Ahmed Ouyahia a convoqué mercredi dernier une réunion du gouvernement, un rendez-vous somme toute routinier. Mais pas cette fois-ci. Car le Premier ministre a dû mettre fin à la réunion quelques minutes seulement après son entame, et ce, en raison d’une violente dispute entre deux membres de l’exécutif.
Kamel Amarni – Alger (Le Soir) – Selon une source très bien informée, Ouyahia ouvrait les travaux avec le premier point inscrit à l’ordre du jour qu’était l’examen par le gouvernement de cinq propositions de décrets de marchés de gré à gré. «Ils concernent des projets dans le secteur ferroviaire.» Le ministre des Transports, Amar Tou, qui a fait ces propositions, est donc invité à prendre la parole pour les présenter. A la fin de la présentation, le ministre d’Etat, représentant personnel du président de la République, Abdelaziz Belkhadem, demande la parole. A la surprise générale, le SG du FLN s’oppose aux propositions de Amar Tou, qui est, faut-il le rappeler, membre du bureau politique de l’ex-parti unique. Belkhadem plaide pour une limitation drastique des marchés de gré à gré qui, argumentera-t-il, «tuent la compétition et la compétitivité dans l’économie nationale ». Lui succédant immédiatement, le ministre de la Prospective et des Statistiques, Abdelhamid Temmar, soutient totalement la thèse de Belkhadem. Celui qui était, jusqu’à mai 2010, le tout-puissant ministre des Investissements, l’homme qui faisait la pluie et le beau temps dans la politique économique du pays, expliquera longuement que l’option pour le gré à gré ne devrait constituer qu’une exception, et ce, pour que la compétition soit saine et pour mieux endiguer la corruption. «Même le président a donné instruction dans ce sens», précisera Temmar. Sans doute irrité par la prise de position de Belkhadem déjà, Amar Tou n’en pouvait plus et s’en est pris sèchement à son collègue de la Prospective et des Statistiques. «Arrête de me donner des leçons !» s’emportera le ministre des Transports. Il enchaîne : «Occupe-toi de ton propre secteur ! Toi, tu n’as jamais maîtrisé le moindre dossier. » Et la réponse d’en face sera d’égale véhémence ! «Ne m’adresse plus la parole ! D’accord ? D’abord je ne te connais même pas et tu ne me connais pas non plus !» Le ton monte et l’ambiance devient électrique. Ouyahia intervient alors d’autorité : «Nous n’allons rien trancher au niveau du gouvernement et nous allons solliciter l’arbitrage du président de la République.» Il annoncera dans la foulée la levée de la séance sur-le-champ, sans avoir épuisé le moindre point inscrit à l’ordre du jour.
K. A.
Redaction LQA

Lorsqu’on s’oublie devant le micro quand une certaine presse nous mène en barque ; il suffit de faire une petite recherche sur le professeur émérite de sociologie JEAN ZIEGLER retraité de l’université de GENÈVE, âgé aujourd’hui de 77 ans. Si beaucoup s’indignent aujourd’hui aux quatre coins du monde, jean Ziegler est qualifié d’indigné historique tant il n’a jamais depuis sa rencontre, lorsqu’il étudia à Paris, avec le célèbre philosophe JEAN PAUL SARTRE, cessé de dénoncer l’injustice de ce monde, l’exploitation éhontée par les pays riches du Nord des ressources des pays du Sud maintenus dans la misère au point de susciter une haine de l’Occident par les populations déshéritées de l’hémisphère Sud ( voir son livre : la haine de l’occident). Ces dernières décennies JZ a été rapporteur spécial de l’ONU pour les droits à l’alimentation durant huit années puis rapporteur pour les droits de l’homme. Auteur de 25 ouvrages depuis 1964, J.Z n’a point cessé de sillonner la planète pour dénoncer les maîtres du monde qu’il dénomme les cosmocrates http://ffs1963.unblog.fr/2009/11/07/les-cosmocrates/).( livre : les nouveaux maîtres et ceux qui leur résistent). A cause de l’avidité séculaire des puissances occidentales, un enfant meurt toutes les six secondes dans le monde. Pour ZIEGLER « La réalité du monde Mondialisé, consiste en une succession d’îlots de prospérité et de richesses flottant dans un océan de peuples à L’agonie »
Le 14 octobre prochain (14 /10 /2011) paraîtra un nouveau livre de JEAN ZIEGLER (http://www.hebdo.ch/rencontre_avec_un_indigne_historique_124734_.html) intitulé « Destructions massives, géopolitique de la faim » aux éditions du seuil
AMOKRANE NOURDINE

LA NATION
Ahmed Selmane
Mardi 4 Octobre 2011
L’ouverture de l’audiovisuel serait la « grande réforme », le « grand signal » de l’ouverture. Pourtant, les premiers éléments de cette présumée ouverture montrent qu’elle serait bien verrouillée. Le pouvoir se donne déjà les moyens légaux de filtrer les indésirables et de ne permettre que les télévisions « amies ». Décryptage de la nouvelle « réforme » destinée à faire diversion et à faire oublier les « fondamentaux » du blocage algérien.
Après avoir tenu pendant plus d’une décennie un discours ridicule sur l’immaturité des algériens à accéder au pluralisme de l’audiovisuel, le pouvoir algérien fait mine d’ouvrir les vannes. Le ministre de la communication annonce même qu’il y aura une télévision privée en 2012. Quand on a organisé la misère et le sous-développement technique des métiers de l’audiovisuel en Algérie et quand on est déjà en retard d’une dizaine d’année sur le Maroc de Mohamed VI et même sur la Tunisie de Ben Ali, la « prouesse » mérite-t-elle d’être soulignée ? Oui, si l’on se rappelle qu’en mars 2011, le même ministre de la communication déclarait qu’à sa « connaissance l’ouverture du champ médiatique n’est pas encore à l’ordre du jour». Mars, ce n’est pas loin. Et personne ne peut croire que le régime algérien a subitement « compris » qu’il faut ouvrir et libérer un champ audiovisuel, interdit de facto aux algériens. Ce qui n’empêche pas des chaines étrangères de faire des algériens une « cible » et de générer des revenus. « L’ouverture » – à l’épreuve de faits, de l’expérience et jusqu’à preuve du contraire – fait partie de la recherche des effets d’annonce à destination de l’extérieur. Il s’agit de donner l’illusion du mouvement alors que tout reste immobile.
Un élément de plus dans le décor du faux pluralisme
Il y aura peut-être des « télévisions privées » en 2012, mais dans la démarche de préservation d’un régime obsolète, cela ne sera qu’un élément de plus dans le mauvais décor du faux pluralisme mis en place depuis deux décennies. Et même si le régime n’a rien d’un puriste en matière de respect des Constitutions et des lois, dans ses annonces à usage extérieur des « réformes » il prend, en direction de « l’intérieur », des garanties pour n’avoir que des télévisions « amies » dans le paysage. Il y a déjà, selon un décompte non officiel, une dizaine de projets adossés à des journaux existants ou des hommes d’affaires qui sont dans l’intime proximité des princes. Et, alors qu’on attend la loi « spécifique » sur l’audiovisuel, le communiqué officiel très généraliste qui l’a annoncé pose déjà les limitations. Il ne suffit pas d’être algérien, de respecter un cahier de charges, pour entrer dans les « happy few ». Ainsi, le « privé » algérien – pardon d’abuser des guillemets mais comment faire autrement pour rappeler que la télévision « publique » est privatisée par le pouvoir ? – qui aspire à lancer une télévision doit passer un double écueil. Non seulement, il doit conclure une convention avec une Autorité de régulation des médias audiovisuels qui sera mise en place. Cette Autorité, censée être « indépendante, jouissant de la personnalité morale et de l’autonomie financière » reste encore indéfinie pour sa composition, son fonctionnement et ses attributions. Il est bien entendu improbable que la formule « indépendante » recouvre le sens « non spécifique » qui lui est universellement donné. Mais qu’à cela ne tienne, il y a un autre grand verrou. La signature d’une convention avec ladite Autorité de régulation ne constitue pas un ticket d’entrée dans le paysage audiovisuel. Il faudra en effet ensuite une autorisation délivrée par le pouvoir. Himself ! Gageons que ce ne sera pas une simple formalité !
Une pour toi, une pour moi : Ne deviens pas « citizen-kane-dz » qui veut !
