
Algérie va mal, je dirais qu’elle est, plutôt restée à la même place cinquante années après son indépendance du 5 juillet 1962 ; alors que des pays présentant des potentialités pareilles à notre pays, tels la Corée du Sud s’étaient vite développés. Aujourd’hui beaucoup de gens, surtout les jeunes qui représentent 75% de la population sont désillusionnés et ont l’impression d’un véritable « gâchis » et d’être dans une impasse. Les pouvoirs publics via leur presse n’arrangent absolument rien : on nous parle de fatwas contre l’alcool au lieu de fatwas contre la hoggra ou la corruption qui restent un véritable frein au développement. Chacun d’entre nous vit des injustices ; tout un chacun est conscient de celles principales qui poussent tant d’entres nous aux grèves et aux émeutes, d’autres à la consommation de drogue alors qu’Ailleurs nos semblables font des projets d’avenir…
Les petites injustices (petites en ce qui me concerne car je sais qu’une frange de la société vit dans un terrible marasme) que je ressens dans un monde où le fossé entre les puissants et les démunis s’est accru considérablement :
__Injustice qui m’afflige, me révoltait dans les temps passés, c’est l’existence de tous ces bas salaires dans les pays du tiers-monde dont les sommes ne constituent même pas l’argent de poche des collégiens dans les pays riches…
__Injustice c’est l’existence de ces salaires mirobolants de nos gouvernants, salaires qui atteignent 30 à 40 fois le SNMG(1) sans bien sûr encore citer tout ce dont ils s’étaient accaparés depuis l’indépendance du pays
__Injustice, c’est quand, je n’ai nullement droit :
a) A un travail décent
b) Ni au compagnonnage
c) Ni à la dignité
d) Ni à la considération
e) Ni à quelques jours de vacances pour m’oublier quelque peu
__Injustice c’est qu’on le veuille ou non, ce temps qui passe sans me demander mon avis et qui, pourtant me rappelle à chaque instant que je n’ai point choisi cette vie d’aujourd’hui sans pour autant en espérer une autre. Même si j’avais goutté au luxe, la misère des temps passés me fait résister aux manques d’aujourd’hui…
__L’injustice celle que je te fais subir c’est mon attitude malgré moi à « croire »à un vivre ensemble qui me semble fini malgré toi, malgré tes présences et quelquefois, malgré quelques unes de tes attentions…
__ La terrible injustice c’est que cinquante années, après l’indépendance notre niveau de vie, si ce n’était point toute cette corruption, tout ce gâchis, aurait valu six à sept fois celui d’aujourd’hui…
La violence en Algérie dure depuis plus de décennies. Je crois qu’il est possible de l’éradiquer en réduisant toute forme d’injustice en « promouvant »surtout, en permanence la justice sociale ; il en est de l’intérêt de tous dans un monde qui ne fait pas de cadeau
(1) SNMG ; salaire minimum national garanti
AMOKRANE NOURDINE
octobre 2011
Communiqué
Le comité national pour la défense des droits des chômeurs dénonce l’arrestation abusive et non justifié de nos animateurs suite au rassemblement de la dignité auquel nous avons appelé aujourd’hui pour exiger la satisfaction de nos revendications les plus élémentaires, à savoir :
Un travail décent pour tous.
-Une allocation chômage à hauteur de 50% du SNMG pou tout demandeur d’emploi.
-Attribuer une assurance sociale pour tous les chômeurs, accès gratuit aux loisirs et au transport.
-Associer les comités chômeurs dans l’élaboration des politiques de l’emploi et le contrôle de la distribution des offres d’emplois
-Suppression du service militaire pour les jeunes de 25 ans et plus et la baisse de la durée du service militaire à 06 mois.
En effet les services de police ont procédé dès la matinée (7h 15mn) à l’arrestation arbitraire de 07 membres du comité devant le siège de la maison des syndicats sis Dar El Beida-Alger, ces derniers ont été libérés une heure âpre.
Les mêmes services de police ont procédé à l’arrestation de plusieurs(25) membres de notre comité au niveau de la présidence, nous avons assiste aujourd’hui à une véritable chasse aux chromeurs.
Le CNDDC considère qu’au lieu et place de satisfaire nos revendications les plus légitimes, les pouvoirs publics préfèrent réprimer et usé d’une politique de violence et d’intimidation policière pour annihiler toute tentatives d’organisation sociale. Nous estimons que cette politique répressive est une grave entrave à la dignité humaine et aux droits d’organisations et d’expression consacres par les textes fondamentaux de la République.
Ce genre de pratique nous renseigne encore une fois sur la nature répressive et antisociale du régime Algérien qui refuse de reconnaitre et de dialoguer avec les organisations sociales.
Par ailleurs le CNDDC exige la libération immédiate et inconditionnelle pour ceux qui n’ont à se reprocher que le faite de lutter contre la fatalité du chômage, pour un travail décent et une vie digne.
Alger le 09 octobre 2011
Le bureau exécutif du CNDDC

Le militant des Droits de l’Homme et syndicaliste Yassine Zaïd nous informe que plusieurs membres du CNDDC ont été arrêtés tôt le matin par des polirciers qui avaient encerclé la Maison des Syndicats, où les protestataires avaient passé la nuit. Ces interpellations de ces chômeurs protestataires, venus du Sud du pays, avaient pour but d’empêcher un sit-in qui devait se tenir à El Mouradia, devant le siège de la Présidence de la République.
Les policiers avaient visiblement reçu la consigne d’arrêter les chômeurs venus du sud, mais plutôt que de demander aux gens de présenter leurs pièces d’identité, ils optèrent pour la sélection à partir de la couleur de la peau. Tous ceux qui étaient très bruns ou noirs de peau furent interpellés sans ménagement, sans autre forme de procédure.
Et ainsi, après avoir subi une discrimination à l’emploi, au logement, voire même au respect, sur leurs propres terres, voici que ces compatriotes du Sud, qui avaient cru venir dans leur capitale, pour protester de l’injustice qu’ils subissent depuis l’indépendance du pays, se voient-ils traités comme des colonisés, voire des esclaves, par les policiers du régime qui les opprime.
On chercherait à provoquer un problème séparatiste qu’on ne s’y prendrait pas autrement. ATTENTION !
DB

Quelle politique étrangère pour l’Algérie ?
1- Le Maghreb :
– Nécessité absolue de travailler pour réaliser l’Unité du Maghreb.
– Accorder la priorité aux pays du Maghreb dans les échanges internationaux.
– Ouvrir sans délai les frontières entre les pays du Maghreb sans préalables.
– Encourager les citoyens du Maghreb à circuler librement entre les pays du Maghreb, et à investir prioritairement dans ces états.
– Dans ce cadre, mettre en place une Carte d’identité maghrébine qui remplacerait le passeport.
– Préparer la mise en place d’une monnaie unique pour les pays du Maghreb.
– Ordre devrait être donné aux gouvernements des pays du Maghreb de continuer à travailler pour la réalisation du Maghreb, et de poursuivre les échanges internationaux même en cas de problèmes politiques entre deux pays du Maghreb.
2- Les Pays Arabes :
– La réalisation de l’Unité du Maghreb pourrait être le précurseur de l’Unité des Pays Arabes.
– Favoriser la circulation des personnes et de leurs biens entre les pays arabes.
– Pour ce faire, supprimer les formalités de visa entre pays arabes.
– Les pays arabes accorderaient la priorité entre eux dans les échanges internationaux.
– Harmoniser les politiques des pays arabes dans tous les domaines militaires, éducatifs, économiques, financiers, culturels, sociaux, sportifs, etc…
– Afficher une position arabe commune dans les relations internationales, et en cas de conflits entre différentes parties.
– Ne jamais participer à une action hostile quelconque visant un pays arabe, ni autoriser une agression quelconque contre un pays arabe à partir de territoires arabes.
3- La Palestine :
– Les pays arabes devraient afficher une solidarité sans faille au peuple palestinien.
– Dans ce cadre, encourager les Palestiniens à resserrer leurs rangs, et solliciter les Pays arabes en cas divisions internes.
– Les pays arabes faciliteront la circulation des Palestiniens au même titre que pour tous les citoyens arabes.
– Les Pays arabes afficheront une même position pour la résolution du conflit israélo-palestinien, sur la base de la création d’un état palestinien ayant pour frontières internationales celles qui existaient avant la guerre de 1967.
4- Le Sahara Occidental :
– La question du Sahara occidental ne devrait en aucun cas entraver la réalisation du Maghreb.
– Inviter la presse des pays du Maghreb à ne plus jeter de l’huile sur le feu, mais au contraire à participer à l’effort de règlement du problème par des études mettant en avant la solidarité des pays du Maghreb à travers l’Histoire, et leur complémentarité pour les réalisations du futur.
– Mettre en place un groupe de réflexion maghrébin qui devrait proposer une solution graduelle entrant dans la perspective de la réalisation du Grand Maghreb.
– En attendant, rejeter officiellement et définitivement tout recours à la violence pour résoudre cette question.
5- Le Printemps Arabe :
– Considérer les manifestations du Printemps Arabe comme un appel pacifique à une meilleure gouvernance dans un espace démocratique.
