel : je peux tomber sous le coup de l’accusation de terrorisme ! Ce qui est criminalisé ici est la revendication même du Hirak – le changement radical de système politique. L’arme de l’accusation de terrorisme a un effet tellement dissuasif qu’il n’y a pas besoin d’y recourir massivement, puisque l’objectif est de terroriser les gens. Tout cela intervient après le classement du mouvement Rachad et du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie [MAK] comme terroristes par le Haut Conseil de sécurité sans aucune base légale. C’est un élément très important, puisque des personnes qui n’ont pas été jugées et sont encore présumées innocentes peuvent être définies comme terroristes et voir leur nom publié au Journal officiel dès le stade de l’enquête préliminaire. Une commission qui est présidée par le ministre de l’intérieur et qui n’a aucune compétence judiciaire peut classer officiellement une personne comme terroriste alors même qu’elle n’a pas été condamnée. C’est l’institutionnalisation de l’arbitraire. Et c’est une mise à mort sociale : vous ne pouvez plus travailler, etc. Le but est de terroriser tous ceux qui voudraient garder à l’esprit cette idée de changement de gouvernance politique et de faire croire que le Hirak est dirigé par Rachad, créé par d’anciens membres du Front islamique du salut [FIS], et qu’il pourrait aboutir à la partition du pays à cause de l’action du MAK. C’est une manière de réactiver les peurs liées à la guerre civile et à la figure de l’ennemi intérieur kabyle, forcément séparatiste dans ce schéma.
Pourquoi une telle fuite en avant ? Le pouvoir n’avait-il pas déjà la capacité de contenir les forces d’opposition ?
Le régime est de plus en plus ouvertement militarisé. La tradition voulait que l’armée soit un roi qui ne gouverne pas mais à qui le dernier mot revient sur les affaires importantes. D’ailleurs, par une disposition assez vague, la révision constitutionnelle de novembre 2020 formalise jusqu’à un certain point ce rôle. On peut dire que si le président de la République est la clé de voûte des institutions françaises, en Algérie, c’est le haut commandement militaire qui joue ce rôle, sans réel ni explicite fondement constitutionnel, mais de manière de plus en plus visible. Nous assistons par ailleurs à un changement parce que la base sociale du régime a fondu. Le Hirak a eu un impact extrêmement fort car il a rompu le pacte social autoritaire, mais le régime n’a pas réussi à reconstituer sa clientèle et sa base sociale. L’armée est donc contrainte de se mettre en avant en ne gardant qu’un seul des éléments qui faisaient le pacte social autoritaire : la coercition. Alors qu’avant, la légitimité historique compensait l’absence de légitimité démocratique, la base sociale pouvait adhérer à cela. La question de la redistribution de la rente est également problématique – même s’il y a un regain au niveau des revenus tirés des hydrocarbures avec la guerre en Ukraine. Mais comme ceux qui tiennent les rênes du pays ne proposent pas autre chose et qu’aucune politique économique sérieuse ne vise à faire sortir l’Algérie de la dépendance aux hydrocarbures, il ne leur reste que la coercition, l’exacerbation du chauvinisme et un projet conservateur. On flatte une forme d’identité fantasmée, présentée comme assiégée : la chasse aux couleurs de l’arc-en-ciel [associées à la communauté LGBT] dans les commerces, lancée par un ministre il y a quelques mois, en est un exemple caricatural.
Certaines voix issues du Hirak, celles qui avaient soutenu sa première séquence (antiBouteflika) et non la seconde (antisystème), ne veulent pas dramatiser. « Après certains excès du Hirak, les gens ont besoin d’une phase de répit pour mieux réfléchir, explique Soufiane Djilali, président du parti Jil Jadid. La stabilisation actuelle les rassure, ils veulent vivre et tourner la page, comme si la politique les avait trop mis sous pression. » Reste à savoir si le « répit » actuel n’est pas voué à s’éterniser alors que le pouvoir, comme saisi d’un esprit de revanche après le Hirak, « continue d’avoir peur de la rue », observe Saïd Salhi, le vice-président de la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme, exilé en Belgique. Le régime a bénéficié d’une double aubaine. Le premier secours est venu de la crise du Covid, qui a justifié l’interdiction des rassemblements. Privés de la protection de foules en marche, les noyaux les plus militants du Hirak se sont alors retrouvés à découvert. Puis éclata la guerre en Ukraine. Le conflit allait doper les prix des hydrocarbures, offrant au pouvoir de ce pays producteur une bouffée d’oxygène permettant d’acheter la paix sociale, tout en imposant l’Algérie comme une alternative au gaz russe, à ce titre courtisée par des Occidentaux subitement moins concernés par les droits de l’homme. « On se sent un peu abandonnés », grince Saïd Salhi. Cette conjoncture n’aurait pas suffi, seule, à sauver le régime. Elle n’a fait que consolider une reprise en main intérieure déjà engagée. Commencée dans la foulée de l’éviction de Bouteflika, moment-clé où l’armée s’est inquiétée de la mue de la mobilisation antiBouteflika en un mouvement antisystème, cette restauration s’est approfondie au lendemain de l’élection de M. Tebboune, fin 2019. Elle a obéi à un modus operandi très précis, digne d’un manuel de recettes à l’usage des pouvoirs autoritaires en danger. Le premier assaut lancé contre le Hirak vise, en juin 2019, la Kabylie. Il s’agit pour le régime de casser la convergence des mobilisations entre les manifestants kabyles – issus de la région la plus politisée et historiquement la plus frondeuse –, et les protestataires des autres villes. C’est l’affaire du drapeau amazigh. Gaïd Salah, alors chef d’état-major de l’armée, assimile tout porteur de drapeau berbère à des séparatistes kabyles conspirant contre l’intégrité du pays. Dans les rues de la capitale, où les marches sont les plus imposantes et où l’étendard berbère est souvent brandi comme un signe de rébellion ou un symbole d’appartenance à l’Afrique du Nord, des dizaines de manifestants sont arrêtés. « Les Algériens ont une peur panique de la division, liée à l’étendue du pays comme au souvenir des années de violences de la décennie 1990-2000. L’armée a commencé par jouer sur cette corde sensible pour tenter d’affaiblir le mouvement, se remémore un intellectuel algérois. Puis elle a recréé un danger islamiste. » Au chiffon rouge du séparatisme kabyle, associé à l’appartenance au Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie, petite organisation indépendantiste, va répondre, en miroir, l’épouvantail de Rachad, petit mouvement islamo-conservateur basé à l’étranger.