Les « décideurs » ou les détenteurs d’actions dans la SPA du système algérien filtreront ou bien feront dans le style très local du partage des domaines de la rente, ce sera du « un pour toi, un pour moi ». Ceux qui ne sont pas de la « maison » – en général ils ne sont pas très argentés ! – n’ont pratiquement aucune chance de passer les filtres. Ne deviens pas citizen-kane-dz qui veut ! Il n’y a de la place que pour les amis. Monter une télévision demandera donc de l’argent, c’est une évidence. C’est nécessaire – et encore des TV affligeantes et au rabais sont possibles – mais pas suffisant en démocratie spécifique. Il faudra, pour utiliser le jargon des politologues, de la « ressource politique » qui, en Algérie, où la société est interdite de création politique, ne dépend que des appareils du pouvoir. Il ne sert à rien à expliquer à ceux qui considèrent que la société est menace et son expression, pacifique mais libre, est de la subversion que les télévisions « amies » qui vont naître ne seront pas meilleures que leur « Entv ». Et qu’une duplication à l’infinie de celle-ci, même avec l’octroi d’une « liberté de ton » aux nouvelles chaines amies, n’y changera pas beaucoup. Le champ de l’audiovisuel est l’exemple même où le verrouillage n’a ciblé que les algériens et a empêché de développer des métiers. Cet appauvrissement général sera d’ailleurs la chose la plus «visible » en cas d’arrivée de chaines TV ou alors il y aura un recours à la « coopération technique » étrangère pour le masquer. Le pire est que cet appauvrissement et cette stérilisation n’a pas empêché des chaines étrangères – arabes, européennes et même maghrébines- de cibler pour des buts commerciaux et politiques le public algérien.
Les algériens exclus, les chaines étrangères ne demandent pas d’autorisation
La privatisation de fait de l’Entv par le pouvoir a eu pour conséquence d’exclure les algériens et de permettre à des non-algériens d’être présents et de faire cette « politique » qui est interdite aux algériens. Tel que c’est parti, le régime aura ses « télévisions amies » liées aux actionnaires de la SPA du régime. Sans changer réellement la donne. Et cela sera ainsi sans changement politique qualitatif. Celui qui donnerait, enfin, à la notion de service public sa juste place et mettra fin à l’interprétation tordue d’un système tordu qui a inventé l’aberration de la « ligne éditoriale de l’Etat » ; et où le chef de l’Etat a pu dire – et ce n’était pas qu’une boutade – qu’il était le red-chef de l’APS et des médias publics. Multiplier le nombre de télévision – comme on a multiplié le nombre des partis croupions – est dérisoire quand on connait la multitude des « offres » en direction du public algérien. Il est très clair également que ce seront les « contenus » qui peuvent créer une différence et permettre de reconquérir une audience déjà branchée ailleurs. Car il ne s’agit pas seulement de l’info, source de l’obsession compulsive du contrôle du régime. Il faut offrir des télévisions avec des grilles de programmes avec contenus attractifs. Cela demande de la créativité, de l’inventivité et de la qualité. Cela exige du droit qui met fin à la précarité. Et surtout cela implique un projet politique et culturel fondé sur une société de femmes et d’hommes libres. L’imperturbable immobilisme permet de dire, sans risque, qu’on est loin. Et on peut même penser que les futures TV sont pensées comme des instruments de diversion qui n’assureront même pas le divertissement mais qui peuvent servir à l’occasion à des missions de basse politique comme on a pu le voir dans la presse écrite. On risquera, peut-être, de regretter cette ENTV qui ne dit rien.
Source :
http://www.lanation.info

Mouloud Mammeri naquit le 28 décembre 1917 à Taourirt Mimoun, un petit village de la Grande Kabylie coupé du monde extérieur dont son père était l’ amin (maire). Il grandit dans la compagnie des amousnaw (les sages au verbe poétique) dont il devint un admirateur fervent et nostalgique. Ses études primaires, secondaires et supérieures (au village natal, au Maroc puis à Alger et à Paris où il passe avec succès le concours de professorat de lettres classiques sont pour lui de multiples occasions de rencontrer, par la médiation de la langue française, un monde qui le choque d’abord car il lui est linguistiquement et culturellement étranger (expérience de l’ école primaire), le séduit ensuite. Il connut l’ exil (refuge au Maroc) pour échapper à la répression coloniale, fut tour à tour professeur de l’ enseignement secondaire et supérieur, directeur du Centre de Recherches Anthropologiques, Préhistoriques et Ethnologiques du Musée du Bardo à Alger, premier président de l’ Union des Ecrivains Algériens, écrivain et chercheur. Il trouva brutalement la mort le 25 février 1989 au volant de sa voiture alors qu’il rentrait d’uneconférence donnée au Maroc.
Son oeuvre littéraire compte quatre grands romans : La Colline oubliée (Paris, Plon, 1952 – Prix des quatre jurys -) , Le Sommeil du juste (Paris, Plon, 1955), L’ Opium et le bâton (Paris, Plon, 1965) qui a été porté à l’ écran, La Traversée (Paris, Plon, 1982). Il a aussi écrit deux pièces de théâtre (Le Banquet, précédé de La Mort absurde des Aztèques, Paris, Librairie Académique Perrin, 1973) et Le Foehn, ainsi que des nouvelles et deux recueils de contes (Machaho et Telem Chaho, Paris, Bordas, 1980).
Il est également l’ auteur de deux recueils commentés de poèmes kabyles traduits (Les Isefra, poèmes de Si Mohand ou M’hand Paris, Maspéro, 1969 et Poèmes kabyles anciens, Paris, Maspéro, 198O), et d’une Grammaire berbère (en berbère). Il oeuvre ainsi à sortir de l’ oubli sa langue et sa culture d’origine, à leur donner « les moyens d’un plein développement » pour « qu’un jour la culture de (ses) pères vole d’elle-même » car il refuse qu’elle continue d’être « une culture de réserve indienne ou une activité marginale, plus tolérée qu’admise ».
Correspondances romanesques et jeu des personnages
L’ oeuvre littéraire de Mouloud Mammeri porte la marque de son ancrage dans le vécu historique et culturel de son peuple. Trait d’union avec l’ époque et l’ espace dans lesquels il vécut, ses romans, en effet, comme ceux des écrivains de sa génération (Dib, Feraoun,…dans des contextes différents) découvrent le milieu natal avec ses racines culturelles, ses espérances, ses heurts, ses malheurs,…son destin individuel et collectif et dévoilent ainsi à la fois la signification du monde confus de la colonisation, de la guerre et de la décolonisation, et celui ontologique de la Kabylie traditionnelle. La description de ces deux mondes d’un roman à un autre, met en évidence beaucoup de correspondances qui donnent à l’ oeuvre romanesque de M Mammeri une dynamique répétitive, spécialement dans l’ itinéraire suivi par les personnages centraux.
L’ histoire des personnages principaux dans le monde clos de leur village d’origine respectif est d’abord l’ histoire d’une vie heureuse ou subie (cas d’Arezki dans le second roman) dans « la simple humanité des hommes », puis celle de la perturbation de l’ ordre coutumier, routinier des choses appelant au départ pour un monde extérieur étranger et souvent hostile que le « héros » finira par quitter pour retourner vers les siens. Cet itinéraire forcé traduit symboliquement celui, obligé, du parcours de la conscience individuelle des personnages centraux. Ainsi, La colline oubliée est-il, selon les termes de l’ auteur lui-même « le roman de la vie heureuse dans le groupe ». Il met en présence les jeunes du village opposés en deux groupes rivaux – « ceux de Taassast » de condition aisée qui se réunissaient dans « la chambre haute » symbole de la vigilance du groupe, et « la bande » groupe de démunis « passés maîtres dans l’ art d’exécuter des sehjas » au cours desquelles ils oubliaient leurs misères. Cette vie heureuse sera bouleversée par la mobilisation des hommes valides pour la deuxième guerre mondiale, par la misère accrue et généralisée qui en découle et par certains drames sociaux (stérilité d’Aazi l’ épouse de Mokrane, amour impossible de Menach pour Davda, etc…), bouleversement qui entraine les personnages dans la quête inassouvie d’un Eden perdu.