– Encourager ces mouvements à privilégier le dialogue, et la voie pacifique pour les changements de régimes.
– Rejeter toute ingérence étrangère qui n’aurait pour seule finalité que d’affaiblir les pays arabes en vue du pillage de leurs richesses.
– Dans ce cadre, rejeter toute agression étrangère qui aurait pour but de favoriser une partie au détriment d’une autre.
– Dans toutes les hypothèses, inviter les populations arabes à éviter la scission qui risquerait de déboucher sur une guerre civile opposant les enfants d’un même peuple.
6- Les Pays Musulmans :
– Travailler à resserrer les rangs avec les pays membres de la Conférence Islamique.
– Dans ce cadre, supprimer les formalités de visa entre pays musulmans.
– Dans l’ordre de priorités dans les échanges internationaux, tous les pays musulmans devraient bénéficier d’un avantage sur les pays se situant hors de la zone arabe, cela dans le cadre de la solidarité entre Musulmans édictée par le Saint Coran.
– Harmoniser les positions politiques au niveau international entre Pays Arabes et Pays Musulmans.
– Dans ce cadre, exiger un siège au Conseil de Sécurité de l’ONU pour les Pays membres de la Conférence Islamique.
– Harmoniser les pratiques religieuses, et mettre un terme à la cacophonie lors du choix des dates religieuses : Ramadhan, Aïd El Fitr, Aïd El Adha.
– Encourager la recherche scientifique par la création de centres de recherches et de laboratoires financés par les Pays de la Conférence Islamique.
7- Les Pays du Sud :
– Les Pays du Sud, Afrique Noire, Asie, Amérique Latine, viennent au quatrième rang dans l’ordre préférentiel en matière d’échanges internationaux.
– Encourager le développement des relations de toutes natures avec les Pays du Sud, par l’incitation à la découverte des richesses culturelles de ces pays qui ont subi comme nous les affres de la colonisation.
– Rechercher l’appui des Pays du Sud pour consolider le poids des pays du Tiers Monde dans l’échiquier international.
– Exprimer notre solidarité sans faille aux Pays du Sud en cas de conflits internationaux.
8- La France :
– Considérer la France comme un partenaire commercial sans plus.
– Les échanges commerciaux devraient tendre vers l’équilibre de la balance commerciale.
– Dans ce cadre, exiger des contreparties lors de la signature d’accords quels qu’ils soient.
– Exiger notamment de la France le respect des droits des Maghrébins vivant sur son sol.
– Exiger le développement de l’enseignement de la langue Arabe en contrepartie de l’enseignement du Français dans les Pays du Maghreb.
– Travailler à implanter des Centres Culturels Maghrébins dans les principales régions d’immigration maghrébine.
– Mettre un terme définitif à la zizanie entre représentants du Culte Musulman en France, en encourageant tous les Musulmans de France à travailler en harmonie et dans un esprit de solidarité islamique.

Ce matin suite à l’appel de la (CNDDC) comite de défense des droits des chômeurs pour un rassemblement pacifique devant le palais de la présidence, les forces de répressions ont été dépêchées à Daar Elbaydha, sur le lieu de résidence des membres de la CNDDC. Des arrestations se sont produites en masse, à la sortie de la Maison des Syndicats.
Yacine Zaid

Rétrospective d’un entretien paru en 2010
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L’Algérien Ahmed Simozrag vit sous surveillance au Burkina depuis plus de seize ans. Il a été expulsé de France, le 31 août 1994, avec 19 autres personnes, notamment des Algériens et un Marocain. Le ministre français de l’Intérieur de l’époque, Charles Pasqua, les avait accusés d’être des terroristes ou d’avoir des connexions avec des organisations terroristes. Sur cette question, Ahmed Simozrag, avocat de son état, tape du poing sur la table: «Le ministre n’avait aucune preuve contre nous. S’il avait la moindre preuve, nous aurions été en prison. Il ne nous aurait pas expulsés. Mais il l’a fait, au mépris de la loi française et du droit international. Nous avons été expulsés par le gouvernement d’un pays qui se dit berceau des droits de l’Homme et respectueux des droits de l’Homme». Mais Me Ahmed Simozrag ne s’arrête pas là. Il déplore le silence des autorités burkinabè face à cette «injustice criarde». Complicité entre autorités françaises et burkinabè ? «Ce n’est pas exclu. Le fait d’être silencieux, passif, indifférent face à cette injustice inqualifiable et qui dure depuis seize ans, est une forme de complicité», tranche, catégorique, l’homme de droit. Et voici Ahmed Simozrag qui parle d’Al Qaida. Et il va droit au but: «Al Qaida est une réponse aux injustices qui sévissent dans le monde. Son action est une réaction à une situation et non une agression. C’est en quelque sorte une légitime défense». Mais cet homme, aujourd’hui âgé de 68 ans, plaide pour la libération des sept employés d’AREVA pris, récemment, dans les filets d’Al Qaida au Maghreb islamique (AQMI). «Si j’avais des contacts avec Al Qaida, je lui aurais demandé de libérer les otages». Et ce n’est pas tout…
«Le Reporter»: Avec le recul, quel regard portez-vous sur votre expulsion de France ?
Me Ahmed Simozrag: «Nous sommes victimes d’une injustice criarde, qui frappe aussi nos familles, nos enfants, nos épouses. Malheureusement, cette injustice perdure. Nous avons fait seize ans d’exil forcé. C’est une injustice criarde, inqualifiable. Ce qui me laisse perplexe et ébahi, c’est l’indifférence des organisations des droits de l’Homme. Mais aussi le fait que je sois expulsé par le gouvernement d’un pays qui se dit berceau des droits de l’Homme et respectueux des droits de l’Homme. Le regard que je porte sur ces événements est donc un regard de déception, un regard négatif sur un monde où les droits de l’Homme n’existent que superficiellement, par la parole et sur les papiers. Mais dans la pratique, ces droits n’existent pas; ils ne sont pas appliqués.
Voulez-vous dire que jusqu’à présent, vous n’avez pas obtenu le soutien d’organisations de défense des droits humains ?
Je n’ai pas obtenu leur soutien. Pendant les premiers mois après notre expulsion, il y a eu la réaction de quelques organisations de défense des droits humains. Mais après, notre cas est tombé dans l’oubli. L’oubli le plus absolu. Raison pour laquelle l’injustice dont nous sommes victimes dure depuis seize ans.
Dites-nous, de façon concrète, pourquoi vous avez été expulsé ?
Si je vous dis que je ne sais pas, vous n’allez peut-être pas me croire. Je ne sais pas pourquoi parce que je n’ai rien fait pour être expulsé. Il y avait des troubles en Algérie, une crise entre le Front islamique du salut (FIS) et le pouvoir algérien. Le FIS avait gagné les élections mais on l’a détrôné injustement. On lui a confisqué sa victoire. Les élections ont été annulées à la suite d’un coup d’Etat. J’étais, entre-temps, l’avocat du FIS. Est-ce pour cela que j’ai été expulsé ? Je ne sais pas. Je me pose toujours la question. Si c’est à cause de cela, ça ne peut pas se justifier, parce que être l’avocat d’un parti politique, d’un présumé délinquant ou d’un présumé criminel s’inscrit dans l’ordre normal de notre profession. Il ne faut jamais oublier la présomption d’innocence dont bénéficient les accusés. Et c’est le rôle d’un avocat de les défendre.
Le ministre français de l’Intérieur, Charles Pasqua, vous avait pourtant accusés, à l’époque, de soutenir ou d’appartenir à des «organisations terroristes»…
C’est Pasqua qui nous accuse, pas la Justice ! Entre Pasqua et la Justice, il y a une différence. L’accusation de Pasqua était une simple allégation. Il croyait que nous étions des terroristes parce que le FIS lui-même était considéré comme une organisation terroriste. Et si le FIS était une organisation terroriste, comment se fait-il que le peuple algérien l’ait élu et choisi pour lui confier la conduite des affaires du pays ? Pasqua a voulu faire croire que le peuple algérien a élu une organisation terroriste, puisque le FIS a gagné les élections. Mais il oublie que si le FIS a gagné le scrutin, c’est parce que le peuple algérien avait confiance à ce parti politique. Entre trois et quatre millions d’Algériens ont voté pour le FIS. Vous voyez le paradoxe ! Franchement, je ne vois pas où se trouve le terrorisme. Je ne comprends pas non plus pourquoi Pasqua tient absolument à afficher l’étiquette de «terroriste» sur d’honnêtes citoyens.
Le ministre n’avait donc aucune preuve contre vous ?
Il n’avait aucune preuve. C’est la raison pour laquelle il nous a expulsés. S’il avait la moindre preuve, nous aurions été en prison. Il ne nous aurait pas expulsés. C’est justement parce qu’il n’a pas trouvé de preuve et parce qu’il fait partie d’un camp un peu xénophobe, raciste et extrémiste, ou peut-être qu’il a obéi à des ordres venant d’Alger, qu’il nous a expulsés. Mais quelles que soient les raisons, c’est Pasqua qui nous a expulsés, au mépris de la loi française, du droit français et du droit international.