MACHINE IMPLACABLE
Ainsi les liens supposés avec le MAK ou Rachad vont-ils motiver une offensive en règle contre les manifestants. Les poursuites seront largement facilitées par des dispositions contenues dans la réforme du code pénal en juin 2021. L’article 87 bis permet de mettre en cause pour « terrorisme ou sabotage » quiconque a appelé à « changer le système de gouvernance par des moyens non constitutionnels ». Réminiscence de la décennie noire, l’accusation infamante de « terrorisme » effraie, y compris les familles de détenus qui refusent parfois de communiquer sur le sort de leur parent poursuivi. « La pire chose pour les familles, c’est de voir un de leurs membres accusé de trahison ou de terrorisme. L’intimidation a marché auprès d’elles », décrit Saïd Salhi. La machine est implacable. « Comme ils peuvent difficilement accuser des militants kabyles, parfois des laïques revendiqués, d’accointances avec un mouvement islamiste, ils leur collent l’étiquette séparatiste, décrit une avocate souhaitant rester anonyme. Et comme ils ne peuvent pas coller le séparatisme kabyle à des militants qui ne sont pas originaires de Kabylie et qui parfois n’y ont jamais mis les pieds, ils en font des militants islamistes de Rachad. A l’arrivée, c’est la prison ferme. » Sorti récemment de garde à vue, un militant décrit un arbitraire déroulé jusqu’à l’absurde. Arrêté sur la base de messages Facebook critiques du pouvoir, il s’est vu accusé par la police judiciaire, agissant au nom du parquet, d’« œuvrer à un retour de ce qui s’appelle le Hirak ». Il lui est notamment reproché des écrits et photographies remontant à 2019 et les manifestations contre Abdelaziz Bouteflika, et même d’avoir fait preuve de « solidarité avec le journaliste Ihsane El-Kadi [arrêté fin décembre 2022] et le média Radio M [fermé] ». « Cela donnerait presque envie de rire si je ne risquais pas la prison », dit-il. Dans l’Algérie en pleine escalade sécuritaire, l’humour grinçant face aux méandres d’une répression devenue kafkaïenne n’est plus qu’une consolation.
Les risques croissants du pari algérien de la France
En persistant à développer sa relation avec Alger, Paris mécontente son allié traditionnel, le Maroc.
Paris garde le cap, imperturbable dans les turbulences. « Nous continuons à travailler à l’approfondissement de la relation bilatérale », a placidement déclaré, jeudi 9 février, le porte-parole du Quai d’Orsay. Pourtant, un méchant orage a bel et bien éclaté. L’Algérie a rappelé la veille son ambassadeur en France « pour consultations ». Le ministère des affaires étrangères annonce à Alger « un grand dommage » dans la relation, une dépêche de l’agence officielle Algérie Presse Service (APS) fustige « les barbouzes français » qui « cherchent la rupture définitive avec l’Algérie ». L’affaire Amira Bouraoui, cette opposante algérienne – détentrice d’un passeport français – que la diplomatie française a arrachée lundi d’une extradition vers l’Algérie alors qu’elle s’était réfugiée à Tunis, vient de refaire basculer la relation entre Paris et Alger dans un épisode dépressif.
Une énième crise, s’ajoutant à tant d’autres par le passé. Si Paris se contente de faire le dos rond, c’est que le lourd investissement d’Emmanuel Macron sur un rapprochement avec l’Algérie est un dessein s’inscrivant dans la longue durée. Le genre d’ambition – d’ampleur géopolitique – auquel on ne renonce pas aisément, quelles que soient les difficultés du moment. Du reste, les optimistes français du pari algérien trouveront quelque réconfort dans le fait que rien, dans la dernière colère d’Alger, ne relève de l’irréversible. Si l’on soupèse les mots – « grand dommage », « geste inamical » –, on note qu’ils ménagent l’avenir, laissent la porte entrouverte. La dépêche de l’APS elle-même est éloquente : en ciblant « les barbouzes » de l’appareil d’Etat français, elle épargne Emmanuel Macron. Une sorte d’appel au chef de l’Etat à faire le ménage autour de lui, à éloigner les « ennemis de l’Algérie ».
Pression du Maroc
En ce sens, la tempête actuelle ne devrait pas bouleverser les fondamentaux de l’approche présidentielle du Maghreb, cette ligne de crête assumée entre un pari algérien tourmenté et la préservation d’une relation avec le Maroc jadis privilégiée, mais aujourd’hui rétrogradée. Ce jeu d’équilibre entre les deux frères ennemis du Maghreb, dont l’antagonisme est exacerbé depuis deux ans par le retour du contentieux autour du Sahara occidental, va toutefois devenir de plus en plus miné pour la France, plaçant sa diplomatie sous une tension permanente. Il n’est que de voir le désamour qui s’installe durablement entre Paris et Rabat, dégât collatéral du tropisme algérien d’Emmanuel Macron. La visite du chef de l’Etat au Maroc, annoncée de longue date, est toujours dans les limbes en raison du peu d’empressement du royaume chérifien à l’organiser. Elle ne devrait pas avoir lieu avant la fin du ramadan, en avril.