La Kabylie ainsi décrite dans sa misère matérielle, économique, n’en reste pas moins attachante grâce à la richesse des hommes menant une vie pleine -rude mais chaleureuse – où l’ exorcisme de ce temps des malheurs reste possible grâce à la pérennité des coutumes ancestrales. Ainsi, ces descriptions du pèlerinage d’Aazi au tombeau du Marabout du village ou de la danse orgiaque à laquelle l’ épouse stérile a dû se résigner pour vaincre son mal et bénéficier de la baraka du saint visité :
Une atmosphère lourde, rendue opaque par la des pipes de hashish, dont les petits feux rouges piquetaient l’ ombre partout, noyaient des groupes d’hommes et de femmes accroupis en rond.(…). (la musique) était sauvage, monotone, martelante, déchaînée ou au contraire caressante et douce comme un baiser. Dans chaque coin, des hommes, des femmes étaient secoués de frissons, ils gloussaient de partout, remuaient convulsivement les épaules au rythme du violon. Un second coup d’archet prolongé et plusieurs hommes à la fois, rejetant leurs burnous, poussèrent un cri de bête fauve et sautèrent au milieu de la pièce, ils se tenaient par les bras et dansaient. On entendait par intervalle les craquements de leurs os. Des femmes, des hommes énivrés, des jeunes gens fougueux, des vieillards, dont le délire orgiaque décuplant les forces, sautèrent à leur tour et, se tenant aussi par les bras, formèrent autour du tas immobile des jeunes femmes stériles un cercle délirant. Pelotonnée sur elle-même, la tête sur les genous de Davda et couverte d’un foulard noir, Aazi laissait déferler sur elle ce déchaînement de rythmes démoniaques et de râles extatiques dans l’ espoir qu’un pareil déploiement de force bestiale allait éveiller dans son sein un souffle de vie. »
ou bien ce passage très poétique, où Mokrane remonte au temps lointain du « groupe de Taasast » où Aazi n’était pas encore son épouse mais « la fiancée du soir » communiant, en même temps que d’autres « fiancées du soir » imaginaires, avec les éléments dans un dialogue au code secret qui l’ auréole d’une beauté surnaturelle et magique :
Aazi foulait doucement devant nous le sable de grève, elle évoluait dans ses voiles, suivait lentement le cours de l’ eau, appelant ses compagnes, leur tendait les doigts effilés de sa main où la lune se jouait, continuait de garder dans la nuit la procession de ses blanches compagnes, suivait des yeux la lune qui tombait derrière les rochers ; elle faisait descendre l’ obscurité en poussant les deux battants de sa fenêtre, c’est à peine si, par la fente, un mince filet de lumière venait dessiner largement dans l’ ombre nos silhouettes et Aazi passant tour à tour et par partie de l’ ombre à la lumière, avait l’ air d’une magi- cienne, ses bracelets d’or faisaient dans l’ obscurité comme des soleils blafards et son profil, blêmi par cette pâle lumière, avait l’ immobile sérennité des momies des dieux morts »
Ce sont autant de passages qui rompent avec l’ atmosphère d’angoisse générée par la guerre et les drames individuels évoqués, livrant ainsi dans l’ imaginaire des lecteurs la vision furtive et sporatique d’un jardin de jeunesse pas toujours mirifique (certains rites comme celui de la danse orgiaque, la « hadra », sont présentés comme barbares) mais ressourçant, identifiant et donc ontologiquement salvateur.
Dans des contextes historiques différents (colonisation pour les premiers romans, ère de l’ indépendance et temps du bilan pour le dernier), Arezki dans Le sommeil du juste, Bachir Lazrak dans L’ opium et le bâton et Mourad dans La traversée, en conflit avec eux-mêmes et/ou avec les « Imann », la famille et la société, et avec leur époque, oscillent dramatiquement entre le milieu natal d’une autre « colline oubliée » et le monde citadin étranger et source de désenchantement d’où ils reviennent transformés, parfois ravagés.
L’ itinéraire d’Arezki qui répond fidèlement au portrait de l’ intellectuel colonisé tel que le dégage Albert Memmi dans son Portrait du colonisé (suivi du) Portrait du colonisateur est en ce sens exemplaire. Ce personnage, qui n’est plus guidé par l’ idéal de Taasast, incarne une certaine génération de colonisés formée à l’ école du colonisateur, façonnée par la culture et la civilisation étrangère enseignée. La première lettre d’Arezki à son professeur de philosophie abonde en phrases attestant son aliénation et la responsabilité de l’ école étrangère dans cette aliénation :
« Je vous devrai, mon cher maître, d’être né à la vie (…) avant vous je n’existais pas (…) et puis vous êtes venu, mon cher maître, et je vous ai connu. Vous brisâtes les portes de ma prison et je naquis au monde. »
L’ expression « mon cher maître » qui ponctue la lettre traduit et renforce elle aussi l’ admiration démesurée de l’ élève pour le professeur et le monde de clarté, de savoir et de civilisation qu’il représente par opposition à l’ univers familial qui est péjoré :
J’ai lu les livres, un monceau, et, si dans la masse des livres que j’ai lus,ni Ighzer ni Hand, ni votre misère ne sont cités, ce n’ est pas malédiction, c’ est justice: vous n’ en valiez pas la peine.
Puis constatant, dans d’autres passages du roman, avec l’ expérience de la guerre, du racisme…, certaines réalités coloniales (humanisme à sens unique : proclamation des droits de l’ homme mais le colonisateur ne connait d’homme qu’européen, racisme érigé en institution), Arezki finira, après maintes hésitations qui témoignent qu’on ne se débarasse pas facilement de la personnalité d’emprunt léguée par l’ « Autre », par faire un implacable réquisitoire contre la colonisation, réquisitoire dont témoigne sa seconde lettre à M. Poiré le professeur et surtout la scène, parfois crue et relachée où il brûle ses livres :
Voici, dit Arezki, que l’ heure du grand sacrifice est venue. (…) Lentement la flamme caressait les feuilles et doucement gagnait de proche en proche Molière, Shakespeare, Homère, Montesquieu, les autres… (…) Quand le feu eut dévoré le dernier tome et qu’à l’ endroit où tant de savoir avait été enfermé, tant de sagesse enclos, il ne resta plus qu’un petit tas de cendres que la brise faisait voler en minuscules papillons noirs, Arezki porta la main sous la ceinture de son pantalon. La patronne entra et sans rien voir dans le noir, commença de vociférer : -Allons, allons, Messieurs… Mais… qu’est-ce que vous faites-là ? -Je pisse sur les idées, dit Arezki (…).
En brûlant les dieux précédemment adorés (ses livres et les idées qu’ils véhiculaient) Arezki répudie sa foi dans l’ humanisme européen et se prépare à retourner vers les siens, ayant enfin compris qu’on ne peut s’ assumer que parmi eux et que les institutions traditionnelles qu’il dénigrait sont en fait un rempart contre l’ aliénation culturelle et sociale. Cependant, la tentative d’Arezki pour sortir du schéma mythifiant de l’ aliénation n’est pas entièrement positive car il promène d’un bout à l’ autre du roman une tragique solitude et c’est sous l’ effet de l’ alcool abondamment consommé qu’il brûle ses livres. Il faudra attendre Bachir Lazrak dans L’ opium et le bâton pour voir, dans l’ oeuvre de Mammeri, un intellectuel colonisé se désaliéner objectivement en participant activement, bien que malgré lui, à la guerre de libération. Sur les traces du Docteur Bachir Lazrak s’ avouant sa lâcheté et ses faiblesses dans la scène où, dans son bel appartement d’Alger, il se remémore son refus d’aller soigner un compatriote blessé, Bachir soignant les imjouhads (maquisards) blessés, se laissant remorquer par l’ histoire, le lecteur constate le difficile parcours d’un égaré (ses études et sa situation sociale présente ont fait de lui un bourgeois oublieux des siens) redécouvrant les vertus des lois protectrices ancestrales:
A Tala-Ouzrou, comme dans tous les villages de la montagne, c’était ainsi depuis des siècles. (…) Nous répétions après nos pères les gestes qu’ils avaient hérités des leurs.C’était une assurance contre le hasard et toutes les puissances mauvaises qui sans cela eussent tôt fait de nous anéantir.(…). La loi des ancêtres ! La recette avait servi tant de siècles qu’il fallait bien qu’elle fût bonne. Il suffisait de s’ y tenir.L’ innovation n’est pas seulement une puérilité vaine, elle est pure démence, à moins d’avoir le goût du suicide. Celui qui marche loin des chemins battus, ou qui seulement s’ en écarte un peu, court à sa perte et peut être à celle des autres (..). L’ honnête homme est celui qui pose ses pieds trés exactement sur les traces des pieds de ses pères..