Vous avez demandé qu’il y ait un procès afin que la lumière soit faite sur cette affaire. Pourquoi, selon vous, le procès n’a jamais eu lieu ?
Il est difficile de faire reconnaître son tort à quelqu’un, a fortiori à des autorités, à un gouvernement, à des dirigeants. Nous avons demandé, à maintes reprises, que cette situation fasse l’objet d’une réparation. Mais nous n’avons pas été écoutés. Nous avons exprimé la demande depuis le début de cette affaire, mais notre cas a été totalement oublié. Il y a cependant certains d’entre nous dont la Justice a annulé l’arrêté d’expulsion pris par le gouvernement français à l’époque. Malgré cela, ils n’ont pas pu retourner en France parce qu’on leur a refusé le visa. C’est le comble de l’arbitraire et de l’injustice. C’est-à-dire qu’avec la raison d’Etat, il n’y a pas de justice qui compte. Rien ne compte. C’est la raison d’Etat qui se trouve au-dessus de toutes les lois. La preuve, c’est que nous avons deux frères dont les arrêtés d’expulsion ont été annulés mais on les empêche de retourner en France. Or, l’annulation de l’arrêté d’expulsion signifie qu’on doit les remettre dans la situation où ils étaient avant leur expulsion. Ils doivent donc retourner en France. Malheureusement, ils n’ont pas obtenu le visa. Peut-être que parmi les raisons, il y a le fait que l’Etat français ne veut pas se mettre dans une situation qui l’oblige à reconnaître ses torts et à indemniser les victimes.
Avez-vous, dans le cadre de la résolution de cette affaire, demandé l’aide des autorités burkinabè ?
Elles sont au courant de notre problème de A à Z. Elles n’ont même pas besoin d’être saisies. Nous ne cessons de leur parler de cette injustice que nous subissons depuis le 31 août 1994. Les autorités burkinabè sont coresponsables de notre situation. Elles savent que nous sommes au Burkina Faso. Elles savent que nous sommes sans famille, que nos enfants en France ont grandi sans nous et ont besoin de nous; elles savent que cette situation n’aurait pas dû perdurer. Nous leur avons expliqué nos préoccupations; nous leur avons écrit; des journaux, des radios et des télés ont parlé de notre cas.
Et malgré cela, il n’y a eu aucune réaction des autorités burkinabè ?
Aucune !
Pensez-vous à une complicité entre les autorités françaises et burkinabè ?
Ce n’est pas exclu. Le fait d’être silencieux, passif, indifférent face à une injustice est une forme de complicité. On ne peut pas dire que le Burkina le souhaite, mais le fait de ne pas réagir traduit une espèce de complicité… involontaire, en quelque sorte.
Pourtant, aujourd’hui, le président du Faso s’investit pour la résolution des crises dans certains pays africains et pour la libération de certains otages d’Al Qaida. Pourquoi ne saisissez-vous pas cette occasion pour lui demander de vous aider à résoudre le différend qui vous oppose à la France ?
Vous avez raison ! D’autant plus que nous sommes dans un pays où le Président est connu comme un grand médiateur dans les pays de la sous-région, voire sur le plan international. Il est souhaitable pour nous d’obtenir la médiation ou l’intervention du président du Faso.
De façon concrète, que voulez-vous qu’il fasse ?
Nous souhaitons une intervention afin de nous permettre de retourner en France, dans nos familles.
Et d’être indemnisés pour le préjudice que vous avez subi ?
Je ne peux pas, pour le moment, parler d’indemnisation. Tout dépend de la situation dans laquelle nous allons retrouver nos familles. S’il n’y a pas de gros préjudices, nous n’aurons pas besoin d’indemnisation. Du moins, en ce qui me concerne. Moi, j’ai besoin de ma famille et de mes enfants. Mais si je suis confronté à une situation financière difficile, il est évident que quand on commet une erreur, une ineptie, on doit réparer.
Envisagez-vous de poser plainte contre l’Etat français ?
Absolument ! C’est la moindre des choses. Nous avons déjà posé plainte, mais elle a été bloquée à un certain niveau de la procédure. Mais cela ne signifie pas que d’autres plaintes ne soient pas possibles. C’est le moindre des droits auxquels nous devons prétendre, c’est-à-dire le droit de poser plainte contre l’injustice que nous subissons et l’auteur de cette injustice
Vous sentez-vous vraiment en sécurité au Burkina Faso ?
Je ne pense pas que nous sommes totalement en sécurité. Même si le Burkina est un pays pacifique et paisible, en tout cas jusqu’à présent, il est difficile de dire que nous sommes vraiment en sécurité parce que la situation peut changer d’un moment à un autre, d’un jour à un autre.
Il semble que vous êtes sous surveillance 24h/24…
Je suis sous surveillance depuis mon arrivée, depuis seize ans.
Vous n’êtes donc pas libre de vos mouvements…
Pas du tout. Je suis, en quelque sorte, dans une situation de résidence surveillée ; c’est-à-dire un régime de semi liberté. Je ne peux pas me déplacer comme je veux, voyager comme je veux. Les gardes sont toujours devant ma porte. Vous l’avez certainement constaté.
Depuis seize ans, vous n’avez donc jamais eu l’autorisation d’aller dans un autre pays ?
Non ! Je n’ai pas la possibilité de quitter le Burkina. Je n’ai même pas de passeport.
En 1995, un incident a opposé des expulsés à des militaires burkinabè; en 1996, un autre incident s’est produit pendant le sommet France-Afrique et des expulsés ont frôlé la mort; en 2006, l’un des expulsés a reçu une balle dans le dos… Pourquoi cette tension permanente ?
Ce sont des événements dramatiques qui ont émaillé notre exil et que nous ne pouvons pas oublier. Pendant le sommet France-Afrique, des militaires nous ont enfermés et ont voulu garder les clés. L’incident s’est produit suite à cette privation de liberté. Le frère (l’un des expulsés, NDLR) a voulu garder les clés mais les agents de sécurité, eux, ont voulu partir avec les clés. Il y a eu une altercation et le frère a retiré l’arme du militaire parce qu’il craignait que ce dernier fasse usage de cette arme. L’agent de sécurité a alors voulu utiliser une grenade. Mais nous avons pu régler le problème grâce à Dieu et grâce à mon intervention. Je suis l’aîné et les petits frères m’écoutent. J’ai donc demandé que l’arme soit restituée; ce qui a été fait et l’incident a été clos.
Il y a eu un fait semblable en 1995 lorsque certains expulsés ont voulu partir sans aviser les autorités. Mais nous avons réglé le problème à l’amiable.
Concernant la balle que le frère a reçue, nous ne savons pas exactement comment les choses se sont passées. C’était pendant la mutinerie des gendarmes et des policiers en décembre 2006. Il s’agissait, peut-être d’une balle perdue. Personnellement, je ne vois pas la raison pour laquelle on nous tirerait dessus. Là aussi, la situation s’est réglée. Le frère s’est rétabli, malgré les séquelles qu’il porte toujours. Tout cela me rappelle un adage arabe selon lequel «toute épreuve qui n’est pas la mort est favorable». A partir du moment où l’un d’entre nous n’est pas mort, on considère que c’est une réussite, un succès. On peut oublier les incidents de parcours. Notre situation dure depuis seize ans et nous sommes heureux d’en sortir indemnes.
Malgré vos seize ans d’«exil forcé», vous semblez vivre votre situation avec beaucoup de philosophie…
Il le faut, même si la situation est difficile. Il faut de la philosophie et de la sagesse. De la patience surtout. C’est la patience qui m’a fait supporter et résister à d’autres choses que vous n’avez pas citées.
Lesquelles ?
Par exemple, la tentative de suicide de ma fille, des cas de hold up chez moi, à Paris, des querelles et des malentendus, soit entre nous expulsés, soit avec les autorités burkinabè, des problèmes que nous avons réglés grâce à notre patience.
Vous parlez de problèmes avec les autorités. De quoi s’agit-il exactement ?
On ne peut pas vivre pendant seize ans sans avoir de problèmes. Il s’agit notamment de problèmes en matière de logement, de transport, etc. Au début, nous avions voulu sortir, de temps en temps, aller par exemple sur des sites touristiques, mais nous n’avons pas toujours eu de réponses favorables de la part des autorités. Nous avons beaucoup de besoins qui n’ont pas été satisfaits.
Vous étiez vingt au départ. Aujourd’hui, vous êtes six au Burkina. Où sont passés les autres ?
Ils sont partis. Ils sont dispersés en Suisse, en Angleterre, en Hollande et même en France.
Ont-ils pu obtenir le visa ?
Ils ont obtenu des jugements en leur faveur et qui leur ont permis de réintégrer leurs familles en France.
Parmi les six actuellement au Burkina, deux ont obtenu l’annulation de l’arrêté d’expulsion les concernant. Mais ils sont bloqués ici. A quoi cela est-il dû ?
Dans un premier temps, deux qui étaient dans le même cas ont pu retourner en France. Mais récemment, deux autres ont obtenu l’annulation de l’arrêté d’expulsion, donc ayant bénéficié d’un jugement similaire, mais ils n’arrivent pas à obtenir le visa.