Depuis le « deal » de Trump en décembre 2020 – accord au terme duquel Washington a reconnu la « marocanité » du Sahara occidental en échange de la normalisation des relations entre le Maroc et Israël –, Rabat est porté par « un sentiment de puissance », relève une experte des affaires maghrébines. « Il veut forcer la main à tous ses partenaires pour qu’ils reconnaissent sa souveraineté sur le Sahara occidental, ajoute-t-elle. Après l’Espagne et l’Allemagne, c’est au tour de la France de subir sa pression. » Or Paris ne semble guère disposé à faire évoluer sa position sur le sujet, à savoir la qualification du plan d’autonomie marocain datant de 2007 comme « une base sérieuse et crédible » à une future solution politique.
Depuis que Madrid a cédé à la pression – principalement migratoire – en se ralliant à la formule « la base la plus sérieuse », valant reconnaissance implicite de la souveraineté marocaine, Rabat ne cesse de faire monter les enchères vis-à-vis de Paris. Et d’encourager en sous-main une campagne antifrançaise dans les médias nationaux, créant « une atmosphère peu productive », déplore une source diplomatique parisienne, même si cette adversité n’a à ce stade pas eu d’effets concrets sur des liens économiques d’une grande densité. A Paris, on conteste officiellement l’idée que le refus de céder aux pressions du Maroc sur le dossier du Sahara occidental s’expliquerait par le souci de ménager l’Algérie, soutien politique et militaire au mouvement sahraoui indépendantiste du Front Polisario. On le comprend toutefois entre les lignes.
Aussi la bifurcation stratégique avec le Maroc, qui vit très mal la perte de son statut d’allié privilégié de la France et ne parle désormais que de « diversifier ses partenariats », est-elle le principal risque du pari algérien de M. Macron. Il s’en ajoute un second : la nature même du système algérien. Sur les différents dossiers qui l’intéressent, quels dividendes la France peut-elle recueillir de son engagement auprès d’Alger ? Pour l’heure, ces gains ne sont pas évidents. Certes, des gestes ont été consentis sur l’accueil de migrants illégaux ou sur l’échange de renseignements au Sahel. Pour le reste, les attentes françaises se heurtent à une bureaucratie algérienne paralysante et toujours d’une grande susceptibilité sur tout projet impliquant Paris.
« M. Macron se fait beaucoup d’illusions sur M. Tebboune », grince Xavier Driencourt, ancien ambassadeur français à Alger. La réconciliation mémorielle qu’appelle de ses vœux le locataire de l’Elysée « est un piège », ajoute-t-il. Quant à la fuite en avant répressive du régime, elle impacte désormais directement avec l’affaire Bouraoui une relation diplomatique que Paris aurait bien aimé isoler des contingences proprement politiques. Comme un douloureux rappel à l’ordre.
أشرنا في غير ما موضع بأن العجز المفضوح لنخب التعددية في تحقيق حلم التغيير السياسي عبر انجاز انتقال ديمقراطي حقيقي ناتج أساسا عن عدم قدرتها على افراز فكر سياسي وطني بديل، وذلك بسبب غلبة منطق الغنيمة على غنيمة المنطق في اللعبة السياسية ما رسخ مفهوم “البوليتيك” البنابي (مالك بن بني) للسياسة الشعبوية القائمة على الدجل وحسابات الجدل الأيديولوجي والمصلحي الانتخابي الآني، من هنا توجب على العقل السياسي الوطني أن ينطرح بذاته ولذاته للتشريح ومعاودة النظر، أملا في أن يستفيق ويستقيم الفاعل السياسي المستقبلي في مسار بحثه عن الحلقة الضائعة في جدلية سلطة المجتمع السيادية الغائبة ومجتمع السلطة السياسية الغالبة منذ أزمة المجلس الوطني للثور في الصائفة العاصفة لسنة 1262 والذي انعقد في طرابلس.
من جملة مشاريع الإخفاق السياسي في التأسيس لتعددية مثلى، كان خط المغالبة الصادم والمصادم لمنطق المرحلة والحاجة المجتمعية لقوة الدفع التغييري العقلاني بعد التخلي (الشكلي) عن الأحادية، مشروع تمثله ومثله الفصيل الاسلاموي الأول بقيادة الجبهة الإسلامية للانقاذ ورام من خلاله الجمع بين الطلب والتغلب في سبيل نزع الحكم ومؤسساته من منظومة لا ترى لها أساسا وجوديا ولا جدوى إلا بالحكم والتحكم في مجتمع يقر التاريخ باستعصاء حكمه، لثقافته وتقاليده في التمرد على إرادة الاستحواذ عليه والاستفراد بسيادته وهذا منذ فجر التاريخ.
السؤال الجدير هنا بالالحاح، هو كيف برز هذا التيار، وما مبرراته التاريخية والأيديولوجية، وإلى انتهى في تطور خطابه؟
الجواب يعيدنا حتما إلى فتوة عمر تيار الإسلام السياسي وبداية تشكل تشكيلاته واتجاهاته، التي ستتأثر بمعطيات الخارج أكثر من الداخل وهي ترسم أفاق حضورها في مسارح الاجتماع والسياسة، وهذا ليس لفقر في الرصيد الوطني (السياسي) للإسلام باعتبار أن لهذا التيار سلف (ليس السلفية) يشرعن حضوره التاريخي ممثلا في جمعية العلماء، وإنما هو عجز عن استيعاب اللحظة الاندماجية الفارقة في الوطنية ببعدها القطري والإسلام ببعده الأممي الكوني، ولعل ذلك ما يفسر غربة مالك بن نبي في قومه وهشاشة حضور ميراث جمعية العلماء المسلمين في الخطاب الحركي الاسلاموي إلا ما خلى في الاحتفائية أو في معرض شرعنة الوجود لهذا التيار في الحظيرة الوطنية.