Lois qu’honorent, au maquis, le combat courageux d’Ali, d’Amirouche, d’Omar… les « imjouhads », les « héros humbles », lois bafouées par la folie de la guerre et des hommes comme Tayeb, Ameur, Bélaïd, ces « ami(s) des Iroumiens » qui ont perdu le sens de l’ honneur ancestral – « le « nif » de leurs pères »-, ces « bouches avec leurs mensonges dedans » responsables avec les colonisateurs des maux de Tala, de la mort de Tala d’antan :
Dans les assemblées d’antan, et que Bachir se rappelait encore très bien, jamais des hommes de rien comme Tayeb ou des crapules comme Ameur n’auraient ouvert la bouche. Maintenant ils changeaient les débats, ou plutôt ils parlaient seuls. Dans les assemblées d’antan s’ entendaient les plus belles paraboles, les paroles les plus humaines, on y avait soin des mots parce qu’on avait le respect des hommes. Maintenant Ameur ou Tayeb pouvaient sans honte et devant tous écorcher le berbère, comme sans doute ils écorcheraient les coeurs ou les corps, avec la même impudence ! Non ! Il n’y avait de respecté que le décorum. Mais l’ âme de l’ assemblée de Tala était morte. [1]
Dans La Traversée, Mourad le journaliste de la « race des purs » qui a participé au combat indépendantiste figure le désenchantement des intellectuels algériens. Réalisant que l’ indépendance n’a pas apporté le mieux-être attendu, constatant que le combat n’est jamais achevé et qu’ il est temps de « faire quelque chose avant la mort », le personnage qui « aimait les marches à contre-courant » entreprend la traversée du désert saharien en quête de « l’ étincelle de la vérité » . Cette traversée au cours de laquelle il fait un constat amer – la France n’est pas seule responsable des maux de l’ Algérie indépendante – sera pour lui exemplaire. En effet, il y côtoie les autres personnages du roman, ses compagnons de traversée au projet différent : Boualem, l’ intégriste musulman; Serge et Amalia, les journalistes européens…. Ba Salem, le sage et dernier représentant d’une culture en perdition ; la mère et Tassadit qu’il retrouve lors du retour aux sources dans Tasga devenu village fantôme ; les visions des membres de Taassast qui le hantent dans son délire jusqu’au seuil de la mort. Il subit une sorte d’ascèse qui le mène vers la vérité profonde, celle révélée par l’ expérience du désert qui prolonge le désenchantement car le Sahara, lui aussi, comme Tasga, comme tout le pays, « n’était plus qu’une dérision ». [2].
La vie simple des Touaregs, leur amour farouche de la liberté explique leur hostilité envers l’ école nationale. « L’ école est un incomparable instrument d’intégration nationale. Parallèlement les populations d’ici sont aussi algériennes que vous et moi, mais, comment dire ? Il y a les servitudes du climat, celles de l’ histoire, des traditions. » C’est l’ enchantement des nuits d’ahellil [3], cette poésie chantée immortalisée par la voix de Ba Salem : « Au bout de quelques répliques l’ ahellil lprenait Mourad tout entier, le portait, il débarquait sur les rivages d’une île inconnue, peuplée de fleurs diaphanes et de parfums frais ». Ou encore la « folie du désert » (« On a une impression étrange. On se sent libéré (…) De tout, des obstacles, des règles, des conventions. On est exalté sans raison, tendu. On peut tout ce qu’on veut.).
Cette vérité à laquelle il accède signera son arrêt de mort (mort naturelle ou suicide? « sait-on jamais où la nostalgie de l’ héroisme peut conduire un héros? » car « le destin des héros est de mourir jeunes et seuls » et il « fallait (…) qu’ils meurent pour qu’on pùt enfin se retrouver entre soi et respirer ».
Ces itinéraires, on le voit, brossent, d’un contexte historique à un autre, des portraits d’hommes au relais les uns des autres et qui, en s’ engageant dans le cours des évènements qui marquent leur époque, se forgent une destinée obligée jamais véritablement heureuse:
« Je considère que notre époque, peut être plus encore que beaucoup d’autres époques de l’ histoire, est une époque où les hommes se plaisent à faire leur propre malheur ». [4]
Propos qui traduit une vision pessimiste du monde, autre constante littéraire des écrits de Mouloud Mammeri.
Une vision pessimiste du monde:
Le pessimisme de ces écrits est attesté, entre autres, par le thème récurrent de l’ échec de l’ amour : les couples Mokrane – Aazi / Menach – Davda dans La Colline oubliée, Bachir – Itto / Claude dans L’ Opium et le bâton, Arezki – Elfriede dans Le Sommeil du justee, Mourad – Amalia dans La Traversée vivent une relation amoureuse sans aboutissement. Ce thème de l’ échec de l’ amour qui traduit une conception pessimiste du monde est en relation avec le parcours des héros se complaisant dans une destinée qui les condamne à chercher vainement le bonheur car « demain n’arrive jamais » [5]. La mort de Mourad le confirme comme la fin grave de L’Opium et le bâton, à travers la voix de Bachir, en fait ici un douloureux constat :
Après la lettre à Claude, j’ai pris le journal pour y retrouver l’ écoulement des jours et savoir que, loin de cet enfer où nous vivons tous ici, des hommes vont au bois, au bal, à l’ usine ou chez l’ épicier du coin.Peine perdue! A chaque page du journal, sous chaque ciel du monde, la tragédie éclosait d’elle-même. IL n’y avait même pas besoin de forcer avec des mots : la réalité passait les phrases de si loin…
Lors d’un débat avec les étudiants de la Faculté d’Alger, en 1972, Mammeri expliquait cette mystique de l’ échec dans ses écrits par sa formation d’intellectuel ayant « lu tout Racine par volupté », par l’ héritage de l’ enseignement de la littérature grecque où l’ homme est accablé par son destin et ne parvient pas à échapper à la loi divine :
Je crois assez au pessimisme de notre civilisation. (…). Je les ai traduits avec infiniment de passion, de plaisir tous ces tragiques grecs. Avec cette conception de la vie effectivement soumise à la puissance capricieuse, souveraine qui était le destin.(…) J’ai retrouvé dans ce climat quelque chose que je devais dejà posséder.
Dans la production théâtrale, les personnages ont aussi un destin contrarié et vivent aussi un amour impossible. Dans la pièce historique Le banquet qui traite de la chute de l’ empire aztèque « non pas tant dans sa stricte vérité historique que dans sa cruelle valeur humaine », celui, sentimental, de Tecouchpo pour Guatemoc ; celui surtout idéologique, du peuple aztèque, pour la liberté, pour la vérité et la justice, en témoignent :
– … la guerre ne guérira aucun de vos maux, elle
en fera naître d’autres, voilà tout.
– Tecouchpo :
Les étrangers ont apporté avec eux d’autres
dieux. (…)
Le serviteur :
Si vous voulez vivre, il suffit que vous
adoriez les nouveaux dieux.
– Guatemoc :
Les étrangers ne comprennent pas notre langue.
Le paysan :
Juste comme les grands du royaume, ils
n’entendent pas ma langue non plus.
Ce pessimisme récurrent dans l’ oeuvre littéraire de Mouloud Mammeri est contrebalancé par la dérision dans le dernier roman et, dans chacun des écrits produits, par une conception poétique personnelle des faits relatés.
Une poésie personnelle :
Le système d’images et de sous -entendus métaphoriques que M. Mammeri présente dans Le banquet par la voix du fou recommandant au monarque despote « la poésie des hauteurs » qu’il oppose à « la prose du bas pays » car elle permet de « voir [le] peuple sans mensonges et sans paravents » ou par celle du peintre qui « prête une voix aux choses muettes » et dont les tableaux « disent l’ état du royaume » car « on ment mal avec des pinceaux » découle directement de l’ association symbolique que l’ écrivain établit entre sa création et le monde qui l’ entoure, donnant ainsi à l’ univers fictif décrit l’ apparence d’un jeu où les acteurs (puisqu’il s’ agit là d’une pièce de théâtre) en jouant dans le masque des rôles conférés, acquièrent et tentent de communiquer une intuition plus profonde du monde.