Avez-vous un appel particulier à lancer à l’endroit des autorités burkinabè ?
Je leur demande de s’occuper de notre situation pour nous permettre de retrouver nos familles, de mettre fin à cette situation d’exil qui dure depuis seize ans. Le Burkina est notre seconde patrie en quelque sorte, mais nous ne sommes pas venus au Burkina de notre plein gré. On nous a emmenés de force au Burkina Faso. Même si on vous met au paradis de force, je ne pense pas que vous accepteriez. Là où il n’y a pas de liberté, il n’y a pas de bonheur. Il est du devoir des autorités burkinabè d’intervenir en notre faveur pour que nous puissions regagner nos familles et qu’il soit mis fin à cette injustice qui n’est conforme ni au droit burkinabè, ni au droit international. Je suis au Burkina mais je ne suis pas Burkinabè. Je suis un étranger sans papiers au Burkina Faso, alors que je devrais être détenteur d’un passeport avec visa !
Du fond du cœur, qu’avez-vous envie de dire au Président français par rapport à cette situation ?
J’ai envie de lui dire d’appliquer le droit. Qu’il fasse en sorte que la loi française soit appliquée.
Récemment, cinq Français, un Togolais et un Malgache ont été pris en otages par Al Qaida au Maghreb islamique ? Quel commentaire cela vous inspire-t-il ?
C’est malheureux d’apprendre que certains employés de la société AREVA ont été enlevés au Niger. C’est aussi malheureux d’apprendre la mort de Michel Germaneau. C’est très malheureux ! Quand on suit les événements, on ne comprend pas tout ce qui se passe. On ne comprend que certains aspects de la situation. Je n’ai pas compris pourquoi le gouvernement français a lancé un assaut pour libérer Michel Germaneau alors que les autres s’apprêtaient à le libérer. On peut dire que ce n’est pas Al Qaida qui a tué Michel Germaneau; ce sont les auteurs de l’assaut qui ont provoqué son assassinat. La sagesse prône le contraire, notamment le dialogue, la concertation, mais pas la force. La force ne peut pas régler tous les problèmes. Si j’avais des contacts avec Al Qaida, je leur aurais demandé de libérer les otages. C’est un souhait. Mais comme je ne connais pas encore le fond de leurs revendications, c’est juste un souhait que j’exprime. Je prie pour que Dieu facilite leur libération. Et je déconseille tout usage de la force parce que cela n’entraînera qu’une issue défavorable, des conséquences désastreuses pour la vie des otages.
Vous aviez lancé un appel pour que la Burkinabè Philomène Kaboré et son époux italien, otages d’Al Qaida, soient libérés et, curieusement, quelques jours après, ils ont été libérés. Al Qaida a-t-il entendu votre appel ?
La prière de l’innocent, de la victime, est toujours exhaussée. C’est peut-être dans ce sens qu’il faut considérer notre appel. Espérons que la même chose se produira pour les sept employés d’AREVA. Nous prions Dieu pour qu’il y ait une issue heureuse pour eux. Je lance un appel aux gens d’Al Qaida, afin qu’ils les libèrent parce que leur libération est beaucoup mieux que leur exécution. L’exécution entraîne le regret, mais la libération n’entraîne pas le regret. Faire du bien n’implique aucun regret. J’espère qu’ils vont me comprendre et les mettre en liberté afin qu’ils retrouvent leurs familles. C’est un peu la même situation que la nôtre. Même s’ils sont dans une situation plus grave, il n’est tout aussi pas bon pour un exilé d’être loin de sa famille. Les employés d’AREVA en otage sont des gens innocents, des experts et des travailleurs de la société. Ils ne sont pas des membres de commandos ou des malfaiteurs. Ils méritent d’être libérés. Cela contribuera à une bonne marche vers la paix.
Comprenez-vous pourquoi Al Qaida agit ainsi ?
Al Qaida est une réponse aux injustices qui sévissent dans le monde. C’est suite aux injustices constatées dans le monde que cette organisation a été créée. Elle est, en quelque sorte, nécessaire pour l’équilibre du monde. Je peux même dire que le terrorisme d’Etat ou des Etats engendre un terrorisme parallèle. Je ne peux pas stigmatiser les gens d’Al Qaida parce qu’ils sont suffisamment stigmatisés par les médias occidentaux, arabes, etc. Au contraire, je les vois comme des opprimés qui mènent une vie difficile. On ne peut pas injurier quelqu’un qui mène une vie difficile. Il faut toujours analyser et chercher à savoir pourquoi il mène cette vie difficile alors que d’autres personnes mènent une vie exubérante: des villas, des châteaux, des femmes, des salaires en milliards de francs, alors que lui, il vit une vie de misère dans les maquis, les montagnes, le désert.
Mais lorsqu’il prend en otages des «citoyens innocents», son acte n’est-il pas plus grave que sa situation de misère ?
Son action n’est pas toujours louable. Mais il faut l’analyser ou la regarder comme une réaction à une situation donnée, à une action plus grave. Ce n’est pas dire qu’ils sont autorisés à le faire. Mais il faut voir autrement le problème. Leur action est une conséquence, une réaction à une situation et non une agression. C’est en quelque sorte une légitime défense.
Propos recueillis par Hervé D’AFRICK
Source: Le Reporter (www.reporterbf.net)
LEGENDES
1- Ahmed Simozrag: «Le terrorisme d’Etat ou des Etats engendre un terrorisme parallèle» (Ph. Hervé D’Africk)
2- «On peut dire que ce n’est pas Al Qaida qui a tué Michel Germaneau; ce sont les auteurs de l’assaut qui ont provoqué son assassinat» (Ph. Hervé D’Africk)
3- «Même si on vous met au paradis de force, je ne pense pas que vous accepteriez. Là où il n’y a pas de liberté, il n’y a pas de bonheur» (Ph. Hervé D’Africk)
ACCROCHES
1- «Nous sommes victimes d’une injustice criarde, qui frappe aussi nos familles, nos enfants, nos épouses. Malheureusement, cette injustice perdure. Nous avons fait seize ans d’exil forcé. C’est une injustice criarde, inqualifiable. Ce qui me laisse perplexe et ébahi, c’est l’indifférence des organisations des droits de l’Homme. Mais aussi le fait que je sois expulsé par le gouvernement d’un pays qui se dit berceau des droits de l’Homme et respectueux des droits de l’Homme»
2- «Certes, l’action d’Al Qaida n’est pas toujours louable. Mais il faut l’analyser ou la regarder comme une réaction à une situation donnée, à une action plus grave. Ce n’est pas dire qu’il est autorisé à le faire. Mais il faut voir autrement le problème. Son action est une conséquence, une réaction à une situation et non une agression. C’est en quelque sorte une légitime défense»
3- La prière de l’innocent, de la victime, est toujours exhaussée. C’est peut-être dans ce sens qu’il faut considérer notre appel. Espérons que la même chose se produira pour les sept employés d’AREVA. Nous prions Dieu pour qu’il y ait une issue heureuse pour eux. Je lance un appel aux gens d’Al Qaida, afin qu’ils les libèrent parce que leur libération est beaucoup mieux que leur exécution. L’exécution entraîne le regret, mais la libération n’entraîne pas cela. Faire du bien n’implique aucun regret. J’espère qu’ils vont me comprendre et les mettre en liberté afin qu’ils retrouvent leurs familles. Les employés d’AREVA en otage sont des gens innocents, des experts et des travailleurs de cette société. Ils ne sont pas des membres de commandos ou des malfaiteurs. Ils méritent d’être libérés.
4- «Je demande aux autorités burkinabè de s’occuper de notre situation pour nous permettre de retrouver nos familles, de mettre fin à cette situation d’exil qui dure depuis seize ans. Le Burkina est notre seconde patrie en quelque sorte, mais nous ne sommes pas venus au Burkina de notre plein gré. On nous a emmenés de force au Burkina Faso. Même si on vous met au paradis de force, je ne pense pas que vous accepteriez. Là où il n’y a pas de liberté, il n’y a pas de bonheur. Il est du devoir des autorités burkinabè d’intervenir en notre faveur pour que nous puissions regagner nos familles et qu’il soit mis fin à cette injustice qui n’est conforme ni au droit burkinabè, ni au droit international. Je suis au Burkina mais je ne suis pas Burkinabè. Je suis un étranger sans papiers au Burkina Faso alors que je devrais être détenteur d’un passeport avec visa !»
Ahmed Ouyahia a convoqué mercredi dernier une réunion du gouvernement, un rendez-vous somme toute routinier. Mais pas cette fois-ci. Car le Premier ministre a dû mettre fin à la réunion quelques minutes seulement après son entame, et ce, en raison d’une violente dispute entre deux membres de l’exécutif.