فلقد تقلبت الرؤى والأفكار في هذا التيار بين متبع لمشاريع أممية ولدت في بيئات أخرى، ومحاك لتاريخ الإسلام باعتباره أسبق وأصدق تجربة من تاريخ الوطنية وبذلك تمركزت لدى هذا الأخير، الجهادية القتالية في مشروع التمكين لـ”المشروع” ومساند التبرير كانت لا تتوقف سيولها عن الجريان من خلال معاودة القاء السير الأولى وذكريات الفتوحات والثورات التقويمية على الحكام بالسيف، فعمي أو تعامى هذا العقل عن التاريخ حاسبا بأنه سيعيد نفسه على شاكلته الأولى، ومجرد التفاتة بسيطة لما كان يكتبه زعيم هذا الفصيل علي بن حاج إبان عنفوان الجبهة على صفحات المنقذ (لسان حال الحزب” يكشف حقيقة ما أسلفنا في سرده ووصفه.
الرجل جمع المطالبة والمغالبة كورقتي ضغط سياسي ليس لتحرير المجتمع من الاستبداد وإنما كي يرث الاستبداد عن منظومته الأولى، لأن مفهوم عدم شرعية الحكم لديه لم يكن هو ذات مفهوم شركاء القضية الوطنية الأخرين، كآيت أحمد، على محساس، عبد الرحمن عجريد، بن يوسف بن خدة وغيرهم، ففهم على بن حاج وقناعته وقتها، كانت متوقفة عند شرعية حكم الإسلام وعدمها لكل الأفكار الأخرى التي كانت يعتبرها غير معبرة عن “المجتمع الجزائري المسلم” وبهذا فلا حرية إلا الحرية “الاسلاموية ولا سياسة ولا اقتصاد ولا رؤية إلا التي نطق بها مشروع حزبه وتياره داخل الفصيل الاسلاموي.
طبعا واكب وشجع تبني هكذا فشل خطير في استيعاب القضية “الوطنية” وتمثلها كمعطى تاريخي في السياسة عن هذا التيار، التحولات الدولية التي تسارعت في العالم وقتها أي نهاية الثمانينات وبداية التسعينيات بسقوط جدار برلين واندحار الشيوعية وانتصار المجاهدين الافغان المدعومين من الغرب لتكسير السوفيات ومعسكرهم والقراءات اللاتاريخية الغيبية الغبية التي كانت تعطى لتلك الحرب في خطاب الاسلامويين الدعوي، السياسي والاعلامي، ما غذى خرافة النصر الإلهي في نفوس أبناء هذا التيار وزادوا في امتهان التاريخ والتهاون في فهمه، حتى طغى في حين من صراعهم مع غيرهم من الخصوم في معارك الانتخاب منطق الدجل والكرامات برؤية اسم الجلالة بارزا بازغا في التجمعات الشعبية باعتبارها إشارة لنصر وشيك !!
لكن بعد أزيد من عقد بالسجن (1991- 2003) خرج منه على بن حاج بغير الفكر الذي دخل، اتضح أن هذا التيار على الأقل من خلال تجربة رائده ومؤسس جناحه داخل الجبهة الإسلامية للإنقاذ قد استوعب جديا مثالب مشروعه المناطح للتاريخ ولمنطق الزمن، فالمغالبة اليوم عبر الخطاب “البنحاجي” صارت تنزع للسياسة أكثر منها للقتالية وللحظيرة الوطنية دون حصرها في التيار، وللحرية المدنية للجميع بما فيها من نطق بالكفر وليس السياسي فحسب بل الكفر الاعتقادي حتى، وهو ما دلت عليه مواقف عدة للرجل منها دعمه لحرية الكاتب الفرنكفوني كمال دواد في التعبير حتى لو تهجم على الإسلام واللغة العربية، وآخرها دفاعه عن الناشطة السياسية أميرة برواي التي هربت أو هُربت إلى المنفى بفرنسا على الرغم من عدائها لقيم المجتمع الجزائر وأبرزها الإسلام، كما يرى الكثيرون.
لكن لا نكاد نرى اشتغالا عقلانيا أكاديميا كان أم انطباعيا من النخب التي يفترض أنها منشغلة بمسألة قلق العقل الوطني، وهذا ببساطة لأن الجزائر افتقرت لهذه النخب وهو ما يجعل من ثروة تجارب العمل السياسي تذهب تبديدا وتسيل تبذيرا في صحارى اللا وعي السياسي الوطني، فكيف والحال هذه يُرتجى التأسيس لأفاق التغيير وركام التجربة الوطنية لمختلف التيارات تذهب هكذا هدرا؟ لتبقى السياسة بالتالي في حيز لعبة دجلها الأولى بمعنى تظلها “بوليتيك” خالية من كل أس تاريخي جدي وجاد.
Comme les réseaux sociaux adorent s’agripper compulsivement à des sujets aussi polémiques que l’affaire Amira Bouraoui, d’autres événements qui sont peut-être plus instructifs passent inaperçus. Il en est ainsi de la condamnation en appel de Dalila Touat le 8 février dernier par la cour de Mostaganem à six mois de prison ferme et à 50.000 DA d’amende. Le tribunal de Aïn Tedlès l’avait condamnée en première instance à la même peine de prison pour « outrage à institution publique » la relaxant pour le chef de « diffamation ».
C’est le dernier épisode en date du combat mené par cette militante contre les administrations et juridictions de la wilaya de Mostaganem. Elle y a été active et ne s’en est pas laissé compter, ne consentant jamais à tenir le rôle de victime expiatoire d’un bloc juridiciaro-bureaucratique dont l’entreprise de persécution n’a à aucun moment réussi à la réduire au silence.