Cette intuition se retrouve aussi dans le roman quand il véhicule de rares moments d’optimisme :
l’ aube c’est de la nuit que péniblement elle s’ extrait même quand d’abord elle a l’ air d’y être sans recours enlisée, et après l’ ombre c’est le grand soleil. [6]
ou quand il baigne la description des rites propitiatoires ou des festivités traditionnelles dans une atmosphère folklorique (surtout dans La colline oubliée et La traversée) où les éléments (l’ eau surtout qui assume une fonction mythique), le jeu des images, des sons et des couleurs généralement traducteur d’un univers triste et solitaire, où le réel et l’ irréel s’ unissent pour créer un espace neuf, une durée autre. Ainsi, avec le dialogue d’Aazi unie aux ténèbres avec les autres « fiancées du soir », peut-on évoquer encore la danse de Moh le berger [7], la vision délirante nocturne de Mourad dans le désert :
Les étoiles jaillissaient du ciel par poignées. Un morceau de lune rouge écorcha l’ horizon et, à mesure qu’il montait, les éteignait autour de lui. (…). D’entre les cailloux du chemin, de minces filets d’eau se mirent à sourdre. Ils luisaient dans un grand silence blanc. A mesure que Mourad montait, ils devenaient plus nombreux, ils se fondaient les uns dans les autres. De temps à autre fusaient des rires, que des baisers rapides étouffaient. Puis, dans une cuvette bleue, le lac étala sa surface lisse. Au-dessus se balançait le morceau de fer rouillé de la lune. Quelquefois, la montagne le cachait, on ne voyait que les lueurs d’incendie qui éclairaient les rochers par derrière. Puis les ruisseaux se turent et le lac, au moment où les pieds en feu de Mourad allaient y plonger, se mua en un champ de cristaux de sel bleu pâle. Ils ne restaient que les rires et les baisers, qui glougloutaient derrière la montagne. Mourad alla vers eux, quoiqu’il sût que les rires et les baisers allaient dispa- raître, comme l’ eau du lac et les filets argentés, et devenir à son approche le bruit du vent sur les arêtes aiguës des rochers [8]. (60)
Vision qui amène à sa conscience un afflux d’images de lumière et de sons convergeant pour décrire un paradis mirifique mais artificiel et éphémère ; les « héros oranges » qui peuplent l’ article prémonitoire du même personnage, figurent symboliquement le rêve visionnaire hallucinant et poétique du reporter accédant à la révélation d’un futur immuable. Description également poétique des « youyous » transmutant la mort d’Ali le chahid en vie nouvelle éternelle [9], de la baie d’Alger [10], de la rivière d’Asaka [11], du portrait de Ba Salem récitant au seuil de la mort l’ ahellil de Tala comparée à « une étoile morte » [12]…etc.
La poésie qui auréole tous ces passages fait place au rêve et crée une prose poétique qui met entre parenthèses le réel et donc le destin tourmenté, contrarié, des hommes et des femmes qui peuplent l’ univers présenté par Mammeri. En plaçant la poésie – poésie du rêve qui dépasse les apparences du vécu – au centre de sa vision du monde, l’ écrivain se dote d’un langage personnel qui est quête d’une nouvelle conscience où le réel-irréel dont la prose poétique dessine les contours, participe d’une succession de moments exceptionnels qui recomposent le tragique, qui le transcendent.
Ce que nous retiendrons, pour notre part, de la lecture de l’ oeuvre de Mouloud Mammeri, c’est ce souci constant de « coller » à la réalité de la société algérienne – réalité historique et réalité culturelle – en imposant sa propre authenticité dans les règles de la belle forme. Souci donc d’utiliser l’ écriture comme lieu d’une confession, d’une conscience, où s’ élabore sa propre idée d’un monde avec ses réalités amères, avec ses rêves radieux aux accents tristes et nostalgiques à dominante poétique.
Malika HADJ-NACEUR
(Extrait de « La littérature maghrébine de langue française », Ouvrage collectif, sous la direction de Charles BONN, Naget KHADDA & Abdallah MDARHRI-ALAOUI, Paris, EDICEF-AUPELF, 1996).
ãTous droits réservés : EDICEF/AUPELF
Evoquer le rôle patriotique de Ferhat Abbas c’est démythifier la guerre de libération menée par le peuple mais confisquée et détournée à des fins de pouvoir politique par les dictateurs qui se sont
succédé au pouvoir depuis l’indépendance.
Ne craignons pas les mots: Décoloniser l’histoire c’est la libérer des manipulations continuelles des groupes militaro-policiers, c’est restituer à la nation sa mémoire, sa fierté et sa dignité.
C’est redonner aux Algériennes et Algériens confiance en eux-mêmes pour reprendre en mains pacifiquement leur destin.
Ce retour à la légitimité populaire et la volonté de construction d’un Etat et des institutions démocratiques à tous les niveaux furent le fondement même de la plate-forme de la Soummam. Le 20 août
1956 est dialectiquement complémentaire du 1er Novembre 1954, et indispensable à la mobilisation révolutionnaire. Ce fut le premier pacte politique contractuel, fondé sur le respect du pluralisme,
des libertés d’expression et d’organisation et non pas sur le bricolage populiste exploité par des “Historiques libérateurs” devenus des “tyrans”. Il ne portait donc, ni sur la forme ni sur la
militarisation des dirigeants mais sur le fond, sur la garantie aux Algériennes et Algériens des droits fondamentaux et de toutes les libertés démocratiques, conditions sine qua non pour que soit
concrétisée la République démocratique et sociale. Une promesse solennelle et historique que personne ne peut contester ouvertement sans se mettre à porte à faux par rapport aux engagements
imprescriptibles sacralisés par la proclamation du 1er novembre1954.
Que dire de Ferhat Abbas en tant qu’homme ?
Que c’était, dès son jeune âge, un militant politique anticolonial, sérieux et responsable, faisant partie des quelques élus exigeant l’émancipation du peuple algérien.
La première impression que j’ai retenu de lui à Alger et lors de mes passages à Sétif, toujours clandestin, mais friand de contacts intéressants, décrivait un humain vrai et véritable, intelligent,
franc et sincère, digne de confiance; l’exact contraire du frimeur, du bavard, du menteur et de l’imposteur.
Et que dire de lui en tant que politique sérieux et conséquent ?
Ses perspectives n’étaient pas définies seulement par des idéaux mais aussi, dans les grands moments historiques, par des initiatives stratégiques.
C’est ainsi que lors de l’opération torche, le gigantesque débarquement Allié, il a tout de suite fait signer à ses amis et notamment au docteur Lamine dirigeant du PPA, ainsi qu’à d’autres
personnalités un Manifeste du peuple algérien, remis aux autorités américaines, à leurs alliés, et même au gouverneur général.
Le manifeste demandait l’abolition du colonialisme, engageait le peuple algérien à se mobiliser aux côtés des Alliés. Il revendiquait le droit du peuple algérien à récupérer son indépendance,
conformément aux promesses du Pacte de l’Atlantique.
Cette initiative ne tardera pas à susciter un immense espoir et un réveil patriotique d’un bout à l’autre du Pays. Le Congrès des Amis du Manifeste et de la Liberté qui s’est tenu en 1944 ne
tardera pas à rassembler la plupart des partis et des forces politiques à l’exception du PCA.
Le lancement du mouvement des Amis du Manifeste et de la Liberté suscita un tel enthousiasme dû à la réalisation de l’Unité Nationale que la multiplication rapide des sections qui a suivi dans les
villes et aussi dans les campagnes, reste un phénomène rarissime dans les pays décolonisés.
Hélas, la grosse colonisation avait deux raisons d’organiser des massacres à Sétif et Guelma. La peur de la puissance politique et organisationnelle, et la volonté de se débarrasser de Ferhat Abbas
qu’elle pensait avoir choyé.
Hocine AIT AHMED.
La Tunisie en marche s’exprime par la voix de Sihem Bensedrine : Plus jamais…

Lettre ouverte au Premier Ministre Caïd Essebsi
« Aucun autocrate n’aura plus jamais de prise sur notre destinée »
Monsieur le Premier ministre,
Notre peuple s’apprête à vivre ses premières élections libres. Ceci n’est pas pour plaire à ceux qui ont été accoutumés à des élections dont les résultats sont connus d’avance.