Kamel Amarni – Alger (Le Soir) – Selon une source très bien informée, Ouyahia ouvrait les travaux avec le premier point inscrit à l’ordre du jour qu’était l’examen par le gouvernement de cinq propositions de décrets de marchés de gré à gré. «Ils concernent des projets dans le secteur ferroviaire.» Le ministre des Transports, Amar Tou, qui a fait ces propositions, est donc invité à prendre la parole pour les présenter. A la fin de la présentation, le ministre d’Etat, représentant personnel du président de la République, Abdelaziz Belkhadem, demande la parole. A la surprise générale, le SG du FLN s’oppose aux propositions de Amar Tou, qui est, faut-il le rappeler, membre du bureau politique de l’ex-parti unique. Belkhadem plaide pour une limitation drastique des marchés de gré à gré qui, argumentera-t-il, «tuent la compétition et la compétitivité dans l’économie nationale ». Lui succédant immédiatement, le ministre de la Prospective et des Statistiques, Abdelhamid Temmar, soutient totalement la thèse de Belkhadem. Celui qui était, jusqu’à mai 2010, le tout-puissant ministre des Investissements, l’homme qui faisait la pluie et le beau temps dans la politique économique du pays, expliquera longuement que l’option pour le gré à gré ne devrait constituer qu’une exception, et ce, pour que la compétition soit saine et pour mieux endiguer la corruption. «Même le président a donné instruction dans ce sens», précisera Temmar. Sans doute irrité par la prise de position de Belkhadem déjà, Amar Tou n’en pouvait plus et s’en est pris sèchement à son collègue de la Prospective et des Statistiques. «Arrête de me donner des leçons !» s’emportera le ministre des Transports. Il enchaîne : «Occupe-toi de ton propre secteur ! Toi, tu n’as jamais maîtrisé le moindre dossier. » Et la réponse d’en face sera d’égale véhémence ! «Ne m’adresse plus la parole ! D’accord ? D’abord je ne te connais même pas et tu ne me connais pas non plus !» Le ton monte et l’ambiance devient électrique. Ouyahia intervient alors d’autorité : «Nous n’allons rien trancher au niveau du gouvernement et nous allons solliciter l’arbitrage du président de la République.» Il annoncera dans la foulée la levée de la séance sur-le-champ, sans avoir épuisé le moindre point inscrit à l’ordre du jour.
K. A.

Lorsqu’on s’oublie devant le micro quand une certaine presse nous mène en barque ; il suffit de faire une petite recherche sur le professeur émérite de sociologie JEAN ZIEGLER retraité de l’université de GENÈVE, âgé aujourd’hui de 77 ans. Si beaucoup s’indignent aujourd’hui aux quatre coins du monde, jean Ziegler est qualifié d’indigné historique tant il n’a jamais depuis sa rencontre, lorsqu’il étudia à Paris, avec le célèbre philosophe JEAN PAUL SARTRE, cessé de dénoncer l’injustice de ce monde, l’exploitation éhontée par les pays riches du Nord des ressources des pays du Sud maintenus dans la misère au point de susciter une haine de l’Occident par les populations déshéritées de l’hémisphère Sud ( voir son livre : la haine de l’occident). Ces dernières décennies JZ a été rapporteur spécial de l’ONU pour les droits à l’alimentation durant huit années puis rapporteur pour les droits de l’homme. Auteur de 25 ouvrages depuis 1964, J.Z n’a point cessé de sillonner la planète pour dénoncer les maîtres du monde qu’il dénomme les cosmocrates http://ffs1963.unblog.fr/2009/11/07/les-cosmocrates/).( livre : les nouveaux maîtres et ceux qui leur résistent). A cause de l’avidité séculaire des puissances occidentales, un enfant meurt toutes les six secondes dans le monde. Pour ZIEGLER « La réalité du monde Mondialisé, consiste en une succession d’îlots de prospérité et de richesses flottant dans un océan de peuples à L’agonie »
Le 14 octobre prochain (14 /10 /2011) paraîtra un nouveau livre de JEAN ZIEGLER (http://www.hebdo.ch/rencontre_avec_un_indigne_historique_124734_.html) intitulé « Destructions massives, géopolitique de la faim » aux éditions du seuil
AMOKRANE NOURDINE

LA NATION
Ahmed Selmane
Mardi 4 Octobre 2011
L’ouverture de l’audiovisuel serait la « grande réforme », le « grand signal » de l’ouverture. Pourtant, les premiers éléments de cette présumée ouverture montrent qu’elle serait bien verrouillée. Le pouvoir se donne déjà les moyens légaux de filtrer les indésirables et de ne permettre que les télévisions « amies ». Décryptage de la nouvelle « réforme » destinée à faire diversion et à faire oublier les « fondamentaux » du blocage algérien.
Après avoir tenu pendant plus d’une décennie un discours ridicule sur l’immaturité des algériens à accéder au pluralisme de l’audiovisuel, le pouvoir algérien fait mine d’ouvrir les vannes. Le ministre de la communication annonce même qu’il y aura une télévision privée en 2012. Quand on a organisé la misère et le sous-développement technique des métiers de l’audiovisuel en Algérie et quand on est déjà en retard d’une dizaine d’année sur le Maroc de Mohamed VI et même sur la Tunisie de Ben Ali, la « prouesse » mérite-t-elle d’être soulignée ? Oui, si l’on se rappelle qu’en mars 2011, le même ministre de la communication déclarait qu’à sa « connaissance l’ouverture du champ médiatique n’est pas encore à l’ordre du jour». Mars, ce n’est pas loin. Et personne ne peut croire que le régime algérien a subitement « compris » qu’il faut ouvrir et libérer un champ audiovisuel, interdit de facto aux algériens. Ce qui n’empêche pas des chaines étrangères de faire des algériens une « cible » et de générer des revenus. « L’ouverture » – à l’épreuve de faits, de l’expérience et jusqu’à preuve du contraire – fait partie de la recherche des effets d’annonce à destination de l’extérieur. Il s’agit de donner l’illusion du mouvement alors que tout reste immobile.
Un élément de plus dans le décor du faux pluralisme
Il y aura peut-être des « télévisions privées » en 2012, mais dans la démarche de préservation d’un régime obsolète, cela ne sera qu’un élément de plus dans le mauvais décor du faux pluralisme mis en place depuis deux décennies. Et même si le régime n’a rien d’un puriste en matière de respect des Constitutions et des lois, dans ses annonces à usage extérieur des « réformes » il prend, en direction de « l’intérieur », des garanties pour n’avoir que des télévisions « amies » dans le paysage. Il y a déjà, selon un décompte non officiel, une dizaine de projets adossés à des journaux existants ou des hommes d’affaires qui sont dans l’intime proximité des princes. Et, alors qu’on attend la loi « spécifique » sur l’audiovisuel, le communiqué officiel très généraliste qui l’a annoncé pose déjà les limitations. Il ne suffit pas d’être algérien, de respecter un cahier de charges, pour entrer dans les « happy few ». Ainsi, le « privé » algérien – pardon d’abuser des guillemets mais comment faire autrement pour rappeler que la télévision « publique » est privatisée par le pouvoir ? – qui aspire à lancer une télévision doit passer un double écueil. Non seulement, il doit conclure une convention avec une Autorité de régulation des médias audiovisuels qui sera mise en place. Cette Autorité, censée être « indépendante, jouissant de la personnalité morale et de l’autonomie financière » reste encore indéfinie pour sa composition, son fonctionnement et ses attributions. Il est bien entendu improbable que la formule « indépendante » recouvre le sens « non spécifique » qui lui est universellement donné. Mais qu’à cela ne tienne, il y a un autre grand verrou. La signature d’une convention avec ladite Autorité de régulation ne constitue pas un ticket d’entrée dans le paysage audiovisuel. Il faudra en effet ensuite une autorisation délivrée par le pouvoir. Himself ! Gageons que ce ne sera pas une simple formalité !
Une pour toi, une pour moi : Ne deviens pas « citizen-kane-dz » qui veut !
Les « décideurs » ou les détenteurs d’actions dans la SPA du système algérien filtreront ou bien feront dans le style très local du partage des domaines de la rente, ce sera du « un pour toi, un pour moi ». Ceux qui ne sont pas de la « maison » – en général ils ne sont pas très argentés ! – n’ont pratiquement aucune chance de passer les filtres. Ne deviens pas citizen-kane-dz qui veut ! Il n’y a de la place que pour les amis. Monter une télévision demandera donc de l’argent, c’est une évidence. C’est nécessaire – et encore des TV affligeantes et au rabais sont possibles – mais pas suffisant en démocratie spécifique. Il faudra, pour utiliser le jargon des politologues, de la « ressource politique » qui, en Algérie, où la société est interdite de création politique, ne dépend que des appareils du pouvoir. Il ne sert à rien à expliquer à ceux qui considèrent que la société est menace et son expression, pacifique mais libre, est de la subversion que les télévisions « amies » qui vont naître ne seront pas meilleures que leur « Entv ». Et qu’une duplication à l’infinie de celle-ci, même avec l’octroi d’une « liberté de ton » aux nouvelles chaines amies, n’y changera pas beaucoup. Le champ de l’audiovisuel est l’exemple même où le verrouillage n’a ciblé que les algériens et a empêché de développer des métiers. Cet appauvrissement général sera d’ailleurs la chose la plus «visible » en cas d’arrivée de chaines TV ou alors il y aura un recours à la « coopération technique » étrangère pour le masquer. Le pire est que cet appauvrissement et cette stérilisation n’a pas empêché des chaines étrangères – arabes, européennes et même maghrébines- de cibler pour des buts commerciaux et politiques le public algérien.