Ne jamais désarmer
Au cours de ces trois dernières années, elle a eu à en découdre à de multiples reprises avec la justice : en novembre 2019, elle fut condamnée pour perturbation de l’élection présidentielle du 12 décembre de la même année ; en janvier 2021 pour « outrage à corps constitué », « diffamation et publication portant atteinte à l’intérêt national » ; malgré l’annulation de ces deux verdicts le 3 mars 2021 en appel et leur remplacement par deux mois de prison avec sursis et bien qu’elle ait été libérée entretemps par une mesure présidentielle collective de « clémence », elle s’est pourvue en cassation contre l’arrêt de la cour d’appel ; en novembre 2021, elle a été condamnée à six mois de prison ferme pour « outrage à institution publique » ; arrêtée à nouveau le 31 janvier 2022, elle fut condamnée le 14 février à six mois de prison avec sursis pour « incitation à attroupement, outrages et violences à fonctionnaires et institutions de l’Etat, offense au président de la République, diffusion de publications portant atteinte à l’intérêt national ».
Dans cet enchevêtrement des procédures, Dalila Touat est demeurée suffisamment sûre de son bon droit pour ne jamais désarmer et passer à l’offensive à chaque fois que c’était possible :
1) Elle s’est mise à trois reprises en grève de la faim, deux premières fois successives en 2021, sans le suivi médical auquel elle avait droit et qui lui fut refusé, pour protester contre « les mauvais traitements, les menaces et les intimidations » dont elle était l’objet de la part de l’administration pénitentiaire. Elle a remis ça en janvier 2022 pour dénoncer les mêmes pratiques et a fait preuve d’une souveraine magnanimité devant le juge en reconnaissant que cette fois-là le suivi médical lui avait été accordé.
2) C’était une manière de se prévaloir sans forfanterie de l’avantage moral qu’elle avait pris sur le pénitencier d’Aïn Tedlès en l’assignant devant le tribunal pour les mauvais traitements qu’il lui avait fait subir lors de sa détention en 2021. Bien entendu, sa plainte n’avait pas abouti et lui avait valu au contraire, dans la logique pervertie de la justice algérienne, une condamnation pour outrage à institution publique après la contre-attaque menée par l’administration pénitentiaire.
3) En dépit du désaveu par la cour d’appel des condamnations prononcées contre elle en 2021 qui ont été réduites à une peine minime avec sursis, la militante n’a pas hésité à se pourvoir en cassation contre l’arrêt, en même temps qu’elle portait plainte contre l’administration pénitentiaire. Elle a toujours tenu à ce qu’on reconnaisse publiquement que, face aux institutions qui se targuaient de le défendre, c’est elle qui était l’interprète authentique de l’intérêt public.
4) Tout au long de ce feuilleton judiciaire à intrigues multiples, Dalila Touat a souvent contraint les juridictions à tomber le masque et à avouer leurs préjugés de classe. Devant le tribunal de Mostaganem, l’avocate du Trésor public, partie civile, a osé réclamer contre cette enseignante réduite au chômage une condamnation à 2 millions de dinars de dommages et intérêts !
Une insurrection d’avance
Il n’est pas douteux en effet que Dalila Touat subit une persécution de classe qui n’est pas dénuée de misogynie. Sa rébellion ne date pas d’hier. Dès 2011, privée de son emploi d’enseignante et entravée par l’administration dans son projet de création d’une association de défense des chômeurs dans la région de Aïn Tedlès, elle avait choisi d’appeler à la mobilisation en dehors du cadre légal. Pour ce motif, elle fut jugée une première fois et relaxée le 28 avril 2011. De cette époque date sa première rencontre avec certains de ceux qui devaient plus tard encadrer le Hirak et qui s’efforçaient alors de faire advenir le printemps arabe en Algérie (leurs sigles ont quelque peu vieilli mais qui ne se souvient par exemple de la CNDC et des apparatchiks qui la composaient ?) et qui étaient accourus à Mostaganem pour la soutenir.
Dix ans plus tard en 2019, ceux-là n’avaient pas vraiment changé leur fusil d’épaule. Et s’il n’est pas contestable que Dalila Touat a pris part au Hirak et en a porté les slogans, elle avait sur lui une insurrection d’avance, de sorte que ce n’est pas elle qui l’a rejoint mais lui qui ne l’a jamais rattrapée, s’obstinant dans une trajectoire parallèle à la sienne, vouée par définition à ne jamais la rencontrer.
Car la militante n’a jamais abandonné le terrain de combat qu’elle s’était choisi. Pour qui connaît un tant soit peu les pesanteurs de la province mostaganémoise, il faut à une femme une détermination sans faille pour s’extraire des liens communautaires qui y survivent, afin de s’engager seule pour les causes qu’elle se choisit. On ne s’affranchit des entraves que ces appartenances imposent que si on a renoncé aux solidarités qu’elles assurent et qu’une femme paie au prix fort.
Or, Dalila Touat n’a renoncé à la caution des chefferies traditionnelles que pour mieux affronter les chefferies bureaucratiques qui en sont souvent les alliés. Elle élargissait ainsi le spectre des adversités. Il n’est pas douteux en effet que depuis plus de dix ans, elle a multiplié les provocations à l’endroit des autorités locales. Sa page Facebook, malheureusement expurgée des posts qui lui ont valu tant de déboires judiciaires, témoigne à ce jour des harangues adressées au wali pour contester entre autres ses initiatives en matière de destruction de l’emploi ou de démolition des constructions illicites dans lesquelles s’abritent les plus précaires de ses administrés. Elle y répond au légalisme rigide du représentant de l’État par des références constantes aux principes fondamentaux qui ont porté la Nation sur les fonts baptismaux.
Un horizon plus large que celui du Hirak
Aussi bien, n’est-il pas douteux que ce sont d’abord des règlements de compte locaux, arbitrés à son détriment à l’échelon central, qui lui ont valu autant d’avanies. Des règlements de compte dont le Hirak et l’administration ont concouru à enfouir la genèse sociale et dont les enjeux sont autrement plus tangibles et plus proches du vécu populaire que ceux que le mouvement du 21 février a répercutés en vain. La wilaya, les services de police, la justice et l’administration pénitentiaire ont voulu faire taire une voix qui brisait l’omerta consensuelle recouvrant les arrangements et les iniquités.