Face à cette grande inconnue, certains paniquent et complotent contre l’unique institution légitime à naître après la révolution. Ceux d’entre eux qui sont au-devant de la scène s’ingénient à trouver des subterfuges pour limiter son mandat, sa législature et ses compétences. Ceux qui se tiennent dans l’ombre nous menacent de scénarios à l’algérienne, mobilisant les bandits du défunt RCD ainsi que les criminels de la police politique pour fomenter des actes de violences maquillés en attaques de « salafistes », dans une tentative d’accréditer la thèse éculée de Ben Ali, du rempart contre l’extrémisme islamiste.
La tentation de prolonger la vie de votre gouvernement provisoire au-delà du 23 octobre est explicable, le pouvoir est séducteur et corrupteur. Mais la volonté du peuple doit être respectée et votre gouvernement s’était engagé à le faire, même si l’adage veut que les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent. Vous auriez tort d’oublier que notre peuple a fait une révolution contre un régime dictatorial et n’est pas près de se laisser usurper sa liberté par les nostalgiques de l’ancien régime.
Ce fut une révolution pacifique, une marque distinctive qui lui valut le respect du monde entier. La passation s’est faite en douceur et notre pays n’a pas eu à déplorer de coupure d’électricité ou d’eau, d’insécurité grave, de paralysie des transports, de cessation de l’activité économique ou de banqueroute ; notre peuple s’est remis au travail, malgré tous les sabotages organisés par la vieille garde de Ben Ali sous couvert de syndicalisme, et a traversé cette période dangereuse dans la vie des peuples sans trop de dégâts, Dieu merci. Cela a été réalisé dès la première quinzaine de la transition.
Votre gouvernement provisoire avait eu pour tâche de poursuivre ce travail et de gérer les affaires courantes jusqu’à l’élection de la première institution légitime et légale, la Constituante. Après sept mois d’exercice, nous ne voyons aucune transparence dans la gestion de votre gouvernement. Et tout le monde sait que la démocratie c’est d’abord et avant tout la transparence dans la prise de décision.
Monsieur le Premier ministre,
Sous réserve de réalisations cachées, votre bilan parait peu reluisant :
Vous étiez supposé prendre des mesures urgentes pour protéger nos archives de la prédation. Il s’agissait de préserver la mémoire de notre pays à travers ces documents qui vont permettre au peuple de demander des comptes aux vrais criminels, aujourd’hui libres de leurs mouvements et aussi puissants que sous l’ancien régime ; au lieu de livrer à la vindicte publique ces pauvres « mounachidin » pour taire les voix qui réclament justice. Ceux qui ont osé tirer la sonnette d’alarme contre la destruction de nos archives se sont retrouvés devant les tribunaux tandis que ceux qui les ont détruites sont promus à des postes de responsabilité.
Vous étiez supposé prendre des mesures urgentes pour encourager la liberté d’expression, réformer les médias, éliminer les responsables traditionnels de la propagande et donner les moyens aux médias étatiques et privés d’accompagner la démocratie en marche. Au lieu de cela, les médias sont sous contrôle et les nouveaux Abdelwahab Abdallah veillent au grain, faisant la guerre aux médias indépendants, comme Radio Kalima qui n’a toujours pas de licence malgré vos promesses. Que de temps perdu par une INRIC légalement consultative, transformée en instance de lobbying et à l’occasion en autorité autoritaire de régulation. Les élections seront couvertes par un audiovisuel entièrement mis en place sous Ben Ali. C’est, indéniablement, une réalisation à mettre au crédit de votre gouvernement convaincu par la conversion des barons des médias de Ben Ali en « révolutionnaires-démocrates ».
Vous étiez supposé prendre des mesures urgentes pour libérer l’institution judiciaire du carcan des mandarins qui l’ont gouvernée et dévoyée de sa fonction première en la soumettant aux diktats des puissants. Au lieu de cela, vous avez maintenu en place l’équipe de Tekkari qui s’est appliquée à protéger les criminels de l’ancien régime et à abuser l’opinion en offrant des mascarades de procès, comme celui de Ben Ali, indigne de la Tunisie révolutionnaire par son non-respect des normes d’un procès équitable. Les rares affaires enrôlées à l’initiative de vos deux commissions d‘investigation alibi, retenaient des charges ridicules (consommation de drogues ou infraction aux règles de change) tandis que l’essentiel des dossiers, et notamment celui des assassins de nos martyrs, des exactions et des spoliations commises tout au long des deux décennies Ben Ali, était traité dans l’opacité la plus totale.
Vous étiez supposé prendre des mesures urgentes pour réformer la police, permettre à cet appareil sécuritaire de se purger des criminels qui l’ont mis au service d’une mafia et de se restructurer afin de répondre aux exigences de la Tunisie post-révolutionnaire. Mais vous avez limogé le seul vrai réformateur, Farhat Rajhi, et nommé un ministre de la réforme dont le rôle est d’enterrer toute réforme. Mises à part les entreprises de déstabilisation menées par les vestiges de l’ancien régime, le bilan sécuritaire est plutôt positif. L’armée tunisienne, qui est une armée républicaine, a joué un rôle décisif pour la protection de notre révolution et la sécurisation de nos frontières menacées par les hordes de Kadhafi. Le peuple a salué son rôle à plusieurs reprises, mais il n’acceptera jamais que l’armée se mêle de politique ou soit tentée par le pouvoir. L’opinion publique ne voit pas d’un bon œil la nomination de militaires à la tête d’entreprises publiques, d’institutions économiques ou des gouvernorats. Et j’espère que ces rumeurs qui donnent le général Ammar comme le nouvel homme fort de la Tunisie sont infondées.
Durant ces sept mois d’exercice, vous avez longuement communiqué mais jamais vous n’avez rendu compte au peuple de ce que faisait votre gouvernement avec l’argent public et celui alloué par la communauté internationale pour le redressement de la Tunisie. Vous n’avez jamais dit quelles initiatives vous avez prises pour réduire le chômage, favoriser le développement des régions marginalisées, redresser nos hôpitaux ou sauver nos écoles.
Bien au contraire, votre gouvernement provisoire a légiféré à tour de bras, là où il ne devrait pas et sans débat public, engageant l’avenir de notre pays bien au-delà de ce que votre mandat vous octroie.
Vos prises de paroles ont été une série d’injonctions à renoncer à notre liberté d’expression, acquise de haute lutte, à cesser les manifestations publiques et les sit-in de protestations contre l’inaction de votre gouvernement face aux dossiers brûlants toujours en instance.
Vous vous êtes mis au service de la restauration et de nombreux corrompus notoires sont revenus aux affaires avec votre bénédiction. Tout ce que vous avez réussi à communiquer au peuple, c’est que les snipers sont des fantômes, les martyrs des dommages collatéraux et la révolution une erreur de parcours.
Monsieur le Premier ministre,
Vous avez dernièrement prononcé le discours le plus musclé de votre mandat et menacé d’appliquer à la lettre l’état d’urgence. Notre peuple a fait cette révolution pour que l’Etat de droit soit respecté et la loi appliquée ; menacer d’« appliquer la loi » laisse entendre que votre gouvernement est en train de faillir à son respect.
De nombreux observateurs ont vu dans votre dernier discours des menaces qui me sont personnellement adressées. Outre qu’il s’agit de propos diffamatoires qui tombent sous le coup de la loi, je serais curieuse de savoir de quel crime vous m’accusez? Celui de refuser de me taire sur les méfaits de ceux qui complotent contre la révolution de notre peuple ? Ou d’avoir continué mon activité de militante de droits humains dans les sphères de contre-pouvoir de la société civile, loin de tous les honneurs et les privilèges accordés à la vieille garde de Ben Ali ?
Je mets au défi quiconque – et notamment les services de la police politique qui sont en train de ficeler des dossiers préfabriqués sur moi comme sur d’autres militants patriotes – de fournir un seul fait, un seul acte, un seul élément de preuve non falsifié, établissant mon implication dans une quelconque action de subversion contre mon pays, contre mon peuple et sa glorieuse révolution ou une quelconque activité illégale punissable par la loi tunisienne.
Je ne pourrais pas en dire autant de ceux qui vous entourent et qui se sont improvisés les nouveaux maîtres de la Tunisie révolutionnaire, pensant que les Tunisiens sont amnésiques et ne savent pas qui ils sont véritablement, ni leur niveau d’implication dans l’édification de la dictature de Ben Ali.