Les algériens exclus, les chaines étrangères ne demandent pas d’autorisation
La privatisation de fait de l’Entv par le pouvoir a eu pour conséquence d’exclure les algériens et de permettre à des non-algériens d’être présents et de faire cette « politique » qui est interdite aux algériens. Tel que c’est parti, le régime aura ses « télévisions amies » liées aux actionnaires de la SPA du régime. Sans changer réellement la donne. Et cela sera ainsi sans changement politique qualitatif. Celui qui donnerait, enfin, à la notion de service public sa juste place et mettra fin à l’interprétation tordue d’un système tordu qui a inventé l’aberration de la « ligne éditoriale de l’Etat » ; et où le chef de l’Etat a pu dire – et ce n’était pas qu’une boutade – qu’il était le red-chef de l’APS et des médias publics. Multiplier le nombre de télévision – comme on a multiplié le nombre des partis croupions – est dérisoire quand on connait la multitude des « offres » en direction du public algérien. Il est très clair également que ce seront les « contenus » qui peuvent créer une différence et permettre de reconquérir une audience déjà branchée ailleurs. Car il ne s’agit pas seulement de l’info, source de l’obsession compulsive du contrôle du régime. Il faut offrir des télévisions avec des grilles de programmes avec contenus attractifs. Cela demande de la créativité, de l’inventivité et de la qualité. Cela exige du droit qui met fin à la précarité. Et surtout cela implique un projet politique et culturel fondé sur une société de femmes et d’hommes libres. L’imperturbable immobilisme permet de dire, sans risque, qu’on est loin. Et on peut même penser que les futures TV sont pensées comme des instruments de diversion qui n’assureront même pas le divertissement mais qui peuvent servir à l’occasion à des missions de basse politique comme on a pu le voir dans la presse écrite. On risquera, peut-être, de regretter cette ENTV qui ne dit rien.
Source :
http://www.lanation.info

Mouloud Mammeri naquit le 28 décembre 1917 à Taourirt Mimoun, un petit village de la Grande Kabylie coupé du monde extérieur dont son père était l’ amin (maire). Il grandit dans la compagnie des amousnaw (les sages au verbe poétique) dont il devint un admirateur fervent et nostalgique. Ses études primaires, secondaires et supérieures (au village natal, au Maroc puis à Alger et à Paris où il passe avec succès le concours de professorat de lettres classiques sont pour lui de multiples occasions de rencontrer, par la médiation de la langue française, un monde qui le choque d’abord car il lui est linguistiquement et culturellement étranger (expérience de l’ école primaire), le séduit ensuite. Il connut l’ exil (refuge au Maroc) pour échapper à la répression coloniale, fut tour à tour professeur de l’ enseignement secondaire et supérieur, directeur du Centre de Recherches Anthropologiques, Préhistoriques et Ethnologiques du Musée du Bardo à Alger, premier président de l’ Union des Ecrivains Algériens, écrivain et chercheur. Il trouva brutalement la mort le 25 février 1989 au volant de sa voiture alors qu’il rentrait d’uneconférence donnée au Maroc.
Son oeuvre littéraire compte quatre grands romans : La Colline oubliée (Paris, Plon, 1952 – Prix des quatre jurys -) , Le Sommeil du juste (Paris, Plon, 1955), L’ Opium et le bâton (Paris, Plon, 1965) qui a été porté à l’ écran, La Traversée (Paris, Plon, 1982). Il a aussi écrit deux pièces de théâtre (Le Banquet, précédé de La Mort absurde des Aztèques, Paris, Librairie Académique Perrin, 1973) et Le Foehn, ainsi que des nouvelles et deux recueils de contes (Machaho et Telem Chaho, Paris, Bordas, 1980).
Il est également l’ auteur de deux recueils commentés de poèmes kabyles traduits (Les Isefra, poèmes de Si Mohand ou M’hand Paris, Maspéro, 1969 et Poèmes kabyles anciens, Paris, Maspéro, 198O), et d’une Grammaire berbère (en berbère). Il oeuvre ainsi à sortir de l’ oubli sa langue et sa culture d’origine, à leur donner « les moyens d’un plein développement » pour « qu’un jour la culture de (ses) pères vole d’elle-même » car il refuse qu’elle continue d’être « une culture de réserve indienne ou une activité marginale, plus tolérée qu’admise ».
Correspondances romanesques et jeu des personnages
L’ oeuvre littéraire de Mouloud Mammeri porte la marque de son ancrage dans le vécu historique et culturel de son peuple. Trait d’union avec l’ époque et l’ espace dans lesquels il vécut, ses romans, en effet, comme ceux des écrivains de sa génération (Dib, Feraoun,…dans des contextes différents) découvrent le milieu natal avec ses racines culturelles, ses espérances, ses heurts, ses malheurs,…son destin individuel et collectif et dévoilent ainsi à la fois la signification du monde confus de la colonisation, de la guerre et de la décolonisation, et celui ontologique de la Kabylie traditionnelle. La description de ces deux mondes d’un roman à un autre, met en évidence beaucoup de correspondances qui donnent à l’ oeuvre romanesque de M Mammeri une dynamique répétitive, spécialement dans l’ itinéraire suivi par les personnages centraux.
L’ histoire des personnages principaux dans le monde clos de leur village d’origine respectif est d’abord l’ histoire d’une vie heureuse ou subie (cas d’Arezki dans le second roman) dans « la simple humanité des hommes », puis celle de la perturbation de l’ ordre coutumier, routinier des choses appelant au départ pour un monde extérieur étranger et souvent hostile que le « héros » finira par quitter pour retourner vers les siens. Cet itinéraire forcé traduit symboliquement celui, obligé, du parcours de la conscience individuelle des personnages centraux. Ainsi, La colline oubliée est-il, selon les termes de l’ auteur lui-même « le roman de la vie heureuse dans le groupe ». Il met en présence les jeunes du village opposés en deux groupes rivaux – « ceux de Taassast » de condition aisée qui se réunissaient dans « la chambre haute » symbole de la vigilance du groupe, et « la bande » groupe de démunis « passés maîtres dans l’ art d’exécuter des sehjas » au cours desquelles ils oubliaient leurs misères. Cette vie heureuse sera bouleversée par la mobilisation des hommes valides pour la deuxième guerre mondiale, par la misère accrue et généralisée qui en découle et par certains drames sociaux (stérilité d’Aazi l’ épouse de Mokrane, amour impossible de Menach pour Davda, etc…), bouleversement qui entraine les personnages dans la quête inassouvie d’un Eden perdu.
La Kabylie ainsi décrite dans sa misère matérielle, économique, n’en reste pas moins attachante grâce à la richesse des hommes menant une vie pleine -rude mais chaleureuse – où l’ exorcisme de ce temps des malheurs reste possible grâce à la pérennité des coutumes ancestrales. Ainsi, ces descriptions du pèlerinage d’Aazi au tombeau du Marabout du village ou de la danse orgiaque à laquelle l’ épouse stérile a dû se résigner pour vaincre son mal et bénéficier de la baraka du saint visité :
Une atmosphère lourde, rendue opaque par la des pipes de hashish, dont les petits feux rouges piquetaient l’ ombre partout, noyaient des groupes d’hommes et de femmes accroupis en rond.(…). (la musique) était sauvage, monotone, martelante, déchaînée ou au contraire caressante et douce comme un baiser. Dans chaque coin, des hommes, des femmes étaient secoués de frissons, ils gloussaient de partout, remuaient convulsivement les épaules au rythme du violon. Un second coup d’archet prolongé et plusieurs hommes à la fois, rejetant leurs burnous, poussèrent un cri de bête fauve et sautèrent au milieu de la pièce, ils se tenaient par les bras et dansaient. On entendait par intervalle les craquements de leurs os. Des femmes, des hommes énivrés, des jeunes gens fougueux, des vieillards, dont le délire orgiaque décuplant les forces, sautèrent à leur tour et, se tenant aussi par les bras, formèrent autour du tas immobile des jeunes femmes stériles un cercle délirant. Pelotonnée sur elle-même, la tête sur les genous de Davda et couverte d’un foulard noir, Aazi laissait déferler sur elle ce déchaînement de rythmes démoniaques et de râles extatiques dans l’ espoir qu’un pareil déploiement de force bestiale allait éveiller dans son sein un souffle de vie. »
ou bien ce passage très poétique, où Mokrane remonte au temps lointain du « groupe de Taasast » où Aazi n’était pas encore son épouse mais « la fiancée du soir » communiant, en même temps que d’autres « fiancées du soir » imaginaires, avec les éléments dans un dialogue au code secret qui l’ auréole d’une beauté surnaturelle et magique :
Aazi foulait doucement devant nous le sable de grève, elle évoluait dans ses voiles, suivait lentement le cours de l’ eau, appelant ses compagnes, leur tendait les doigts effilés de sa main où la lune se jouait, continuait de garder dans la nuit la procession de ses blanches compagnes, suivait des yeux la lune qui tombait derrière les rochers ; elle faisait descendre l’ obscurité en poussant les deux battants de sa fenêtre, c’est à peine si, par la fente, un mince filet de lumière venait dessiner largement dans l’ ombre nos silhouettes et Aazi passant tour à tour et par partie de l’ ombre à la lumière, avait l’ air d’une magi- cienne, ses bracelets d’or faisaient dans l’ obscurité comme des soleils blafards et son profil, blêmi par cette pâle lumière, avait l’ immobile sérennité des momies des dieux morts »
Ce sont autant de passages qui rompent avec l’ atmosphère d’angoisse générée par la guerre et les drames individuels évoqués, livrant ainsi dans l’ imaginaire des lecteurs la vision furtive et sporatique d’un jardin de jeunesse pas toujours mirifique (certains rites comme celui de la danse orgiaque, la « hadra », sont présentés comme barbares) mais ressourçant, identifiant et donc ontologiquement salvateur.