En dépit de l’ancrage local de sa protestation, l’horizon de Dalila Touat était plus large que celui du Hirak. Dans un écrit de 2021, elle se désole que la promesse faite au défunt Lakhdar Bouregraa ne soit pas tenue et que le Hirak se réduise « aux palabres face aux caméras d’El Magharibia et de Radio M ». C’est sans doute la raison pour laquelle les animateurs du mouvement ont tout fait pour diluer son action dans la gamelle de la revendication démocrate-libérale. Et il n’est alors pas fortuit qu’elle ne soit montrée par l’iconographie du Hirak que sous les traits d’une femme fragile écrasée par le rouleau compresseur judiciaire et pénitentiaire de l’État.
En considération de son itinéraire que j’ai pu (ne serait-ce que partiellement) découvrir, j’ai préféré retenir d’elle cette photo qui lui restitue son identité : celle d’une rebelle à la détermination tranquille.
أسبوع سياسي عاصف مر بالجزائر، لكنه متوقف عند حد الهرج والمرج الإعلاميين ولا يكاد قط يعدوهما إلى مستوى المواقف العملية التي من شأنها التأثير ولو بالجزء اليسير في عملية العودة إلى مسارات المطالبة بالتغيير والتحول الجذري والجدي على صعيدي الممارسة السياسية الحرة والديمقراطية الفعلية.
مثلما انتكست أيضا كعادتها أصوات وأقلام التحليل في رسم الصورة المثلى واللوحة الواقعية غير التجريدية لما استجد من أحداث كي يفهمها العامة والخاصة معا، وحتى لا يظل الحدث حبيس مطابخ القرار السياسي ومطاحن التأويل الإعلامي الأحادي.
فبعد الزوبعة التي صنعها سوء توظيف الوصف والتوصيف السياسي للكاتب الكبير سعد بوعقبة حين تناول بشيء من السخرية السياسية منطقة بعينها، قلبت عليه كل أصوات التنديد والتهديد ممن هم أجهز لممارسة التأويل الخاطئ والفهم الضيق للكلام السياسي بكل شساعة معانيه وغزير تعابيره وألفاظه، ما جعل بوعقبة يرتد على عقبيه ويعلن البراء مما سال وقال قلمه، ها هي ذي أميرة بوراوي الطبيبة “المعارضة” ذات الجنسيتين الجزائرية والفرنسية، تُخرج للعلن أوجاع الوطنية للعلن من جديد وتحرج السلطة في قدرتها على استيعاب الصوت المعارض، فما الذي يرسم هكذا مشاهد ملهبة ملهية عن صميم القضايا الوطنية المفصلية؟ وهل لا يزال الصوت المعارض أحوج ما يكن لعبور البحر كي يعبر عن نفسه في مسرح السياسة المسدول رداءه بشكل دراماتيكي في الجزائر مند سنين عددا؟
يجب الاتفاق على أن الديمقراطية لم يعد يصنعها الهروب الجسدي ولا التهرب الكلامي لنخب التغيير أو التي تزعم أنها كذلك وتناضل في هذا الاتجاه، والأمم التي فرضت نخبها المعارضة إرادتها وقادت مجتمعاتها إلى التغيير، هي تلك التي تلافت فكرة الهجرة “الحرقة السياسية” ولو اقتضى الحال أن تتحرق هي في مخافر الشرطة ومخابر السلطة.
فالمكان والإمكان السياسيين اليوم في ظل التحولات التي عرفتها كونية الاتصال والتواصل، لم يعودا بذلك الذي يفرض الهروب إلى المنافي للصدع بالرأي وقول ما يفضي إلى وعي المجتمع بواقعه وبآلامه وآماله، ذلك لأن سلطة الصورة والكلمة أضحت تفرض نفسها على سلطة المنع والقمع مهما حاول المانعون والقامعون فعله للحيلولة دون عبور أصوات الرفض إلى العقول الجرداء بالداخل أو الحقول المجردة بالخارج.
إنما هي حالة من الاضطراب في الرؤية لدى ما ينعت بالمعارض السياسي اليوم في الجزائر، بحيث صار في نشاطه يخلط بين سلوك الاثارة الاعلامية ومسلكية النضال السياسي الجدي الداخلي التي يتوجب أن يثبت فيها وعليها باعتبارها الخيار الوحيد لتحقيق التغيير المنشود الذي تبرز تلاويحه من خلف حجب التعتيم الإعلامي والسياسي لكل من ألقى السمع وهو شهيد على المشهد الوطني العام.
وشخصيا دائما أذكر قمة الشجاعة السياسية للرئيس الشيلي اليساري أليندي سالفدور الذي خيره عسكر الانقلاب للجنرال بينوشي بالانسحاب من القصر الرئاسي مع تسهيل مهمة خروجه إلى المنفى جوا هو وعائلته، أو الموت سحقا بالنار وتحت سلاسل وجلاجل الدبابات الامريكية الصنع، فسخر من التخيير ورد الاقتراح على اهله بالصمود والموت لا داخل وطنه ومجتمعه فحسب، بل داخل القصر الرئاسي كونه أمنة سيادية شعبية كلفه بصونها الشعب الشيلي ذاته، في قمة الوعي والممارسة للمسئولية السياسية والسيادية للسلطة، وسجاعة أدبية قل نظرها في حكايا وقضايا تاريخ صراع الحق مع الباطل.
المشكل لدينا كمجتمعات “هاوية” وغير “محترفة” بالمرة للسياسة، هو أننا ننتج نخب هاوية، متهاوية منحرفة، لا تحمل من الافاق والرؤى سوى اللغط الخطابي ولا نصيب لها من الحكمة والمعقولية التاريخية شيء، تعتقد بأن المنفى دوما ضروريا للإفلات من البطش ولفت انتباه الخارج إلى الحالة السياسية والاقتصادية للمجتمع.