Ceux-là qui se sentent aujourd’hui lésés par mon activité citoyenne, en même temps qu’ils multiplient leurs campagnes vénéneuses et mensongères contre moi et les révolutionnaires loyaux, s’auto-désignent comme les rescapés du régime de Ben Ali dont ils cherchent à restaurer les privilèges et les passe-droits. Je n’ai jamais eu d’autre ennemi que ce régime despotique et mafieux. Ils ont toujours, durant des deux décennies, tenté de me salir dans leurs journaux aux ordres ; aujourd’hui encore leurs mercenaires de la plume multiplient leurs campagnes de diffamation dans leurs nouveaux journaux de caniveau comme El Massaa.
Ce sont les mêmes qui ont monté une série de dossiers préfabriqués et m’ont accusée ainsi que Hamma Hammami de « mener le pays droit au mur ». J’avoue n’avoir saisi le sens de cette formule que bien plus tard, lorsque je l’ai vu répétée in extenso dans les PV de police falsifiés, accusant injustement des manifestants qui s’étaient exprimés pacifiquement contre les politiques répressives de votre gouvernement, ou des journalistes honnêtes qui avaient eu le malheur de filmer la barbarie policière réprimant les manifestants.
Ce terme avait pris tout son sens lorsqu’il a été réutilisé lors des « aveux » filmés extorqués au jeune Oussama Achouri en détention et diffusés sur vos « deux chaînes nationales » Nessma et El Watanya, m’accusant de payer des jeunes hooligans pour organiser des violences et piller les magasins en y mettant le feu. Le lendemain Al Jazzera diffusait le témoignage de ce même jeune, affirmant que ces « aveux » avaient été extorqués sous la torture et qu’il avait été contraint de signer des PV où il me désignait, avec Hamma Hammami, comme l’instigatrice des troubles. Evidemment, votre chaîne nationale qui ne s’est jamais excusée pour ce « reportage » préfabriqué, m’a dénié un droit de réponse, arguant du fait que je n’avais pas été explicitement nommée et m’a interdite d’antenne depuis!
Lorsque le juge Rajhi avait dénoncé un « gouvernement de l’ombre », ces mêmes services m’avaient accusée de l’avoir incité à faire ces déclarations, comme si ce magistrat avait besoin d’un maître à penser pour agir ; la suite des événements a montré l’inconsistance de ces accusations.
En fait, ce qu’ils n’ont jamais admis, c’est que le Conseil National pour les libertés en Tunisie (CNLT) s’engage activement dans un processus de réforme de la police, ce que Rajhi, durant son mandat de ministre de l’Intérieur, a favorisé, conscient du fait que cette réforme ne pouvait être menée à bien sans la participation de la société civile.
Monsieur le Premier ministre,
Certains parmi ceux qui vous entourent ont été « heurtés » de voir les représentants du CNLT traverser les couloirs du ministère de l’Intérieur et « accéder » prétendument aux archives de la police politique ; A ceux-là, je voudrais rappeler que c’est le rôle des ONG de droits humains de traiter avec ce ministère qui gère les principaux dossiers relatifs aux violations des libertés fondamentales héritées de l’ancien régime comme celles commises actuellement. Que le dialogue avec les autorités compétentes est une chose naturelle dans les pays démocratiques – et nous nous en sommes félicités lorsque ce dialogue existait.
Concernant l’accès aux archives, qui est un droit, ni le CNLT ni toute autre représentant de la société civile n’y a été autorisé, malgré nos alertes sur les risques de destruction dont on avait eu vent au lendemain de la révolution; Et nous sommes tristes d’apprendre que les premiers à avoir eu récemment accès aux geôles du ministère de l’Intérieur, ce furent des étrangers et non pas les Tunisiens qui ont un légitime droit de regard.
Affirmer que nous interférons d’une quelconque manière dans la vie du syndicat des forces de sécurité est un pur mensonge destiné à faire diversion. Cependant, le CNLT a déclaré publiquement que le droit syndical, pour les agents de police, est un droit fondamental garanti par les instruments internationaux. Un syndicat peut constituer un rempart propre à protéger nos policiers contre les dérives sécuritaires dont ils ont souffert durant l’ancien régime et les prémunir des « instructions » illégales qu’ils avaient reçu de leurs supérieurs pour violer la loi en toute impunité; les menacer de dissoudre leur syndicat n’est vraiment pas d’inspiration heureuse.
Nous avons essayé de promouvoir un processus de justice transitionnelle, dont notre pays a douloureusement besoin ; non seulement pour exiger des comptes des criminels qui ont tué, torturé et violé la loi, faire éclater la vérité sur les assassins de nos martyrs et réhabiliter les victimes, mais aussi afin de tourner au plus tôt la page de cette dictature et engager notre pays dans un processus de réconciliation. C’est l’objectif du Centre de justice transitionnelle fondé avec des femmes et des hommes venus de bords différents, autant de la dissidence que du système lui-même, avec en commun un désir sincère de servir notre pays. Mais votre entourage a réagi par une levée de boucliers, en cherchant à la saboter et en suscitant d’autres « initiatives » commanditées, à la manière de Ben Ali. Ces gens-là oublient que la révolution est passée par là et que toute tentation conspiratrice est vouée à l’échec.
Monsieur le Premier ministre,
Si vous en avez le désir, vous savez ce qu’il vous reste encore à faire pour laisser aux Tunisiens un souvenir positif de votre passage aux commandes de notre pays.
Quoiqu’il en soit, sachez, monsieur le Premier Ministre, que la peur a déserté l’esprit et le cœur des Tunisiens et qu’aucun autocrate n’aura plus jamais de prise sur notre destinée.
Sihem Bensedrine
Inadmissible, intolérable et condamnable, et c’est peu dire au sujet du blocage du site du Docteur Salah Eddine SIDHOUM privé d’accès au réseau Internet alors qu’il est en situation régulière, tant aux plans administratif, juridique et financier, vis-à-vis de l’Administration des Télécommunications. Erreur technique diront-certains, Non c’est une action tactique maléfique, calculée, programmée Contre un Défenseur « sans fil à la patte » des Droits de l’Homme,
Mais privé l’Eminent chirurgien orthopédiste qu’est Le Docteur Salah Eddine SIDHOUM, c’est priver tous les nombreux passions qui viennent puiser auprès de cette homme de Sciences l’espoir d’une guérison. Mais que dis-je ? Depuis quand le système se serait-il embarrassait de scrupules dont il est dépourvu.
Quatre en Un, voila ce qu’il faut retenir de l’acte d’un pouvoir aux abois :
– Primo : Abus de Pouvoir caractérisé,
– Secondo : Atteinte à la liberté d’expression,
– Tertio : Atteinte à la vie privée,
– et enfin le plus grave :
– Privation de soins et conseils médicaux par voie électronique.
Etat de droit dites-Vous ? Mensonges que de crimes sont commis en ton Nom
Nourredine BELMOUHOUB
Cellule Droits de l’Homme du FCN
J’ai remarqué, au cours de ces dernières semaines, comme une accélération, une frénésie, au sein de la mouvance islamiste. Comme si un coup de sifflet y avait retenti. Déclarations, prêches enflammés, annonces fracassantes d’un retour annoncé sur la scène publique, revendications politiques de plus en plus audacieuses. L’islamisme politique algérien est en effervescence.
Personnellement, j’ai toujours affirmé, de façon audible, que l’islamisme politique avait droit d’expression dans notre pays, tant qu’il se revendiquerait d’une légitimité populaire, et qu’il reposerait sur des fondements démocratiques, tels qu’universellement admis. Or, que n’entendons nous pas, depuis quelque temps ? Que la seule légitimité est celle de Dieu, que la démocratie, après avoir été kofr, était devenue une invention franc-maçonnique, que l’article 2 de la constitution, à savoir que l’islam est la religion de l’Etat, devra être appliqué dans toute sa rigueur, que la consommation d’alcool devra être proscrite, que la liberté des citoyens de choisir devra se conformer à toutes les dispositions de la chariaa, et tant et tant de déclarations du même genre, qui annoncent un regain d’intolérance et d’intégrisme.