Dans des contextes historiques différents (colonisation pour les premiers romans, ère de l’ indépendance et temps du bilan pour le dernier), Arezki dans Le sommeil du juste, Bachir Lazrak dans L’ opium et le bâton et Mourad dans La traversée, en conflit avec eux-mêmes et/ou avec les « Imann », la famille et la société, et avec leur époque, oscillent dramatiquement entre le milieu natal d’une autre « colline oubliée » et le monde citadin étranger et source de désenchantement d’où ils reviennent transformés, parfois ravagés.
L’ itinéraire d’Arezki qui répond fidèlement au portrait de l’ intellectuel colonisé tel que le dégage Albert Memmi dans son Portrait du colonisé (suivi du) Portrait du colonisateur est en ce sens exemplaire. Ce personnage, qui n’est plus guidé par l’ idéal de Taasast, incarne une certaine génération de colonisés formée à l’ école du colonisateur, façonnée par la culture et la civilisation étrangère enseignée. La première lettre d’Arezki à son professeur de philosophie abonde en phrases attestant son aliénation et la responsabilité de l’ école étrangère dans cette aliénation :
« Je vous devrai, mon cher maître, d’être né à la vie (…) avant vous je n’existais pas (…) et puis vous êtes venu, mon cher maître, et je vous ai connu. Vous brisâtes les portes de ma prison et je naquis au monde. »
L’ expression « mon cher maître » qui ponctue la lettre traduit et renforce elle aussi l’ admiration démesurée de l’ élève pour le professeur et le monde de clarté, de savoir et de civilisation qu’il représente par opposition à l’ univers familial qui est péjoré :
J’ai lu les livres, un monceau, et, si dans la masse des livres que j’ai lus,ni Ighzer ni Hand, ni votre misère ne sont cités, ce n’ est pas malédiction, c’ est justice: vous n’ en valiez pas la peine.
Puis constatant, dans d’autres passages du roman, avec l’ expérience de la guerre, du racisme…, certaines réalités coloniales (humanisme à sens unique : proclamation des droits de l’ homme mais le colonisateur ne connait d’homme qu’européen, racisme érigé en institution), Arezki finira, après maintes hésitations qui témoignent qu’on ne se débarasse pas facilement de la personnalité d’emprunt léguée par l’ « Autre », par faire un implacable réquisitoire contre la colonisation, réquisitoire dont témoigne sa seconde lettre à M. Poiré le professeur et surtout la scène, parfois crue et relachée où il brûle ses livres :
Voici, dit Arezki, que l’ heure du grand sacrifice est venue. (…) Lentement la flamme caressait les feuilles et doucement gagnait de proche en proche Molière, Shakespeare, Homère, Montesquieu, les autres… (…) Quand le feu eut dévoré le dernier tome et qu’à l’ endroit où tant de savoir avait été enfermé, tant de sagesse enclos, il ne resta plus qu’un petit tas de cendres que la brise faisait voler en minuscules papillons noirs, Arezki porta la main sous la ceinture de son pantalon. La patronne entra et sans rien voir dans le noir, commença de vociférer : -Allons, allons, Messieurs… Mais… qu’est-ce que vous faites-là ? -Je pisse sur les idées, dit Arezki (…).
En brûlant les dieux précédemment adorés (ses livres et les idées qu’ils véhiculaient) Arezki répudie sa foi dans l’ humanisme européen et se prépare à retourner vers les siens, ayant enfin compris qu’on ne peut s’ assumer que parmi eux et que les institutions traditionnelles qu’il dénigrait sont en fait un rempart contre l’ aliénation culturelle et sociale. Cependant, la tentative d’Arezki pour sortir du schéma mythifiant de l’ aliénation n’est pas entièrement positive car il promène d’un bout à l’ autre du roman une tragique solitude et c’est sous l’ effet de l’ alcool abondamment consommé qu’il brûle ses livres. Il faudra attendre Bachir Lazrak dans L’ opium et le bâton pour voir, dans l’ oeuvre de Mammeri, un intellectuel colonisé se désaliéner objectivement en participant activement, bien que malgré lui, à la guerre de libération. Sur les traces du Docteur Bachir Lazrak s’ avouant sa lâcheté et ses faiblesses dans la scène où, dans son bel appartement d’Alger, il se remémore son refus d’aller soigner un compatriote blessé, Bachir soignant les imjouhads (maquisards) blessés, se laissant remorquer par l’ histoire, le lecteur constate le difficile parcours d’un égaré (ses études et sa situation sociale présente ont fait de lui un bourgeois oublieux des siens) redécouvrant les vertus des lois protectrices ancestrales:
A Tala-Ouzrou, comme dans tous les villages de la montagne, c’était ainsi depuis des siècles. (…) Nous répétions après nos pères les gestes qu’ils avaient hérités des leurs.C’était une assurance contre le hasard et toutes les puissances mauvaises qui sans cela eussent tôt fait de nous anéantir.(…). La loi des ancêtres ! La recette avait servi tant de siècles qu’il fallait bien qu’elle fût bonne. Il suffisait de s’ y tenir.L’ innovation n’est pas seulement une puérilité vaine, elle est pure démence, à moins d’avoir le goût du suicide. Celui qui marche loin des chemins battus, ou qui seulement s’ en écarte un peu, court à sa perte et peut être à celle des autres (..). L’ honnête homme est celui qui pose ses pieds trés exactement sur les traces des pieds de ses pères..
Lois qu’honorent, au maquis, le combat courageux d’Ali, d’Amirouche, d’Omar… les « imjouhads », les « héros humbles », lois bafouées par la folie de la guerre et des hommes comme Tayeb, Ameur, Bélaïd, ces « ami(s) des Iroumiens » qui ont perdu le sens de l’ honneur ancestral – « le « nif » de leurs pères »-, ces « bouches avec leurs mensonges dedans » responsables avec les colonisateurs des maux de Tala, de la mort de Tala d’antan :
Dans les assemblées d’antan, et que Bachir se rappelait encore très bien, jamais des hommes de rien comme Tayeb ou des crapules comme Ameur n’auraient ouvert la bouche. Maintenant ils changeaient les débats, ou plutôt ils parlaient seuls. Dans les assemblées d’antan s’ entendaient les plus belles paraboles, les paroles les plus humaines, on y avait soin des mots parce qu’on avait le respect des hommes. Maintenant Ameur ou Tayeb pouvaient sans honte et devant tous écorcher le berbère, comme sans doute ils écorcheraient les coeurs ou les corps, avec la même impudence ! Non ! Il n’y avait de respecté que le décorum. Mais l’ âme de l’ assemblée de Tala était morte. [1]
Dans La Traversée, Mourad le journaliste de la « race des purs » qui a participé au combat indépendantiste figure le désenchantement des intellectuels algériens. Réalisant que l’ indépendance n’a pas apporté le mieux-être attendu, constatant que le combat n’est jamais achevé et qu’ il est temps de « faire quelque chose avant la mort », le personnage qui « aimait les marches à contre-courant » entreprend la traversée du désert saharien en quête de « l’ étincelle de la vérité » . Cette traversée au cours de laquelle il fait un constat amer – la France n’est pas seule responsable des maux de l’ Algérie indépendante – sera pour lui exemplaire. En effet, il y côtoie les autres personnages du roman, ses compagnons de traversée au projet différent : Boualem, l’ intégriste musulman; Serge et Amalia, les journalistes européens…. Ba Salem, le sage et dernier représentant d’une culture en perdition ; la mère et Tassadit qu’il retrouve lors du retour aux sources dans Tasga devenu village fantôme ; les visions des membres de Taassast qui le hantent dans son délire jusqu’au seuil de la mort. Il subit une sorte d’ascèse qui le mène vers la vérité profonde, celle révélée par l’ expérience du désert qui prolonge le désenchantement car le Sahara, lui aussi, comme Tasga, comme tout le pays, « n’était plus qu’une dérision ». [2].
La vie simple des Touaregs, leur amour farouche de la liberté explique leur hostilité envers l’ école nationale. « L’ école est un incomparable instrument d’intégration nationale. Parallèlement les populations d’ici sont aussi algériennes que vous et moi, mais, comment dire ? Il y a les servitudes du climat, celles de l’ histoire, des traditions. » C’est l’ enchantement des nuits d’ahellil [3], cette poésie chantée immortalisée par la voix de Ba Salem : « Au bout de quelques répliques l’ ahellil lprenait Mourad tout entier, le portait, il débarquait sur les rivages d’une île inconnue, peuplée de fleurs diaphanes et de parfums frais ». Ou encore la « folie du désert » (« On a une impression étrange. On se sent libéré (…) De tout, des obstacles, des règles, des conventions. On est exalté sans raison, tendu. On peut tout ce qu’on veut.).