فرغم مرور ثلاثة عقود على التحول “الشكلي” من الأحادية إلى التعددية لا يزال مجتمع السياسة لم يولد في الجزائر بالشكل الطبيعي الحقيقي ولا تزال ما تسمى بنخب المعارضة تسيء في تقديراتها وتخطئ في ادراك واستدراك قدراتها في معركة التعبير والتغيير لا لشيء سوى لأنها لا تريد أن تكون “شعبية” و “مجتمعية” بل لتكون “نجمية” يشار اليها بالتميز والمعرفة والبطولة عن مجتمع وشعب قابل للاستعمال السياسي.
فأميرة براوي هربت من “مجتمع السلطة” لأنها رفضت أن تكون في جانب “سلطة المجتمع”، فهي بذلك ليست معارضة للحكم فقط بل وللمحكوم أيضا، وهذا ديدن النخب الفوقية العاجية التي تفضل الأبراج العالية أو المنافي الغالية على الحضور وسط الطاحونة الاجتماعية وقول كلمة الفصل فيها وفق النسق التطوري لوعي الشعب وروحه الاجتماعية والمجتمعية.
من هنا تتجلى غربة وتيه نخب المعارضة السياسية في الجزائر، فهي غير مستندة على أسس مرجعية مجتمعية حقيقية، وغير متجذرة في حقول تعبيراته الشعبية، لذلك تظهر فقاعية صابونية تذروها الرياح وتحملها بعد كل نفخة سياسية دافعه من المجتمع إلى فيافي الوهم والسراب السياسي، وأي نخبة انقطعت عن أصولها الاجتماعية وخاضت أراض غير أراضيها في مسارها النضالي ستؤول حتما في جهدها وكدها وكيدها إلى الفشل الذريع، فشروط التاريخ تفرض هذا المنتهى بقوانينها الصارمة الصلبة، تلكم القوانين التي تغيب عن فكر النخب المعارضة أو التي تدعي ذلك في معتركات السياسة والاجتماع والاعلام الجزائريين.
وإذن، فالمشهد لا يزال قاتما قائما بذات انتكاساته الأولى، وسيظله كذلك ما لم تفهم عقول السياسة، أن “عبور الفكرة” إلى حيث يُراد لها أن تعبر، لم يعد في حاجة إلى “فكرة العبور” خلف البحار إلى حيث هدوء الديمقراطية والسيل الرقراق للنشاط المؤسسات في أمم قد خلت فيها معارك الحق السياسي بدمائها ودموعها، فالنضال الحقيقي من أجل التغيير هو ذاك الذي يقتضي الحضور وليس العبور للصوت الرافض للواقع والمناضل من أن أجل غد مشرق في سماء الجزائر وليس في سموات أشرقت فيها شموس الديمقراطية قرونا عدة.
L’Algérie vient de rappeler son ambassadeur en France pour « consultations » suite à « l’exfiltration » de la militante Amira Bouraoui. Arrêtée en Tunisie, Amira Bouraoui détentrice d’un passeport français, a été aidée par l’ambassade de France pour embarquer sur un vol vers Lyon. Un acte considéré par le pouvoir algérien comme « une violation de la souveraineté nationale».
Que signifie le rappel d’un ambassadeur et où se situe t-il dans l’échelle des protestations dans la grammaire diplomatique ?
La convocation d’un ambassadeur se situe au premier niveau de protestation dans les relations diplomatiques. C’est l’une des pratiques les plus anciennes et les plus régulières qui régissent les relations diplomatiques.
C’est une décision à portée symbolique puisque l’ambassade du pays continue de fonctionner normalement sous la responsabilité de l’adjoint de l’ambassadeur.
Avant d’arriver à une rupture diplomatique, d’autres sanctions peuvent être envisagées : elles vont de la fermeture de l’ambassade à l’expulsion de l’ambassadeur comme le prévoit l’article 9 de la convention de Vienne portant sur sur les relations diplomatiques (1961) :
« L’État accréditaire (qui reçoit l’ambassade ) peut, à tout moment et sans avoir à motiver sa décision, informer l’État accréditant (qui envoie l’ambassadeur]) que le chef ou tout autre membre du personnel diplomatique de la mission est persona non grata ou que tout autre membre du personnel de la mission n’est pas acceptable ».
On se rappelle que l’Algérie avait déjà fait recours à la convocation de son ambassadeur pour « consultations » en octobre 2021.
Une crise devenue vite « une tempête dans un verre d’eau »lorsque quelques mois plus tard, Macron et Tebboune avaient gratifié l’opinion publique de gestes et images faisant la démonstration spectaculaire d’une relation politique quasi-fusionnelle.
Une relation qui ignore totalement les intérêts du peuple algérien et de ce fait nous rappelle mieux que tout : LE BAISER MORTEL DU SERPENT
هناك شبه إجماع لدى الملاحظين والمراقبين للشأن الجزائري على أنه ليس ثمة أكثر ما يعسِّر من مسألة رصد الحالة السياسية في الجزائر، بكل أبعادها وسيرورتها ووضع في العراء أسباب العتر الذي يلازمها ولا يكاد يفارق مسار تحولاتها، من هذا الشح الكبير في الجهد من قبل نخب التحليل السياسي بشقيه الإعلامي والأكاديمي للولوج إلى عمق الإشكالات وتفكيك عناصرها بغرض الوصول إلى إعادة تركيب الصورة بشكل صحيح، كامل وشامل فيتحقق المشهد في عموم تجلياته، ومن أهم تلك العناصر تظل مسألة التوازنات في شطرنج السياسة وضرورة الحفاظ عليها باعتبارها صمام أمان الأمة وأخر وسائل ضمان السلم والامن السياسيين والاجتماعيين بالبلد.