J’ai toujours pensé, et c’est là mon opinion personnelle, que la démocratie est le moins mauvais des systèmes de cohabitation des hommes au sein d’une même société. Et je suis tout aussi convaincu que toutes les sociétés reposant sur des valeurs qui leur sont propres, il est tout à fait compréhensible, voire méritoire, qu’elles adaptent leurs institutions, et qu’elles fixent leurs grandes orientations sur des modèles qui sont en adéquation avec leurs propres ancrages civilisationnels, et leurs identités propres. Modernité ne signifie pas forcément « occidentalité », même si nos sociétés, souvent retardées dans leurs évolution par un parcours historique défavorable, n’ont pas eu d’autre choix que d’arrimer leur existence à la locomotive d’un occident qui les a longtemps opprimées, et qui continue de se sustenter de leurs ressources les plus vives, les seules qui peuvent les propulser enfin à des niveaux de vie dignes. Hier, il les a colonisées, puis il a continué de les exploiter, et désormais, il leur coupe toute possibilité de pouvoir se hisser à son niveau, puisqu’il leur pompe toutes les énergies et les potentialités humaines susceptibles de l’activer et de l’organiser. Des ressources qui ont été formées grâce à des sacrifices immenses, et que l’occident cueille sans bourse délier.
Il est donc normal, voire légitime, que nos sociétés ne tombent pas en pamoison intégrale devant les modèles démocratiques occidentaux en l’état, sans chercher à les adapter, et pourquoi pas à les améliorer. Il serait d’autant plus souhaitable que nous puissions trouver les ressources nécessaires pour les humaniser, pour les rendre plus vrais, moins trompeurs, moins malléables pour les lobbies occultes de tout crin qui ont su en détourner toutes les nobles intentions, pour des intérêts souvent sordides.
Mais, il n’est pas question, pour autant, de jeter le bébé avec l’eau du bain. La démocratie, que nous le voulions ou non, et malgré non pas ses imperfections, mais les manipulations qui l’ont affectée, reste le meilleur modèle de gestion des sociétés, et de cohabitation des hommes les uns avec les autres, que l’humanité a connu. C’est du moins mon avis. Je ne connais pas de texte plus juste, et plus humaniste, que la déclaration universelle des droits de l’Homme et du citoyen. C’est aussi mon avis, mais personne ne me convaincra du contraire.
Certains islamistes, les plus tonitruants parmi eux du moins, tiennent à l’endroit de la démocratie un discours tout à fait clair. Elle ne serait pas licite. Selon eux, c’est l’inverse de la question qui se pose: La démocratie est elle soluble dans l’islam ? Et ils répondent à leur propre interrogation en affirmant que non.
A notre tour de répondre à ces questions lancinantes. N’attendons pas, encore une fois, que des manipulateurs criminels nous plongent dans un bain de sang, ni que des illuminés qui ne savent peut-être même pas qu’ils sont télécommandés viennent nous asséner leurs propres convictions, comme autant de commandements indiscutables, sous peine de mort.
Pour ma part, voici les questions que je pose :
-L’islamisme politique est-il seulement une mouvance qui se fonde sur des valeurs civilisationnelles musulmanes, ou un mode de gestion de la société qui tend à la moralisation et à la censure des moeurs, conformément à la chariaa ?
-L’islamisme reconnait-il la notion de souveraineté au seul peuple, où considère-t-il qu’elle n’appartient qu’à Dieu ?
-L’islam est la religion de l’Etat, selon la constitution du pays, est-il nécessaire de conserver cet article, et si oui, quel devra en être le niveau d’application ?
-Si les islamistes parviennent démocratiquement au pouvoir, voudront-ils et pourront-il changer la constitution et les lois, pour imposer à la société une application stricte de la chariaa ? Et si oui, faudra-t-il s’y plier ?
J’espère que ces questions susciteront un débat serein et responsable, sans anathèmes ni verdicts péremptoires.
Nous avons le devoir de nous impliquer dans ces graves questions qui concernent l’avenir de notre nation. Nous n’avons pas le droit de nous dérober, encore une fois.
D.Benchenouf

Par billets interposés sur le Soir d’Algérie, Leila Aslaoui et Farouk Ksentini, se tirent dans les pattes en usant l’une et l’autre des citations qui se veulent, ou qui se croient, intéressantes. Jusqu’à oublier pourquoi ils se chamaillent. Et fascinés par leur nombril respectif, ils font assaut d’érudition. Celle que l’on distille ordinairement dans les talk show de grande consommation, destinés à la société française. Sorties aussi cocasses qu’elles sont pédantes. Et dire que ces deux porte-voix du régime étaient faits pour s’entendre, comme cul et chemise. DB
Ksentini:
En réponse à Madame Leila Aslaoui, qui m’a interpellé par la voie de votre journal en empruntant sa formule à M. Georges Marchais qui s’adressait alors sur un plateau de télévision en les termes suivants : «Taisez-vous El Kabbach !», je prendrai la liberté de répliquer à mon interpellatrice par la supplique suivante :
«Soignez-vous Mme Aslaoui, soignez-vous !» Farouk Ksentini, président de la CNCPPDH
Aslaoui:
Suite à la réponse de M. Farouk Ksentini, parue le 6 octobre 2011 au Soir d’Algérie, je constate que n’ayant pas répondu à mon intervention («Soir d’Algérie le 2 octobre 2011) sur le fond parce qu’il n’avait aucun argument susceptible d’apporter la contradiction, M. Farouk Ksentini a cru judicieux de s’arrêter à la forme. Il me soupçonne en effet d’avoir emprunté mon «taisez-vous M. Ksentini» à un homme politique français feu Georges Marchais qui aurait dit, selon Farouk Ksentini : «Taisezvous El Kabbach !»
Or, il est non seulement connu de tous mais bien établi aujourd’hui, que Georges Marchais n’a jamais prononcé cette phrase face au journaliste Jean-Pierre El Kabbach. Les recherches entreprises pour retrouver un enregistrement audio de ladite phrase, un article de presse ou une vidéo attestent sans exception de l’inexistence de ce propos prêté à tort à Georges Marchais. Quand bien même El Kabbach en a fait l’intitulé d’un de ses ouvrages dans les années 80. La réalité et la vérité sont que le «taisez-vous El Kabbach» est le fait et le titre d’un sketch de l’humoriste et imitateur français Pierre Douglas, dont la voix talentueuse dans le rôle de Georges Marchais est connue et reconnue. Lui seul est l’auteur du «Taisez-vous El Kabbach». Aussi ma seule et dernière réplique à M. Farouk Ksentini est : «Instruisez-vous M. Ksentini. Instruisez-vous !» Encore une bonne occasion de se taire qu’il a perdue.
Leïla Aslaoui-Hemmadi
Communiqué du Front du Changement National
Depuis le jeudi 29 Septembre 2011, le Dr Salah-Eddine SIDHOUM, Coordonateur du Front du Changement National est privé d’accès au réseau Internet alors qu’il est en situation régulière, tant aux plans administratif et juridique que financier, vis-à-vis de l’Administration des Télécommunications.
Malgré trois réclamations déposées respectivement les 1er, 4 et 5 Octobre auprès des Services technico-commerciaux concernés – l’Actel de Birmandreis – et malgré les promesses reçues, l’accès au réseau n’a pas été rétabli pour des raisons que l’on ignore mais qui semblent relever à l’évidence, d’une mesure arbitraire qui ne dit pas son nom, parce qu’elle porte manifestement la signature d’une Police politique qui n’hésite pas à recourir à des pratiques d’un autre âge. Par cette contrainte abusive, il ne fait plus de doute que des instructions ont été données, pour imposer silence à la liberté d’expression citoyenne. De bien vaines instructions, en vérité, puisqu’il est désormais illusoire de chercher à étouffer les voix qui appellent à la libération.
Le Bureau du FCN dénonce avec fermeté et indignation des pratiques d’un autre âge contre un militant des Droits de l’Homme unanimement respecté en Algérie et dans le monde, à la fois pour son dévouement inlassable à la cause des libertés publiques et pour les épreuves qu’il a lui-même subies.
Il est consternant de constater ce manque total de retenue, et cette amnésie devant des leçons de l’Histoire de la part de donneurs d’ordres, mais aussi de leurs baltagias et autres chebiha locaux.
Malgré les bouleversements sans précédents qui se déroulent sous nos yeux, dans nos pays arabo-musulmans et probablement demain, en Europe, aux Etats-Unis, et partout dans le monde, parce que les peuples s’éveillent enfin à leurs droits et se dressent contre l’injustice qui leur est faite, malgré la mobilisation croissante de l’ensemble des peuples de la planète, contre toutes les formes de l’arbitraire, de la violence politique, de l’injustice sociale, la pollution morale continue de gangrener les classes dirigeantes les plus obtuses du monde, sans espoir de rémission.
Alger, le 07 octobre 2011
Le FCN