Cette vérité à laquelle il accède signera son arrêt de mort (mort naturelle ou suicide? « sait-on jamais où la nostalgie de l’ héroisme peut conduire un héros? » car « le destin des héros est de mourir jeunes et seuls » et il « fallait (…) qu’ils meurent pour qu’on pùt enfin se retrouver entre soi et respirer ».
Ces itinéraires, on le voit, brossent, d’un contexte historique à un autre, des portraits d’hommes au relais les uns des autres et qui, en s’ engageant dans le cours des évènements qui marquent leur époque, se forgent une destinée obligée jamais véritablement heureuse:
« Je considère que notre époque, peut être plus encore que beaucoup d’autres époques de l’ histoire, est une époque où les hommes se plaisent à faire leur propre malheur ». [4]
Propos qui traduit une vision pessimiste du monde, autre constante littéraire des écrits de Mouloud Mammeri.
Une vision pessimiste du monde:
Le pessimisme de ces écrits est attesté, entre autres, par le thème récurrent de l’ échec de l’ amour : les couples Mokrane – Aazi / Menach – Davda dans La Colline oubliée, Bachir – Itto / Claude dans L’ Opium et le bâton, Arezki – Elfriede dans Le Sommeil du justee, Mourad – Amalia dans La Traversée vivent une relation amoureuse sans aboutissement. Ce thème de l’ échec de l’ amour qui traduit une conception pessimiste du monde est en relation avec le parcours des héros se complaisant dans une destinée qui les condamne à chercher vainement le bonheur car « demain n’arrive jamais » [5]. La mort de Mourad le confirme comme la fin grave de L’Opium et le bâton, à travers la voix de Bachir, en fait ici un douloureux constat :
Après la lettre à Claude, j’ai pris le journal pour y retrouver l’ écoulement des jours et savoir que, loin de cet enfer où nous vivons tous ici, des hommes vont au bois, au bal, à l’ usine ou chez l’ épicier du coin.Peine perdue! A chaque page du journal, sous chaque ciel du monde, la tragédie éclosait d’elle-même. IL n’y avait même pas besoin de forcer avec des mots : la réalité passait les phrases de si loin…
Lors d’un débat avec les étudiants de la Faculté d’Alger, en 1972, Mammeri expliquait cette mystique de l’ échec dans ses écrits par sa formation d’intellectuel ayant « lu tout Racine par volupté », par l’ héritage de l’ enseignement de la littérature grecque où l’ homme est accablé par son destin et ne parvient pas à échapper à la loi divine :
Je crois assez au pessimisme de notre civilisation. (…). Je les ai traduits avec infiniment de passion, de plaisir tous ces tragiques grecs. Avec cette conception de la vie effectivement soumise à la puissance capricieuse, souveraine qui était le destin.(…) J’ai retrouvé dans ce climat quelque chose que je devais dejà posséder.
Dans la production théâtrale, les personnages ont aussi un destin contrarié et vivent aussi un amour impossible. Dans la pièce historique Le banquet qui traite de la chute de l’ empire aztèque « non pas tant dans sa stricte vérité historique que dans sa cruelle valeur humaine », celui, sentimental, de Tecouchpo pour Guatemoc ; celui surtout idéologique, du peuple aztèque, pour la liberté, pour la vérité et la justice, en témoignent :
– … la guerre ne guérira aucun de vos maux, elle
en fera naître d’autres, voilà tout.
– Tecouchpo :
Les étrangers ont apporté avec eux d’autres
dieux. (…)
Le serviteur :
Si vous voulez vivre, il suffit que vous
adoriez les nouveaux dieux.
– Guatemoc :
Les étrangers ne comprennent pas notre langue.
Le paysan :
Juste comme les grands du royaume, ils
n’entendent pas ma langue non plus.
Ce pessimisme récurrent dans l’ oeuvre littéraire de Mouloud Mammeri est contrebalancé par la dérision dans le dernier roman et, dans chacun des écrits produits, par une conception poétique personnelle des faits relatés.
Une poésie personnelle :
Le système d’images et de sous -entendus métaphoriques que M. Mammeri présente dans Le banquet par la voix du fou recommandant au monarque despote « la poésie des hauteurs » qu’il oppose à « la prose du bas pays » car elle permet de « voir [le] peuple sans mensonges et sans paravents » ou par celle du peintre qui « prête une voix aux choses muettes » et dont les tableaux « disent l’ état du royaume » car « on ment mal avec des pinceaux » découle directement de l’ association symbolique que l’ écrivain établit entre sa création et le monde qui l’ entoure, donnant ainsi à l’ univers fictif décrit l’ apparence d’un jeu où les acteurs (puisqu’il s’ agit là d’une pièce de théâtre) en jouant dans le masque des rôles conférés, acquièrent et tentent de communiquer une intuition plus profonde du monde.
Cette intuition se retrouve aussi dans le roman quand il véhicule de rares moments d’optimisme :
l’ aube c’est de la nuit que péniblement elle s’ extrait même quand d’abord elle a l’ air d’y être sans recours enlisée, et après l’ ombre c’est le grand soleil. [6]
ou quand il baigne la description des rites propitiatoires ou des festivités traditionnelles dans une atmosphère folklorique (surtout dans La colline oubliée et La traversée) où les éléments (l’ eau surtout qui assume une fonction mythique), le jeu des images, des sons et des couleurs généralement traducteur d’un univers triste et solitaire, où le réel et l’ irréel s’ unissent pour créer un espace neuf, une durée autre. Ainsi, avec le dialogue d’Aazi unie aux ténèbres avec les autres « fiancées du soir », peut-on évoquer encore la danse de Moh le berger [7], la vision délirante nocturne de Mourad dans le désert :
Les étoiles jaillissaient du ciel par poignées. Un morceau de lune rouge écorcha l’ horizon et, à mesure qu’il montait, les éteignait autour de lui. (…). D’entre les cailloux du chemin, de minces filets d’eau se mirent à sourdre. Ils luisaient dans un grand silence blanc. A mesure que Mourad montait, ils devenaient plus nombreux, ils se fondaient les uns dans les autres. De temps à autre fusaient des rires, que des baisers rapides étouffaient. Puis, dans une cuvette bleue, le lac étala sa surface lisse. Au-dessus se balançait le morceau de fer rouillé de la lune. Quelquefois, la montagne le cachait, on ne voyait que les lueurs d’incendie qui éclairaient les rochers par derrière. Puis les ruisseaux se turent et le lac, au moment où les pieds en feu de Mourad allaient y plonger, se mua en un champ de cristaux de sel bleu pâle. Ils ne restaient que les rires et les baisers, qui glougloutaient derrière la montagne. Mourad alla vers eux, quoiqu’il sût que les rires et les baisers allaient dispa- raître, comme l’ eau du lac et les filets argentés, et devenir à son approche le bruit du vent sur les arêtes aiguës des rochers [8]. (60)
Vision qui amène à sa conscience un afflux d’images de lumière et de sons convergeant pour décrire un paradis mirifique mais artificiel et éphémère ; les « héros oranges » qui peuplent l’ article prémonitoire du même personnage, figurent symboliquement le rêve visionnaire hallucinant et poétique du reporter accédant à la révélation d’un futur immuable. Description également poétique des « youyous » transmutant la mort d’Ali le chahid en vie nouvelle éternelle [9], de la baie d’Alger [10], de la rivière d’Asaka [11], du portrait de Ba Salem récitant au seuil de la mort l’ ahellil de Tala comparée à « une étoile morte » [12]…etc.
La poésie qui auréole tous ces passages fait place au rêve et crée une prose poétique qui met entre parenthèses le réel et donc le destin tourmenté, contrarié, des hommes et des femmes qui peuplent l’ univers présenté par Mammeri. En plaçant la poésie – poésie du rêve qui dépasse les apparences du vécu – au centre de sa vision du monde, l’ écrivain se dote d’un langage personnel qui est quête d’une nouvelle conscience où le réel-irréel dont la prose poétique dessine les contours, participe d’une succession de moments exceptionnels qui recomposent le tragique, qui le transcendent.
Ce que nous retiendrons, pour notre part, de la lecture de l’ oeuvre de Mouloud Mammeri, c’est ce souci constant de « coller » à la réalité de la société algérienne – réalité historique et réalité culturelle – en imposant sa propre authenticité dans les règles de la belle forme. Souci donc d’utiliser l’ écriture comme lieu d’une confession, d’une conscience, où s’ élabore sa propre idée d’un monde avec ses réalités amères, avec ses rêves radieux aux accents tristes et nostalgiques à dominante poétique.
Malika HADJ-NACEUR
(Extrait de « La littérature maghrébine de langue française », Ouvrage collectif, sous la direction de Charles BONN, Naget KHADDA & Abdallah MDARHRI-ALAOUI, Paris, EDICEF-AUPELF, 1996).
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