والتوازنات في السياسة هي مسألة حيوية وفارقة في حياة كل الأمم والشعوب، كونها تُعنى أساسا بضبط ميزان التدافع والصراع بين مختلف القوى السياسية بالمجتمع في إطار شروط متفق عليها ومتداع من الكل لها تنظيميا وقانونيا، لكن هل حقا تحققت التوازنات هاته في الحالة الجزائرية؟ وما طبيعة التوازنات تلك؟
أذكر في سياق محاولة الإجابة عن مثل هاته التساؤلات، أن الرئيس بوتفليقة كان وهو بصدد الدفاع عن مشروع قانون المصالحة الوطنية سنة 2005 أمام رفض قطاعات واسعة من أطراف الازمة السياسية أنداك أو ما تم وسمُها بـ”المأساة الوطنية، قد قال بأن ما شمله مشروعه من نصوص وخطة هو أقصى ما سمحت به “التوازنات السياسية” ويومها تساءلت بجد عن طبيعة تلكم التوازنات وأطرافها.
فعند الأمم ذات العراقة في السياسة وسبل إدارة شأنها، والسريان الطبعي لمنطق المؤسسات بلا وصايات أو ضغوطات، التوازنات تفرزها حركة المجتمع ككل من خلال ما تنتجه عبر تراكم تجربتها من أفكار ونخب ومشاريع تتشكل عبر مدارات الزمنين السياسي والفزيائي، وعادة ما يتم ذلك وفق سياقات تدافعية تنتهي باعترافات متبادلة في الوجود وشرعية التمثيل الاجتماعي في الأفكار والجماعات والجمعيات وكذا الشخصيات.
وعلى هذا الأساس التوازنات إما أن تولد بطريقة شرعية أو بلا شرعية وتغدو بالتالي مصطنعة و”لقيطة” لا تجد لها الاعتراف والعرفان الاجتماعي وتتحول بالتالي من أذاة ضرورية إلى ضرر للسلم والأمن الوطنيين، لأنها لم تتأتى من أعماق وحقيقة المجتمع بل تأتت من فوقية أفقية أبوية في السياسة يرفضها منطق العقل والعقد الاجتماعيين معا.
فالتوازنات بهذا المعني في المشهد السياسي الجزائري غير موجودة على النحو الذي يفرضه الواقع التعددي الذي انتهج بعد أحداث أكتوبر عام 1988 وما نجم عنه من تعديل دستوري سنة من بعد، أي في 1989 على علات ومصائب هذا الواقع التعددي، فكل المؤسسات والهيئات والجماعات النقابية والحزبية هي رهن إرادة وإدارة السلطة وبالتالي تظل لعبة التوازنات مقفلة على الجماعات المشكلة لهاته لسلطة دون سواها، ومشكل الجزائر السياسي هو كامن أساسا في إشكالية الحكم مبنى ومعنى، لأنه مذ استقلت البلاد وهي تبحث عن الشرعية له في كامل أبعادها.
وهذا ما ينزع عن العملية السياسية في الجزائر مصداقيتها وشرعيتها وجدواها طالما أن “اللعبة مغلقة” وبالتالي التوازنات مختزلة في نسق الصراعات الفوقية، وداخل مجموعات السلطة من غير أثر للمجتمع ولا يد له فيها، ما يفضي إلى القول بأن الديمقراطية كأسلوب إدارة السياسة والاجتماع لا تمتد في سياق انبساطها إلى المجتمع وأنها باقية في حدود المأمول غير المعلوم بزمان أو بإمكان للتحقق.
لكن ما هي مبررات السلطة في التأكيد على أن هناك توازنات سياسية يتوجب الحفاظ عليها حفاظا على السلم والأمن الاجتماعيين في البلد، مثلما صاح به بوتفليقة في المثل الذي أشرنا إليه سابقا؟
الحقيقة هي أن معضلة غياب المشروع السياسي الجديد الذي تقتضيه مرحلة التطور النوعي للمجتمع الجزائري على شتى الصعد، بالنسبة للنخب الحاكمة جعلها تلقي بصراعاتها وتناقضاتها الداخلية على المجتمع كي تأخذ (التناقضات والصراعات) الطابع، الصفة والشرعية المجتمعية، وتؤكد من خلالها بأن التوازنات هي من افراز حركة المجتمع ككل في تمشيه السياسي والاجتماعي، غير أن حقيقة الواقع تفند ذلك بالمرة، إذ أن التوازنات لا يمكن الحديث عنها كظاهر صحية وطبيعية إلا أذا أفرزها وجود مجتمع سياسي حقيقي يتدافع ويتصارع بحرية ودون اصطناع، وهذا ما لا يتحقق في الواقع السياسي الجزائر حاليا.
من هنا صارت تلكم النخب تعمل على خلق التناقضات داخل المجتمع، أو إثارة التنوعات والاختلافات المطلبية الأيديولوجية والسياسية الثاوية في عمق الحقيقة الوطنية، واللعب عليها باعتبارها ظواهر مهددة للنسيج المجتمعي وبها تتم إدانة السياسة واعتبارها عكس حقيقتها النشاط الأقل نبلا وقدرة على تحقيق الغايات والأهداف الوطنية المشتركة، وعبرها تتم إدانة الفاعل أو الناشط السياسي بحسبانه انتهازي، وصولي، جهوي أو دموي حتى، وهو بالتالي ومشروع مسئول فاسد ينبغي قطع الطريق أمامه، ولعل هذا ما يفسر سر العزوف الشعبي العام ليس على العملية الانتخابية فحسب، بل وعلى السياسة ككل وهذا مذ تم توقيف المسارات الثلاثة، الانتخابي، الديمقراطي والتعددي الحقيقي في جانفي 1992.
إذن نخلص في الأخير إلى أنه بغياب مجتمع سياسي حقيقي، قوي وقويم، تظل التوازنات السياسية لعبة فوقية غير عاكسة بالمرة للحقيقة المجتمعية، وهو ما يؤكد في الأول والآخر أن المشروع التعددي الحقيقي لا يزال حلما مع وقف التنفيذ، وأن الأحادية مستمرة في البلد يُعملها عقل السلطة في مواجهة سلطة العقل التي تتسع باتساع رقعة الوعي الاجتماعي والسياسي بالجزائر.